
Invitée de C à vous sur France 5, Anne-Sophie Lapix est revenue, mardi 16 décembre 2025, sur les raisons de son départ du 20H de France 2, survenu après son dernier JT (26 juin 2025). Elle dit que ce départ « n’était pas un choix délibéré » et décrit un JT « extrêmement cadré ». Désormais entre M6 et RTL, l’ancienne présentatrice de France 2 raconte les changements du passage de l’image à la voix.
Dans ‘C à vous’, le retour sur un départ
Sur le plateau de C à vous, les images reviennent comme on rouvre un carnet. Mardi 16 décembre 2025, Anne-Sophie Lapix regarde ses adieux au 20H de France 2. Le magnéto déroule un dernier salut, un sourire tenu, et cette sensation particulière des fins d’émission : quand la lumière baisse, la machine continue.
Interrogée par Anne-Élisabeth Lemoine, la journaliste parle d’abord des autres. D’une rédaction « vraiment attachante », dit-elle, et de la fierté de « porter l’information du service public ». L’hommage reste simple : des équipes passionnées et un travail collectif. De plus, il évoque la mémoire des soirs où l’on dépose l’actualité sur la table des Français.
Puis vient la phrase qui recadre le récit. Pourquoi elle quitte le JT : « ce n’était pas un choix délibéré ». Elle évoque « une séparation » dans des « circonstances un peu compliquées », tout en rappelant avoir tenu le poste huit ans. À ses yeux, il y a là moins un scandale qu’un basculement : un chapitre clos, et un autre qui s’ouvre.
Ce retour à C à vous a aussi un goût de boucle : Anne-Sophie Lapix a elle-même présenté l’émission de 2013 à 2017. Cette fois, elle n’est plus l’hôtesse du dîner médiatique. Elle en est l’invitée, et l’exercice lui permet de dire ce que le 20H de France 2 rend parfois difficile : l’envers du décor, sans régler de comptes.
Le 20H, une mécanique serrée
Quand Anne-Sophie Lapix parle du 20H de France 2, elle ne décrit pas seulement une émission. Elle décrit une discipline. À l’antenne, explique-t-elle, « dès qu’on bouge une oreille et qu’on dit un mot de travers, tout de suite, ça a des répercussions ».

Dans sa bouche, le cadrage n’est pas une plainte abstraite. C’est une réalité de fabrication : le rythme, les sujets, l’écriture, les transitions, le ton. Le journal du soir est un objet lourd, installé au cœur des habitudes. Il expose celui ou celle qui l’incarne à une intensité rare : l’erreur se voit, la nuance peut se perdre, l’ironie se heurte à la première lecture.
Lapix le dit avec une précision presque pédagogique : « La petite blague ne passe pas, l’ironie ne passe vraiment pas, même dans les interviews ». Autrement dit : l’espace de jeu se réduit quand l’audience attend une liturgie. Le 20H de France 2 a ses règles, sa gravité, son économie de gestes.
La phrase dit aussi quelque chose du rapport français aux journaux télévisés. On leur demande d’être une boussole, un rendez-vous stable. On les critique, on les compare, mais on continue de s’y retrouver. Le présentateur devient une silhouette familière ; sa diction, son tempo, ses silences finissent par compter autant que les titres.
Ce cadre, Lapix l’a habité longtemps : arrivée à la présentation du 20H de France 2 à la rentrée 2017, elle y a inscrit sa manière : des interviews réputées exigeantes, une parole tenue, un travail de précision. Jeudi 26 juin 2025, elle a présenté son dernier JT (26 juin 2025).
D’un service public à un duo privé : M6 et RTL, deux scènes
Depuis la fin juin, son quotidien s’est déplacé. Aujourd’hui, la journaliste partage son temps entre M6 et RTL, deux antennes d’un même groupe. Cependant, ces deux chaînes offrent deux façons d’installer l’information.
Sur M6, elle tient un rendez-vous dominical d’entretien : Le 20.10. Le format, court et resserré, s’articule autour d’une interview d’environ dix minutes. En effet, il met en avant une personnalité de la semaine.

