
L’ancienne épouse du roi du Maroc Mohammed VI et présidente de l’Association Lalla Salma de lutte contre le cancer, Princesse Lalla Salma du Maroc (Salma Bennani), a effectué mardi 16 septembre 2025 une visite discrètement encadrée au CHU Hassan II de Fès, entre 15 h 30 et 19 h 00. À l’hématologie-oncologie puis à la maison d’accueil Dar Al-Hayat, elle a salué des patients, parlé aux familles et distribué des cadeaux aux enfants. Aucune image récente n’a été autorisée : seule la reprise, sur X, d’un message du communicant Najib Addadi a officialisé l’information. Geste caritatif, « autorisation tacite » ou signal politique ? Le palais n’a, à ce stade, rien dit.
Ce qui s’est passé au CHU de Fès lors de la visite de Lalla Salma
Selon des témoins et des sources hospitalières concordantes, la visite s’est déroulée en trois temps, avec une entrée par Dar Al-Hayat, cette maison de vie où s’hébergent des malades venus de loin, puis un passage par le Centre d’Hématologie-Oncologie, avant des échanges en petits comités. La présidente de l’association a rappelé, en acte, la vocation de sa structure : accompagner les patients et leurs familles au moment le plus fragile du parcours de soins.
Dans les couloirs, la séquence a été décrite comme brève, tenue, utile. Les équipes évoquent des paroles simples, des gestes de chaleur, des cadeaux offerts aux enfants atteints de cancer. L’hôpital ne s’est pas transformé en scène ; la priorité est restée médicale. Une phrase, rapportée par un cadre hospitalier, résume l’esprit : « Tout s’est fait sans caméras. L’essentiel était de voir des malades, pas de produire des images. »
Une réapparition sous contrôle de Princesse Lalla Salma
Aucune presse accréditée, pas de pool photo : le protocole a filtré l’accès. Les rédactions ont dû se contenter d’archives. La seule validation publique a transité par X, via Najib Addadi, présenté au Maroc comme un relais informel du Makhzen. La rareté du matériau visuel a imposé, de facto, le rythme du récit : celui d’une information vérifiée mais parcimonieuse, dont l’écho a grandi à mesure que s’alignaient les reprises.

Cette économie de visibilité n’est pas nouvelle. Depuis 2018, Lalla Salma s’absente, réapparaît, puis se retire, selon une cadence où les temps forts sont choisis. Une visite d’oncologie en 2019 dans la région de Béni Mellal, des images estivales à Mykonos en 2024, et aujourd’hui Fès, sa ville natale. La cohérence se lit dans la continuité caritative, davantage que dans le commentaire politique.
Certaines publications ont qualifié l’escale d’« officielle ». D’autres ont parlé d’« autorisation tacite ». Les deux formulations, en réalité, décrivent un même mécanisme : l’encadrement du récit et la maîtrise de l’image. Dans les monarchies, l’image n’illustre pas le pouvoir ; elle en fait partie.
L’enjeu d’image : ce que révèle l’absence de photos
L’absence d’images récentes vaut message. Elle réaffirme la figure caritative tout en évitant d’ouvrir une fenêtre intempestive sur l’intime royal. Elle calme les spéculations et rappelle, surtout, que l’écosystème médiatique marocain s’accommode de la rareté, pourvu que le sceau de validation soit perceptible. Ici, ce sceau a pris la forme d’un post sur X et d’un silence institutionnel.

