
Crédits : Vox España.
Marine Le Pen a posé une nouvelle condition à sa candidature à l’élection présidentielle de 2027. Invitée de LCI le 1er juillet, elle s’exprimait à six jours de l’arrêt de la cour d’appel de Paris. Le dossier concerne l’affaire des assistants parlementaires européens du FN devenu RN. La présidente du groupe Rassemblement national à l’Assemblée nationale exclut de mener campagne si une peine sous bracelet électronique limitait ses déplacements.
Un seuil politique avant le 7 juillet
La formule est moins un retrait de candidature qu’un ultimatum judiciaire et pratique. Marine Le Pen dit vouloir se présenter si la justice le lui permet. Mais cette autorisation ne devrait pas être vidée de sa portée par une contrainte pénale incompatible, selon elle, avec une campagne nationale.
Dans son entretien sur LCI, elle a expliqué qu’un candidat à l’Élysée devait pouvoir se déplacer librement. Il devait aussi organiser des réunions publiques et aller au contact des électeurs sans dépendre d’une autorisation judiciaire. La phrase, reprise depuis par l’AFP et plusieurs médias français, fixe ainsi un deuxième verrou à sa route vers 2027. L’éligibilité ne suffirait pas si la campagne devait se faire sous contrôle.
Ce point nuance le débat ouvert depuis sa condamnation en première instance. Jusqu’ici, l’attention se concentrait surtout sur l’inéligibilité, qui peut empêcher juridiquement une candidature. Marine Le Pen ajoute désormais une condition matérielle. Même autorisée à se présenter, elle estime qu’une campagne présidentielle sous bracelet électronique ne serait pas possible.

Le procès Marine Le Pen en appel entre dans sa semaine décisive
La cour d’appel de Paris doit rendre sa décision le mardi 7 juillet 2026. Le dossier porte sur l’emploi d’assistants parlementaires européens du Front national, devenu Rassemblement national, entre 2004 et 2016. Le soupçon central est que des collaborateurs rémunérés par le Parlement européen auraient en réalité travaillé pour le parti.
En première instance, le 31 mars 2025, le tribunal correctionnel de Paris a prononcé cinq ans d’inéligibilité avec exécution immédiate. Il a aussi condamné Marine Le Pen à quatre ans d’emprisonnement, dont deux ans ferme aménageables sous bracelet électronique. L’amende atteint 100 000 euros. Elle a fait appel, comme d’autres condamnés et le RN. L’appel rejoue donc l’affaire sur le fond, avant un arrêt qui peut confirmer, alléger, modifier ou infirmer le jugement initial.
Lors du procès en appel, le ministère public a requis quatre ans d’emprisonnement, dont un an ferme aménageable sous bracelet électronique. Il a aussi demandé cinq ans d’inéligibilité. Selon l’Associated Press, Marine Le Pen a indiqué qu’elle utiliserait les recours disponibles si elle ne pouvait pas être candidate. Elle vise notamment un éventuel pourvoi en cassation. Un tel recours ne rejugerait pas les faits, mais contrôlerait la bonne application du droit.
Cette distinction est essentielle. L’inéligibilité touche directement le droit de se présenter. Le bracelet électronique, lui, concerne l’exécution d’une peine privative de liberté aménagée. Il peut imposer des horaires, un périmètre ou des autorisations de sortie. Dans une campagne présidentielle, les déplacements se décident souvent au jour le jour. Marine Le Pen y voit donc une contrainte suffisante pour rendre la candidature politiquement impraticable.
Trois scénarios pour la présidentielle 2027
Le premier scénario serait le plus favorable à Marine Le Pen : une relaxe, ou une peine compatible avec sa candidature et sa campagne. Elle pourrait alors reprendre la main sur une quatrième candidature présidentielle, après ses campagnes de 2012, 2017 et 2022.
Le deuxième scénario est celui d’une inéligibilité confirmée. Dans ce cas, le RN devrait organiser plus clairement l’option Jordan Bardella, régulièrement présenté comme le recours naturel du parti. Mais aucune investiture de remplacement ne peut être traitée comme acquise avant la décision. Le parti maintient, pour l’heure, une ligne conditionnelle, suspendue à l’arrêt du 7 juillet.
Le troisième scénario, plus étroit mais politiquement sensible, est celui que Marine Le Pen vient de mettre en avant. La cour pourrait lui laisser une voie juridique vers la candidature, tout en assortissant sa peine d’une contrainte de déplacement. Ce serait le cas si elle retenait une peine ferme aménagée sous bracelet, sans fermer totalement la porte électorale. L’issue ne serait pas seulement juridique ; elle deviendrait un calcul de campagne.

Jordan Bardella reste un recours, pas encore un candidat officiel
La déclaration de Marine Le Pen réactive mécaniquement la question de sa succession. Jordan Bardella, président du Rassemblement national, dispose d’une forte exposition médiatique et d’un rôle national installé depuis les européennes de 2024. Il est cité par Marine Le Pen elle-même comme une solution possible si elle était empêchée.
Mais ce scénario ne vaut pas décision. Le RN a intérêt à préserver deux messages à la fois. Il soutient la candidature de Marine Le Pen tant qu’elle demeure juridiquement possible. Il veut aussi montrer qu’il ne serait pas paralysé en cas d’empêchement. Cette double ligne limite les annonces formelles. Désigner trop tôt un remplaçant reviendrait à acter une défaite judiciaire avant qu’elle ne soit prononcée.
L’enjeu est d’autant plus lourd que l’élection présidentielle de 2027 est attendue au printemps 2027. AP indique un premier tour le 18 avril et un second tour le 2 mai. À moins de dix mois du scrutin, la décision du 7 juillet peut déterminer la candidate ou le candidat du RN. Elle peut aussi fixer le calendrier réel de sa campagne, dans un paysage où le Rassemblement national reste haut dans les sondages.
Une campagne suspendue à une décision de justice
L’arrêt du 7 juillet reste donc le point de bascule. Avant cette décision, rien ne permet de dire si l’appel confirmera l’inéligibilité. Il peut aussi modifier la peine ou laisser à Marine Le Pen une marge politique suffisante pour envisager 2027.

Pour le RN, l’incertitude tient à cette articulation entre droit et campagne. Marine Le Pen affirme qu’elle ne ferait pas campagne sous bracelet électronique. La cour, elle, devra seulement trancher le dossier pénal et les peines éventuelles.