Sur RTL, elle anime RTL Soir, grande tranche d’information en fin de journée. Le programme mêle interviews, analyses et reportages. De plus, il adopte un tempo radiophonique obligeant à relancer et reformuler. Ainsi, il maintient l’auditeur captivé sans l’image.
Le contraste est frappant. À la télévision, Lapix continue de s’adresser à l’œil : une posture, un décor, un jeu de plans. À la radio, elle s’adresse d’abord à l’oreille : une présence sonore, un rythme, une proximité. Même sujet, même actualité, mais deux langages.
Ce double ancrage raconte aussi quelque chose d’un paysage médiatique en mouvement. Les frontières entre écrans et ondes se traversent davantage : la télévision devient un extrait, la radio un podcast, l’interview un clip. Les programmes se déclinent, se rejouent, se rattrapent. Lapix, figure historique du petit écran, se glisse dans cette circulation.
La voix, un autre pacte avec le public
À C à vous, la journaliste raconte un détail qui fait signe. À la télévision, dit-elle, ses enfants ne la regardaient pas vraiment. À la radio, en revanche, ils l’ont écoutée. Et ils ont été « un peu touchés », confie-t-elle, parce que « la voix, finalement, c’est quelque chose de plus intime ».

L’anecdote reste personnelle, mais elle ouvre une réflexion plus large : ce que change la radio. La voix n’est pas seulement un instrument technique ; c’est une présence. Elle passe par les écouteurs, accompagne une marche, une cuisine, une voiture. Elle se glisse dans les gestes du quotidien sans exiger que l’on s’arrête pour regarder.
La télévision, elle, impose une scène. Le 20H de France 2 cadre tout : la mise en place, la hiérarchie des sujets, l’allure du récit. La radio, même lorsqu’elle est très structurée, laisse respirer davantage : on peut reprendre une phrase, préciser une idée, laisser une respiration. Le direct s’entend dans la texture.
C’est aussi, peut-être, une manière de retrouver une marge. Pas une liberté totale — l’information demeure une matière exigeante, soumise aux faits — mais une latitude de ton. Là où le journal télévisé supporte mal l’écart, la radio peut accueillir une nuance, un sourire, une reformulation.
Dans ce sens, les mots de Lapix sur le « cadrage » du 20H de France 2 ne sonnent pas comme une dénonciation. Ils ressemblent plutôt à un constat de métier, et à une explication sur le choix du rebond : se déplacer là où l’on peut dire autrement, sans trahir le fond.
Repères pratiques : quand et où la retrouver
Pour celles et ceux qui suivent son actualité, les rendez-vous sont désormais identifiés :
- Sur M6, Le 20.10 est diffusé le dimanche soir. En effet, il est programmé autour de 20 h 10. Dans ce format, l’émission propose un entretien bref avec une personnalité de la semaine. Le programme est également décliné en replay sur les plateformes du groupe.
- Sur RTL, Anne-Sophie Lapix présente RTL Soir du lundi au jeudi, sur la tranche 18 h–20 h. Le vendredi, l’émission est assurée par un autre présentateur, selon l’organisation annoncée par la station.
Ces formats rappellent une même intention : mettre l’actualité à hauteur d’auditeur ou de téléspectateur, avec des repères clairs, des questions directes, et un temps d’échange qui ne s’étire pas.
Une figure médiatique qui change de focale
Le récit d’Anne-Sophie Lapix, tel qu’elle le livre, tient en une tension : entre l’image et la voix. L’image du 20H de France 2, puissante, collective, ultra-codifiée. Et la voix de la radio, plus proche, plus quotidienne, parfois plus souple.
Son passage dans C à vous, en décembre, aura fonctionné comme une scène de transition : l’ancienne présentatrice du journal de 20h de France 2, revenue sur le plateau qu’elle connaît, y raconte un départ qu’elle n’a pas souhaité « délibérément », tout en saluant un métier et des équipes. Elle ne réécrit pas l’histoire ; elle en donne la sensation.
Au fond, la journaliste n’abandonne pas l’information : elle en change l’angle d’attaque. Le 20H de France 2 exige une verticalité. La radio et l’entretien dominical permettent une latéralité : la même actualité, mais approchée par la conversation.
Dans un univers où l’attention se fragmente et où les formats se multiplient, cette double présence — M6 le dimanche, RTL en semaine — dessine une trajectoire lisible. Une manière de rester au contact du réel est nécessaire. Cependant, il ne faut pas croire qu’un micro efface la pression. De plus, un plateau ne garantit pas la distance. Et, surtout, une façon de rappeler que l’information n’est pas seulement un spectacle : c’est une parole, un cadre, et parfois une voix qui suffit.