Lalla Salma demeure pour beaucoup un visage identifié de la lutte contre le cancer. Revenir à l’hôpital, d’abord dans la maison de vie, signifie reprendre pied où s’est construit son capital symbolique. Cela se passe au chevet des malades et au côté des familles. De plus, cela s’effectue dans l’ordinaire des services. L’absence de photographie recentre l’attention sur l’acte, non sur le portrait. Le sens précède l’image.
Un signal politique sans communiqué ?
L’hypothèse d’un « signal d’ouverture » s’est imposée dans les commentaires, non par effet d’annonce mais par la conjonction d’une temporalité, d’un lieu et d’un canal. La temporalité tient à l’automne naissant et à la sortie d’un été largement tenu hors caméras. Le lieu renvoie à un hôpital public de référence où se croisent santé, philanthropie et action sociale. Enfin, le canal passe par une validation indirecte et le mutisme du palais. C’est une manière de laisser dire sans entériner.
Pour autant, rien ne permet d’établir une portée politique. La communication officielle demeure silencieuse. La lecture la plus solide reste humanitaire, conforme au périmètre de l’Association Lalla Salma. Cependant, au Maroc, chaque apparition publique des membres de la famille royale marocaine résonne dans l’architecture du pouvoir. Même à bas bruit, ces apparitions ont un impact significatif. La politique, ici, n’est pas proclamée, elle affleure par le cadre.
Le rôle de Princesse Lalla Salma du Maroc
Ni première dame ni figure effacée, Lalla Salma occupe une position singulière : présidente d’association au capital symbolique élevé, ex-épouse du souverain, mère de l’héritier Moulay El Hassan. Cette triangulation : philanthropie, filiation, visibilité, explique l’attention portée à ses déplacements. À la fois acteur social et repère dynastique, son agenda public oblige la prudence des interprétations. Le moindre geste, replacé dans la chronologie familiale, prend valeur d’indice ; le moindre silence, valeur de méthode.
Monarchies au XXIᵉ siècle : secret, transparence, ligne de crête
La visite de Fès illustre une équation devenue commune aux maisons royales : ménager le secret tout en répondant à des attentes de transparence. Le Makhzen — ce terme qui désigne, dans l’usage courant, l’appareil du pouvoir, a appris à dialoguer avec l’ère des réseaux : mieux vaut laisser filtrer que dévoiler frontalement. À l’international, la plupart des familles régnantes orchestrent aujourd’hui leurs visibilités ; on autorise parfois l’intime, on interdit souvent, on valide par une source proche plutôt que par un communiqué. L’épisode de Fès s’intègre dans cette dramaturgie soigneusement orchestrée. Chaque apparition esquisse, par petites touches, l’horizon de la succession.
Le contexte local : un hôpital, une maison de vie, une politique publique
Le CHU Hassan II est un établissement de référence à Fès. Son pôle oncologique s’articule autour de services adultes et pédiatriques, avec hôpital de jour, hospitalisation complète et consultations spécialisées. Les Maisons de vie — Dar Al-Hayat —, dispositif initié et soutenu par l’Association Lalla Salma, offrent un hébergement temporaire aux patients et à leurs proches. Elles réduisent en outre la fatigue des trajets et sécurisent les parcours. L’idée est simple : si l’on soulage le quotidien, on améliore l’observance des traitements et l’égalité d’accès aux soins.
Dans un pays où le cancer demeure une priorité de santé publique, cette infrastructure sociale compte autant que l’équipement lourd. C’est l’un des héritages les plus tangibles de l’engagement de Lalla Salma : inscrire la philanthropie dans la durée, au plus près des services et des familles.
Ce que disent les sources et le jeu des relais
L’information a émergé par un chemin indirect. Sur X, Najib Addadi a signalé la présence de Lalla Salma au CHU Hassan II ; la mention, perçue comme validée par le palais, a aussitôt été reprise par des médias marocains et étrangers. Certains, ont qualifié la visite d’« officielle ». D’autres titres, ont évoqué une « autorisation tacite » qui expliquerait l’absence d’images. À défaut de photos du jour, les rédactions ont publié des archives, stabilisant ainsi une narration fondée sur des éléments concrets mais limités.

Ce jeu de relais dit quelque chose de la fabrique de l’actualité au Maroc. Entre la parole rare des institutions et l’activisme des réseaux, s’installe un interstice où prospèrent supputations et lectures symboliques. Le public, privé d’images, scrute les mots ; les observateurs, privés de communiqués, scrutent les silences. L’actualité devient ainsi un art de la nuance.
Santé publique et héritage associatif
Au-delà de l’épisode, la réapparition à Fès réactive un dossier central : la place des associations dans la lutte contre le cancer. L’Association Lalla Salma s’est illustrée par des campagnes de prévention, des programmes de dépistage, l’appui à des unités d’oncologie et la création de Maisons de vie. On y lit une manière d’agir par capillarité, au plus près des territoires, en complément des politiques publiques. Revenir au CHU, c’est s’adosser à ce bilan sans le commenter ; c’est rappeler, par la pratique, ce que peut une présence de terrain.
Dans ce récit de la maladie, Lalla Salma tient le rôle d’une figure mobilisatrice ; sa présence, même brève, agit comme une reconnaissance symbolique du combat quotidien.
Communication maîtrisée, réception contrastée
Sur les réseaux, le ton a oscillé entre soulagement et scepticisme. Le soulagement tient au retour au contact et à la continuité d’un engagement caritatif. Le scepticisme tient à l’absence de clichés récents et au caractère indirect de l’annonce. La plupart des rédactions ont pris acte de la visite, tout en précisant ses conditions strictes. Au-delà du clivage sémantique entre « officiel » et « tacite », se dessine une méthode : déléguer l’annonce, limiter l’exposition, privilégier la scène hospitalière au tapis rouge.
Enjeux dynastiques et attentes contemporaines
Par ailleurs, la séquence de Fès rappelle combien l’espace public marocain se structure autour d’une double exigence. D’un côté, la continuité monarchique, avec ses rituels, ses codes, son économie de la parole. De l’autre, les attentes contemporaines de transparence, d’images immédiates, de récits partagés. Lalla Salma, par sa trajectoire, se tient à la jonction de ces deux mondes. Elle incarne une philanthropie institutionnelle qui rassure, tout en demeurant un repère familial au sein de la dynastie. Sa réapparition ne tranche pas le débat ; elle le réoriente vers le terrain, là où se construit une partie de la légitimité.
Un retour mesuré, un récit ouvert
Rien, à ce jour, ne permet d’attribuer à la visite du 16 septembre 2025 une intention autre que caritative. Cependant, son déroulé — discret, hospitalier, validé par relais — révèle beaucoup sur l’état de la communication royale. De plus, il illustre comment le Maroc contemporain présente ses figures publiques. L’absence de photos n’a pas empêché l’information ; elle en a modelé la réception. Le CHU Hassan II n’a pas été un théâtre ; il a été un cadre. Et c’est peut-être là, dans cette retenue, que se lit le mieux le sens de ce retour : une présence affirmée, un pouvoir de symbole, et la promesse, à défaut de certitudes, d’un récit encore ouvert.