
Crédits : Saint.E & Mélanie Langonier / KaRu Prod.
Dans Hasta Cuando, Las Panteras font dialoguer chants afro-cubains, culture yoruba et afro-féminisme latino. Le duo réunit Martha Galarraga et Eliene Castillo. Il revient dans l’actualité culturelle française avec une rencontre publiée par Libération le 12 juin 2026. Un concert est aussi annoncé le 13 juin à Rio Loco, à Toulouse.
Un duo cubain installé dans une circulation française
Las Panteras ne surgissent pas de nulle part. La fiche de KaRu Prod présente deux chanteuses cubaines, Martha Galarraga, dite Martica, et Eliene Castillo. Toutes deux sont passées par plusieurs collaborations internationales avant de porter leur propre répertoire. Le producteur situe leur musique dans un frottement entre racines cubaines et sons électro. Sur scène, deux voix et de petites percussions dialoguent avec la basse, les claviers et la batterie.
Cette trajectoire éclaire l’intérêt suscité par le duo en France. Elle n’autorise pas, toutefois, à prêter à l’entretien plus que ce qui est publiquement accessible. Le 12 juin, Libération publie une rencontre avec les deux artistes. Son titre retient cette formule : « La culture yoruba a toujours été vivante, elle n’est pas restée figée ». Dans l’extrait consultable, Hasta Cuando est présenté comme un disque d’engagement féministe. Galarraga et Castillo y associent exploration spirituelle et héritage musical afro-cubain.
Le lendemain, samedi 13 juin, Rio Loco les programme à 19 h 45 sur la scène Garonne, selon la page officielle de Toulouse Métropole. Le festival s’installe à la Prairie des Filtres du 10 au 14 juin 2026. Sa 31e édition retient le thème « Insulae ». Le parcours musical circule autour des îles, des Caraïbes au Japon, en passant par l’océan Indien et la Polynésie.
Hasta Cuando, un album contre la résignation
Sorti le 7 novembre 2025 chez KaRu Prod, Hasta Cuando compte dix titres. La page Bandcamp confirme une séquence qui va d’Orunmila à Baba Asojuano. Elle passe aussi par Hasta Cuando, Indeseable et La Vendedora. Ces titres montrent que le disque ne se limite pas à un exercice de style afro-cubain. Il organise une parole autour de la violence, du travail, de l’indépendance et de la spiritualité.
Le morceau-titre pose d’emblée une question politique. Sans reprendre longuement les paroles, disponibles sur Bandcamp, le refrain interroge la durée de la domination masculine et affirme une prise de pouvoir féminine. Indeseable déplace le sujet vers la sous-estimation, le contrôle et le refus d’être empêchée. La Vendedora, elle, part d’une figure de vendeuse de rue, avec son économie quotidienne, ses trajets et sa fatigue.
RFI consacrait en novembre 2025 un choix musical à Las Panteras. La radio résumait l’album comme un projet d’afro-féminisme latino traversé par la passion et la révolte. La formule est utile si elle reste rattachée au disque. Chez Galarraga et Castillo, le féminisme n’est pas un mot plaqué sur la musique. Il fait entrer les corps, la danse et les récits de femmes dans le même espace sonore.
La culture yoruba comme fil vivant
Dans cet article, la culture yoruba n’est abordée qu’à travers les références revendiquées par Las Panteras. Les sources citées concernent leur album, pas une présentation générale. Hasta Cuando s’ouvre sur Orunmila, titre qui renvoie à Orula dans les filiations religieuses afro-cubaines évoquées autour du disque. D’autres morceaux citent des noms d’orishas ou des gestes rituels. Il faut donc les entendre comme des références travaillées dans un répertoire musical, non comme une définition globale d’une culture.
Le titre retenu par Libération, attribué à la parole des artistes, va dans ce sens. Dire que la culture yoruba n’est pas restée figée revient ici à refuser l’image d’un patrimoine immobile. Ce patrimoine ne se réduit pas à des signes décoratifs. Dans Hasta Cuando, ces références passent par la voix, les percussions et les formes de réponse collective. Des arrangements contemporains laissent aussi entrer funk, rap, électro, reggae ou groove scénique.
Cette tension donne au projet sa force culturelle. Las Panteras ne racontent pas seulement Cuba depuis la France, ni la France depuis une scène diasporique. Elles construisent un espace où l’héritage afro-cubain se met au présent, avec ses mémoires, ses colères et ses désirs de fête. La musique peut alors rester dansante sans devenir légère, spirituelle sans devenir folklore, militante sans perdre son mouvement.
Une visibilité à traiter avec distance
Le moment français de Las Panteras tient donc à plusieurs calendriers superposés. Il y a la sortie de l’album à l’automne 2025, puis la reprise critique et radiophonique du projet. Viennent ensuite la rencontre de Libération du 12 juin 2026, puis la date de Rio Loco. Cette actualité peut facilement devenir promotionnelle si elle se réduit à une annonce de concert. Elle devient plus intéressante lorsqu’elle éclaire une proposition artistique.
À Toulouse, le duo partagera l’affiche avec Buena Vista All Stars, Los Van Van, Zily et Cami Layé Okun. F-Mack, Joanne Radao et GЯEG figurent aussi dans la soirée. Ce voisinage dit quelque chose de leur place. Las Panteras appartiennent à une programmation de musiques du monde. Leur album demande pourtant une lecture plus fine, attentive aux paroles, aux héritages religieux et aux rapports de genre.
Leur sujet n’est pas seulement de faire entendre des racines. Il est de les travailler dans le présent, avec deux voix qui refusent la carte postale. C’est là que Hasta Cuando trouve sa singularité. Le disque relève de la scène, de la danse et de la transmission. Il porte aussi une prise de parole sur ce que des traditions vivantes peuvent encore déplacer.