
À la veille de la sortie de Mi vida chez Flammarion, Kendji Girac livre, de Biscarrosse à Paris, une autobiographie musicale de chute et de relèvement. Le 30 septembre 2025, sur Quotidien, il revient sur la nuit du 21 avril 2024 : un tir au thorax, l’alcool, la peur, aucune intention suicidaire. Le 1er octobre 2025, le livre paraît, pour expliquer, assumer et replacer la musique au centre.
Un livre attendu, une voix qui se raconte
La parution de Mi vida chez Flammarion le 1er octobre 2025 installe Kendji Girac, vingt-neuf ans, dans un territoire peu fouillé par les stars de variétés françaises : celui d’un récit à la première personne qui chemine entre ferveur populaire, blessures intimes et désir de se remettre d’aplomb. 256 pages relatent une confidence tenue sans trémolo, écrite avec la journaliste Pauline Faure. En effet, on entend la guitare avant même de tourner les pages. Le texte transpire de la rumba qui habite l’artiste depuis l’enfance.
Il faut dire que la trajectoire du chanteur, révélé par The Voice en 2014, ressemble à une fable solaire. L’enfant de la route a été élevé en caravane puis enraciné en Dordogne. Il a conquis les scènes à coups de rythmes ibères et d’élans de voix chaleureuse. Le succès fut immédiat, massif, parfois trop large pour ses épaules. Mi vida ne s’attarde pas seulement sur l’ascension. Il rouvre aussi les heures sombres, jusqu’à la nuit de Biscarrosse où tout aurait pu s’arrêter.
Biscarrosse, une nuit qui scinde une vie
Le livre revient sur la blessure par balle du 21 avril 2024 sur l’aire d’accueil de Biscarrosse. Il aborde aussi l’âpreté des jours qui ont suivi cet événement tragique. Le chanteur détaille un engrenage fait d’alcool à haute dose et de sommeil troué. La crispation d’un couple déjà secoué est également évoquée, ainsi que l’achat récent d’une arme ancienne. Il dit n’avoir pas mesuré la présence dangereuse de cette arme entre ses mains. Le tir, au thorax, n’a laissé qu’un sillon dans la chair et une phrase qui fait froid. Selon l’artiste, la balle est passée au ras du cœur à une distance infime. Il a vacillé assez longtemps pour envisager la possibilité de ne pas se relever.
Au fil des pages, l’homme qui chante « les richesses du cœur » admet une dérive ancienne. L’alcoolisation aurait commencé très jeune, par bravade plus que par plaisir, avant de se muer en habitude. Le livre ne cherche pas de dérobade. Il nomme. Il explique. Il répète qu’il ne voulait ni mourir ni effrayer quiconque. Il parle d’un geste confus, exécuté en état second, sans intention suicidaire. Kendji Girac maintient cette ligne, et l’a réaffirmée à la télévision lors de son passage dans Quotidien le 30 septembre 2025, à la veille de la sortie en librairie.
La justice, les faits, la chronologie
La procédure judiciaire, ouverte au lendemain du drame, a livré son dénouement au 24 juin 2024. Le parquet de Mont-de-Marsan a classé l’affaire sans suite après avoir écarté l’hypothèse d’un tir par un tiers. Il a pris acte d’un geste commis sous l’emprise de l’alcool et de stupéfiants. Les enquêteurs ont relevé une alcoolémie très élevée. De plus, ils ont trouvé des traces de cocaïne et la présence d’une arme. Celle-ci avait été acquise quelques jours plus tôt. Le chanteur a réglé les conséquences administratives de ces infractions et s’est engagé dans un suivi sanitaire. Ces éléments, incontournables pour comprendre le livre, forment un arrière-plan factuel que Mi vida n’esquive pas.
Reste un point crucial, expliqué nettement : le récit public de Kendji Girac diverge de la thèse initiale évoquée dans les premiers jours par le procureur, celle d’une simulation de suicide destinée à faire peur à sa compagne. L’intéressé reconnaît une panique, mais refuse l’idée d’un chantage. Il décrit un instant d’égarement et une étude inachevée de l’arme. De plus, il parle d’un geste dont il dit mesurer aujourd’hui la folie et l’inutilité. La littérature personnelle n’a pas ici vocation à contredire la justice. Elle permet de prendre langue avec ce qui fut vécu, dans la confusion et la douleur, puis recousu dans le temps long de la convalescence.
De la caravane aux scènes, la rumba pour langue maternelle
Mi vida s’ouvre au grand air. L’enfance circule entre Dordogne et routes. De plus, elle évolue dans la musicalité d’un monde où la guitare se transmet à la veillée. Il y a des noms, des influences, une grappe de mélodies qui vont nourrir la signature : la rumba catalane, des échos des Gipsy Kings, une manière de frapper les cordes qui fait monter la fête et l’émotion d’un même souffle. Dès 2014, la victoire à The Voice propulse l’adolescent au premier plan. Suivent des titres qui deviennent des refrains partagés : Color Gitano, Andalouse, Habibi, puis l’album Amigo. Les salles se remplissent, les tournées s’enchaînent, la ferveur déborde et s’invite jusque dans les conversations de familles.

