
Kim Kardashian reconnaît avoir échoué à l’examen du barreau de Californie et promet de le repasser. L’aveu, publié le 8 novembre 2025 sur Instagram, répond à une séquence d’anniversaire. En effet, elle y fustige des « arnaques de voyance » et critique des médiums. Elle les qualifie de « menteurs pathologiques ». De l’intime au public, l’épisode éclaire un marché florissant de la voyance à l’ère des plateformes. Par ailleurs, il rouvre le débat sur sa régulation.
La séquence d’anniversaire et l’aveu public
La scène tient en quelques secondes filmées à la lumière chaude d’un anniversaire. Kris Jenner fête ses 70 ans. Au milieu des rires, sa fille Kim Kardashian lâche une colère froide. Elle vise « les voyants » et dénonce une arnaque de voyance autour de sa réussite au barreau de Californie. Elle les traite de « menteurs pathologiques », selon ses propres mots. Le même jour, sur Instagram, elle confirme l’essentiel : elle n’a pas franchi la barre de l’examen estival et elle le repassera. Pas d’atermoiements. « Pas de raccourcis, pas d’abandon », résume-t-elle.
L’annonce est reprise en cascade. Les médias relaient la vidéo et le message. Les plateformes amplifient. Dans l’écume virale, un détail demeure : la célébrité la plus scrutée de la planète raconte un échec scolaire, simple et net, et l’adosse à une promesse : continuer jusqu’à la réussite.

Une candidate au long cours
Depuis 2019, Kim Kardashian suit la voie détournée dite Law Office Study Program, un cursus d’apprentissage en cabinet, hors école de droit classique, permis par la Californie. Elle a réussi le First-Year Law Students’ Exam en décembre 2021, après plusieurs tentatives. Elle remplit patiemment les cases, de l’MPRE à la révision au long cours. Elle n’est pas avocate et n’a pas encore réussi l’examen du barreau. Elle veut le devenir et ne s’en cache pas, sans détenir de diplôme de droit. Son père, Robert Kardashian, le fut. L’héritage pèse, l’époque aussi.
L’examen qu’elle affronte se déroule sur deux jours. Il aligne cinq dissertations d’une heure, un exercice de performance de 90 minutes et 200 QCM sur le tronc commun américain. Le State Bar of California en détaille la portée et les matières sur son site, sans romance et sans indulgence. La session d’été 2025 a livré ses résultats le 8 novembre 2025 aux candidats ; l’institution a publié des statistiques globales dans les jours suivants. Kim Kardashian assure qu’elle est passée « tout près ». Elle s’accroche à ce « presque » comme on s’accroche à une rambarde dans un escalier glissant.

Cette trajectoire se joue à contre-temps d’un autre récit, pop et clinquant. La star tient le premier rôle d’All’s Fair, série judiciaire américaine, distribuée sur Hulu et Disney+. Le contraste tranche. L’héroïne brillante à l’écran, l’étudiante opiniâtre dans la vie. La fiction a reçu un accueil critique sévère aux États-Unis. Le Tomatometer de Rotten Tomatoes a frôlé le plancher, signe d’une réception chahutée malgré la puissance médiatique du projet. La star continue pourtant la promotion, sûre que l’audience finira par se faire sa propre idée.
Colère contre la voyance et l’arnaque, pas un verdict
Revenons à la diatribe. Les mots prononcés dans la séquence TikTok visent des personnes précises : des médiums — Kim Kardashian les accuse de promesses mensongères. Attribuée explicitement à Kim Kardashian, l’expression relève de la réaction à chaud. Elle ne saurait valoir jugement global sur « les voyants ». Méfions-nous des raccourcis. L’épisode a néanmoins valeur de symptôme : la croyance, même chez les plus rationnels de la Silicon Valley ou d’Hollywood, garde un pouvoir d’aimantation. Au moment de décider, de douter, de trembler, beaucoup cherchent des signes, des cartes, des voix qui rassurent.
Un marché solide, discret, polymorphe
La voyance ne relève pas d’un folklore marginal. Elle occupe un marché réel, nourri par des usages anciens et des plateformes nouvelles. La France se tient haut dans ce paysage. Les estimations varient, mais font état d’un chiffre d’affaires annuel de plusieurs milliards d’euros pour l’Hexagone, avec une offre foisonnante : consultations en cabinet, audiotel surtaxé, services par SMS, lives TikTok et YouTube, places de marché spécialisées. Le nombre de praticiens se compte en dizaines de milliers. En population, les enquêtes d’opinion dessinent une constante : une fraction notable des Français a déjà consulté au moins une fois, une autre dit qu’elle pourrait le faire.
À l’échelle mondiale, le segment purement en ligne connaît une croissance rapide, nourrie par l’instantanéité des flux et par l’habitude des micro-paiements. Le marché parle désormais de « lectures » à distance, de forfaits vidéo et de crédits convertis en cadeaux virtuels. De plus, sur les lives, chaque animation déclenche une monétisation. Les plateformes prennent leur commission. La visibilité fait office de vitrine et d’autorité. Le smartphone devient la table où l’on bat les cartes.
Comment ça rapporte ?
L’économie de la voyance s’adosse à des modèles tarifaires simples. En cabinet, la séance se facture au temps : une heure ou parfois trente minutes. Les prix varient de la consultation « test » à quelques dizaines d’euros. En outre, ils incluent les honoraires plus ambitieux affichés par des cartomanciens réputés. À distance, l’audiotel facture la minute via des numéros surtaxés. Les lignes 0892 et similaires ont enrichi les centres d’appel. De plus, ils agrègent des profils, standardisent les scénarios et optimisent les files d’attente. En live, la logique s’inverse : l’accès est public, la personnalisation se paie sous forme de gifts à valeur monétaire, convertis en diamants, puis en euros. Sur TikTok, la grille des cadeaux va du centime à la centaine d’euros symboliques. La plateforme conserve une part significative des revenus. Au total, ces mécanismes fabriquent une rente qui se nourrit d’une audience continue et de la répétition des micro-transactions.

