Ken Follett, 200 millions de livres vendus, devient français et officier de la Légion d’honneur à Londres

Ken Follett devient citoyen français et reçoit la Légion d’honneur à Londres. De Notre-Dame à Dol-de-Bretagne, ses droits d’auteur soutiennent les pierres autant que les lecteurs.

Le 13 novembre 2025, à la Résidence de France à Londres, le romancier gallois-britannique Ken Follett est devenu citoyen français et a reçu les insignes d’officier de la Légion d’honneur. La naturalisation, commencée en 2021, reflète un ancien attachement à la culture française. Cet attachement est nourri par ses lectures. De plus, il s’exprime à travers ses dons au patrimoine, de Notre-Dame à Dol-de-Bretagne. Par ailleurs, son européanisme assumé critique le Brexit.

À la Résidence de France, Ken Follett devient Français

Le soir du 13 novembre 2025, dans les salons boisés de la Résidence de France à Londres, Hélène Tréheux-Duchêne, ambassadrice, prononce les mots qui scellent une trajectoire. Ken Follett, romancier gallois-britannique né à Cardiff en 1949, devient citoyen français. La scène, sobre et précise, se termine avec le ruban rouge de la Légion d’honneur. Au grade d’officier, l’écrivain reçoit cette distinction des mains de la diplomate. L’auteur de la série Les Piliers de la Terre sourit et évoque sa joie. Il exprime sa fierté d’entrer dans une communauté choisie autant qu’aimée. La France n’est plus seulement une muse, un décor de passage, un patrimoine admiré. Elle devient un pays d’appartenance. Ce choix s’entend aussi dans les détails d’une vie.

Il confie aimer la table et les vins, la conversation et la mode, mais surtout « le peuple ». Il parle sans emphase, avec l’accent de celui qui sait la valeur des mots simples. Depuis 2021, date du dépôt de sa demande, le temps administratif a suivi son cours. L’issue épouse la cohérence d’une vie passée à regarder l’Europe comme un tissu de récits. Il faudrait sans cesse recoudre ce tissu.

Ken Follett mécène : de Notre-Dame à Dol-de-Bretagne

L’incendie de Notre-Dame de Paris en 2019 a donné lieu, chez Ken Follett, à un court livre, Notre-Dame, écrit comme un geste de solidarité et de mémoire. L’écrivain a reversé l’intégralité des droits à la Fondation du patrimoine, qui a orienté 148 000 € vers la restauration de la cathédrale Saint-Samson de Dol-de-Bretagne, édifice gothique de Ille-et-Vilaine dont les arcs et les vitraux portent la même ferveur constructive que ses romans. À Dol, la pierre a reçu l’aide d’un conteur venu du pays de Galles, et cette circulation de l’argent des livres vers les pierres des nefs a la simplicité d’un retour.

Le don n’a rien d’un caprice. Il prolonge une fascination ancienne pour les chantiers médiévaux et pour la main qui sculpte. De plus, il admire l’intelligence collective de la maçonnerie. La série Les Piliers de la Terre (saga Kingsbridge, jusqu’au tome 5) a fait de Ken Follett le romancier populaire des cathédrales et des dynasties de bâtisseurs. Seuls ceux qui confondent succès planétaire et distance cynique seront surpris. Un de ses livres aide une cathédrale réelle à se relever. Chez lui, l’efficacité narrative repose sur un imaginaire de la coopération et du temps long. L’héroïsme se mesure à l’endurance.

À Vitoria-Gasteiz, une statue rend hommage à Ken Follett, auteur de la série Les Piliers de la Terre, adapté à l'écran. De L’Arme à l’œil à la Trilogie du Siècle, ses romans ont fédéré des millions de lecteurs. Popularité, rigueur documentaire et adaptations vont de pair, au plus près des vies ordinaires.
À Vitoria-Gasteiz, une statue rend hommage à Ken Follett, auteur de la série Les Piliers de la Terre, adapté à l’écran. De L’Arme à l’œil à la Trilogie du Siècle, ses romans ont fédéré des millions de lecteurs. Popularité, rigueur documentaire et adaptations vont de pair, au plus près des vies ordinaires.

Ken Follett, Européen contrarié par le Brexit

À la radio, quelques heures après la cérémonie, Ken Follett l’a dit d’une voix posée : il aime la France, il déteste le Brexit. Il juge ses conséquences « pires que prévu » et observe qu’un gouvernement travailliste hérite de marges réduites, faute de moyens. Il faut entendre ces phrases pour ce qu’elles sont : l’analyse d’un écrivain, nourrie de convictions personnelles et de l’observation du réel, non un diagnostic économique. Il y a, dans cette aversion, moins une posture qu’une fidélité à l’idée d’Europe comme espace de circulations. Ken Follett a publié dans des dizaines de langues, traverse les pays à la faveur de tournées et de dédicaces, s’adresse à des lecteurs qui partagent un même goût pour l’intrigue. Devenir français, pour lui, relève autant du cœur que de la logique. Il a passé sa vie à abolir les frontières par la fiction. Son art romanesque en porte la trace.

La naturalisation, entamée en 2021, prend ainsi une dimension civile qui dépasse l’anecdote. Elle dit quelque chose de la France, toujours attentive à celles et ceux qui la rejoignent pour ce qu’elle représente : un pays de bibliothèques, de marchés, de débats, de gestes culinaires, de couture, de sociabilité. Et elle dit quelque chose du Royaume-Uni, traversé par des recompositions politiques dont les effets continuent de se faire sentir.