Ce que rappelle le livre, c’est l’envers de cet emballement. Les journées ligotées par la promotion. Les nuits trop longues. L’impossibilité de se protéger d’une célébrité qui, aux heures de faiblesse, vous trouve partout. Là encore, la voix qui raconte n’accuse personne. Elle remercie beaucoup. Elle admet ses leurres. Elle reconnaît des excès. Elle s’éprouve faillible et veut désormais tenir sa ligne : vivre, chanter, aimer, sans s’épuiser.
Une parole publique rare, un contrat moral avec le public
L’apparition sur le plateau de Quotidien a son importance. Au-delà de l’exercice médiatique, Kendji Girac y pose des mots sobres sur ce qu’il traverse. Il dit sa sobriété revenue, sa vigilance quotidienne, l’appui de ses proches et de son équipe. Il remercie ceux qui l’ont attendu. Il demande que l’on écoute le livre, qu’on entende surtout ce qu’il essaie de remettre en ordre. Le geste d’écriture, note-t-il, a servi de tremplin pour clarifier. En effet, cela permet de répondre à une attente simple : comprendre, sans réduire un homme à son pire soir.
Le contrat moral se lit dans les pages les plus sensibles. Elles disent la honte, la peur, le poids des regards, l’inquiétude pour les siens. Elles expriment également la nécessité de ne pas rejouer le drame. De plus, il est important de ne pas romantiser l’alcool. Il faut éviter de transformer l’addiction en motif d’art. La sobriété, revendiquée depuis plus d’un an, est choisie comme une hygiène de vie. Elle devient une condition de la musique à venir.
Ce que dévoile Mi vida sans tout livrer
Le livre n’est pas un dossier. C’est un récit. On y découvre l’enfant et l’adolescent élagueur. Ensuite, le jeune homme se fait remarquer par une vidéo. Puis, il s’élance sur un plateau de télévision et gagne un pays. On y lit des scènes précises, souvent tendres, qui éclairent l’étoffe d’un artiste populaire. On évalue au passage la dette envers les siens et l’importance de la mère. De plus, la fraternité sert de garde-fou. Par ailleurs, la route joue un rôle structurant et est très présente dans les chansons. On perçoit le travail du studio et les hésitations à intégrer des sonorités latines à la pop française. De plus, on constate un désir de rester lisible pour tous, allant des enfants aux grands-parents. Cela se manifeste particulièrement lors d’un concert d’été.

La section consacrée à la nuit de Biscarrosse est brève et droite. Elle n’édulcore pas. Elle ne s’apitoie pas. Elle attire l’attention sur les leçons tirées. Ne pas rejouer la violence. Ne pas céder aux surenchères. Ne pas se réfugier dans la nuit. Surtout, ne pas confondre sincérité et exhibition. Le chanteur calcule ses mots et refuse de sacrifier l’intime. Il livre sa part, ni plus, ni moins. Le reste, prévient-il, appartient à sa famille.
L’artiste, sa musique et l’épreuve comme bascule
On pourrait croire que l’accident a relégué la musique au second plan. C’est l’inverse. Depuis sa convalescence, Kendji Girac écrit à nouveau, s’entraîne, retrouve sa tessiture, repense ses arrangements. Sa rumba, mêlée à la pop, reprend son souffle. Elle s’affine, abandonne certaines facilités, gagne un timbre grave, moins dansant parfois, plus frontal. Dans les studios, ceux qui l’entourent louent ce calme revenu. Sur scène, il promet des concerts resserrés et des orchestrations laissant passer le grain d’une voix. On a trop vite qualifié cette voix de lisse. On guette cette inflexion discrète, qui signe une mue plus profonde qu’un simple retour.

L’ouvrage, lui, n’a rien d’un communiqué de presse. Il affronte les zones d’ombre et interroge l’ivresse de la célébrité. Il rappelle la part de hasard dans une carrière et la part d’obstination. Il regarde aussi vers le futur. De nouvelles chansons apparaîtront, prélude possible à un nouvel album. Elles porteront le sceau de l’épreuve, sans en faire une bannière.
Pourquoi ce livre compte aujourd’hui
Parce qu’il replace la musique au centre, d’abord. Parce qu’il donne des clés à celles et ceux qui ont grandi avec ces refrains, qui dansent sur Andalouse et fredonnent Color Gitano, et qui se sont inquiétés au printemps 2024. Puisqu’il rappelle, sans insistance, que la célébrité n’immunise pas contre les fêlures. Il assume une part de responsabilité et reconnaît le courage dur des reconstructions. Celles-ci n’ont rien de spectaculaire.
Il compte aussi pour ce qu’il exprime d’une France populaire. Celle-ci a choisi ce garçon comme symbole de joie simple. La route qui l’a vu naître, les traditions gitanes qui ont façonné sa musicalité, l’ont préparé à tenir bon. Mi vida n’est pas un manifeste. C’est un livre de gratitude doublé d’un récit de vigilance. Il propose un rythme intérieur à un public qui a souvent fait corps avec lui.
En librairie, une promesse de conversation
Dès ce 1er octobre 2025, Mi vida circule dans les rayonnages. Le volume tient bien en main et la couverture affiche un visage familier. Le ton du texte, limpide, garde la cadence d’une confession sans pathos. On y referme les pages avec l’envie d’écouter les chansons autrement. Les ballades prennent une nouvelle profondeur. Les tubes retrouvent la légèreté qu’on attend d’eux, mais avec un arrière-pays de gravité. C’est la marque des récits utiles : ils complexifient sans sermonner, ils apaisent sans masquer.
À celles et ceux qui espéraient un lot de secrets, le livre répond par la pudeur. À ceux qui doutaient, il propose des faits et des excuses. À tous, il tend la main. La suite se jouera en studio et sur scène. L’écrivain de circonstance a rempli sa part. Le chanteur peut reprendre la sienne.