Les mécanismes de crédulité à l’ère du scroll infini
Pourquoi cela fonctionne-t-il si bien ? Parce que la promesse répond à une émotion. La voyance propose de réduire l’incertitude. Elle offre des histoires prêtes à porter dans lesquelles on se projette. Les études de psychologie sociale décrivent l’attrait pour les énoncés généraux qui paraissent spécifiques à chacun. Plus la formule est vague, plus elle s’applique. L’algorithme, lui, pousse ce que nous avons déjà aimé. Une séquence de tarot bien éclairée, un ton apaisant, une musique diaphane, et l’on s’attarde. La preuve sociale vient compléter le tableau : les commentaires défilent, les « ça marche » rassurent, les captures de messages confortent. L’audience devient témoin, puis caisse de résonance.
Dans ce paysage, les célébrités servent parfois de baromètres. Leur recours à des lectures devient une information publique. On déduit des confidences des indices que l’on érige en tendance. Le cas Kardashian illustre ce glissement. En effet, un examen raté et quelques déclarations suffisent à rouvrir la conversation. Cela concerne un univers économique qui prospère discrètement, sauf quand l’échec y jette une lumière crue.
Arnaques notoires, jurisprudence, lignes rouges
L’histoire récente a connu des affaires retentissantes. Aux États-Unis, la saga dite « Miss Cleo » a marqué les esprits. Au début des années 2000, le Federal Trade Commission a obtenu un accord contraignant les opérateurs de la hotline à abandonner des centaines de millions de dollars de créances et à payer des amendes, après des pratiques jugées trompeuses. Le message politique tenait en une formule : les promesses commerciales doivent être tenues, y compris dans l’univers de la divination.
En France, le droit reste clair sur un point : la croyance est libre, mais la tromperie et l’abus de faiblesse sont pénalement réprimés. Les autorités rappellent que le vendeur qui exploite la vulnérabilité d’une personne encourt de lourdes sanctions. Des décisions rappellent aussi qu’aucune garantie de résultat ne saurait être alléguée pour un service de voyance. La qualification d’escroquerie se dessine dès que des manœuvres visent à soutirer des sommes sous de fausses promesses.
Dans le champ des services téléphoniques, les numéros surtaxés ont longtemps servi de repoussoir. Des condamnations ont sanctionné des montages agressifs. Les plateformes, aujourd’hui, sous-traitent une partie du contrôle aux règles internes : limites d’âge, transparence des prix, interdiction de promesses non fondées. Le filtre demeure poreux. Les modérations se renforcent, sans éliminer la zone grise.
Ce que dit le cas Kardashian de notre époque
Un constat s’impose. Une star capable d’orchestrer sa narration au millimètre peut, en quelques stories, adoucir un revers. Ainsi, elle peut en faire une fable de persévérance. L’épisode aurait pu rester privé. Il devient un moment public qui suscite une autre question : pourquoi confier à des médiums cette charge ? En effet, l’issue d’un examen dont la difficulté est notoire et le barème, publié, devrait être annoncée autrement. La réponse tient peut-être à la solitude mise à nu par les concours. On aime que quelqu’un dise « tu vas y arriver ». On paye pour cela. On like, on partage. On y retourne.
Le barreau de Californie n’a pas changé pour autant. Il a codifié un format, stabilisé un seuil, explicité une méthode. Les statistiques montrent que tout le monde n’y parvient pas, même au prix d’un travail sérieux. Kim Kardashian s’inscrit dans cette moyenne humaine. Elle n’est pas seule. Elle s’y confronte avec une constance qui force le respect. Si la série qui l’occupe récolte les quolibets critiques, son parcours juridique s’écrit au futur.
Vers une régulation plus lisible
Faut-il réguler davantage ? Le débat ressurgit à chaque scandale. Les arguments sont connus. D’un côté, la liberté de croyance et le divertissement. De l’autre, la nécessité de protéger les consommateurs face à des pratiques qui ciblent parfois des personnes fragiles. Une piste consiste à clarifier l’affichage des tarifs, à encadrer la publicité et à imposer une mention claire : la voyance ne garantit rien. Une autre s’attache aux plateformes : rendre visible la commission prélevée, indiquer la valeur réelle des cadeaux, faciliter les recours en cas d’abus. L’État, via ses services, rappelle déjà les droits et les voies de plainte. Il lui reste à investir la nouvelle scène du live.
Le dossier touche à des questions plus vastes. Ce que nous savons des biais cognitifs rencontre ce que nous pratiquons dans les interfaces : un fil sans fin, une succession de promesses, la compulsion du swipe. L’éducation aux médias doit désormais inclure un chapitre sur ces économies de l’attention. Il faut apprendre à identifier l’instant où la sollicitation devient insistance, puis harcèlement. Il faut apprendre à reconnaître l’habillage pseudo-scientifique de certains discours. Il faut surtout réhabiliter le droit de ne pas savoir.
Après l’échec, persévérance et mise à distance des oracles
Kim Kardashian a échoué à un examen. Elle l’a dit. Elle a fustigé des voyants qui lui promettaient l’inéluctable. Elle repart au travail. C’est une histoire plus banale qu’il n’y paraît. Elle rappelle que la réussite demeure une ligne mouvante et que la promesse n’est pas un contrat. Elle dit aussi quelque chose de notre époque : la recherche de certitudes se monétise, le doute aussi. Au milieu, il reste des règles. Les institutions les publient. Les autorités les expliquent. Le reste appartient au jugement de chacun.