Le roman populaire comme art de l’architecture

Le nom de Ken Follett se confond avec une manière de raconter le monde comme un chantier. Dans Les Piliers de la Terre et ses suites, l’érection d’une cathédrale commande les destins. Elle organise les passions et distribue les violences. Dans la Trilogie du Siècle, notamment Aux portes de l’éternité, l’Histoire à hauteur de familles déroule un fil. Ce fil va des luttes ouvrières aux convulsions des totalitarismes, puis à l’équilibre instable de la Guerre froide. La technique du romancier est un dispositif d’architecte. Il aligne les poutres de l’intrigue, plante les clous des chapitres courts, ménage des contrepoints, fait circuler une dramaturgie de la contrainte et de la ressource.

Après Les Armes de la lumière, son dernier livre, Le Cercle des jours, paru le 25 septembre 2025 chez Robert Laffont, revient vers l’aube des civilisations, du côté de Stonehenge. Le livre s’est déjà vendu à plus de 60 000 exemplaires en France. On y retrouve les ressorts ayant bâti sa réputation : un sens aigu des décors et des communautés aux intérêts contradictoires. En outre, il inclut des figures féminines qui déplacent la donne, ainsi qu’une attention à la mécanique collective du progrès. Ken Follett ne se prend pas pour un historien, il ne se rêve pas anthropologue. Il offre des histoires à la curiosité du grand nombre. De plus, il accepte la part de conjecture constituant la chair de la fiction.

À Helsinki, le regard d’un conteur qui bâtit ses intrigues comme des chantiers. La tension naît d’une mécanique collective, au plus près des vies ordinaires. 'Le Cercle des jours', dernier livre de Ken Follett (Robert Laffont) prolonge cet art du rythme et séduit déjà en librairie.
À Helsinki, le regard d’un conteur qui bâtit ses intrigues comme des chantiers. La tension naît d’une mécanique collective, au plus près des vies ordinaires. ‘Le Cercle des jours’, dernier livre de Ken Follett (Robert Laffont) prolonge cet art du rythme et séduit déjà en librairie.

Ernaux, Modiano, Proust : la filiation française

Lorsqu’il cite Annie Ernaux, Patrick Modiano ou Marcel Proust comme compagnons de lecture, Ken Follett indique un secret de fabrication. Il sait ce que la phrase française doit à l’économie des moyens et au spectre de la mémoire. On n’écrit pas La Recherche quand on construit des paginations de 700 pages. On en retient autre chose : le tact de la réminiscence, l’ombre portée des classes sociales, l’étrangeté d’un temps qui se retourne sur lui-même. Chez Modiano, la brume qui efface les contours nourrit une dramaturgie du manque. Chez Ernaux, la précision autobiographique serre la nuance et le non-dit. Ken Follett n’imite pas, il transpose. Il apprend, puis traduit dans la cadence ample du roman populaire.

Loin des hiérarchies rigides, cette fraternité littéraire raconte aussi une fidélité à une culture. La France qu’il rejoint juridiquement est celle qui a déjà irrigué ses livres. Le geste de naturalisation vient refermer cette boucle, comme on ferme une arche lorsque les voûtes tiennent toutes seules.

Ken Follett, officier de la Légion d’honneur et des Arts et Lettres

La décoration d’officier de la Légion d’honneur, reçue à Londres le 13 novembre 2025, répond à une première reconnaissance : Ken Follett avait été fait officier de l’Ordre des Arts et des Lettres en 2019. On y lira un salut au mécène comme au conteur. Les autorités françaises ont noté la constance de son attachement au pays. En outre, l’évidence d’une œuvre parlant à des millions de lecteurs est reconnue. De Triple à la Trilogie du Siècle, les chiffres globaux donnent le vertige, mais l’on restera prudent : plus de 180 millions d’exemplaires vendus dans le monde selon les sources, une trentaine de titres majeurs. Ce que disent surtout ces ordres et ces insignes, c’est la place de la littérature populaire. De plus, cette place est importante dans l’imaginaire national. Elle n’est pas l’ombre de la grande littérature. Elle est une autre manière de tenir ensemble des récits, de partager un horizon commun.

À Londres, la naturalisation ; en France, l’adoption

La cérémonie a réuni des proches et les éditeurs français, Robert Laffont et Le Livre de poche. La Résidence de France s’est faite théâtre discret des circulations entre îles et continent. Il y a dans cette image un signe du temps. Alors que la politique dresse des barrières, la culture se fraie ses propres passages. Les lecteurs qui ont découvert Ken Follett en poche à la gare, dans les avions, sur les plages, retrouvent à travers cette naturalisation une justification intime. L’écrivain rejoint leur langue d’adoption, non pour y écrire, mais pour y vivre un peu davantage.

Dans son Hertfordshire de résidence, l’homme mène une vie sans faste, travaille beaucoup, aime les musiques rythmées de sa jeunesse et la discipline du bureau. On se gardera d’entrer plus avant dans l’intimité. Il suffit de constater que, chez lui, la biographie visible s’accorde à l’œuvre : une patience, une fidélité, un goût de l’assemblage.

Instant plus intime autour d’un écrivain qui travaille sans tapage, dans la discipline du bureau. Sa biographie visible s’accorde à ses livres : patience, clarté, goût de l’assemblage. Chaque roman répartit les forces, ouvre l’espace aux héroïnes, cherche l’équilibre des pouvoirs.
Instant plus intime autour d’un écrivain qui travaille sans tapage, dans la discipline du bureau. Sa biographie visible s’accorde à ses livres : patience, clarté, goût de l’assemblage. Chaque roman répartit les forces, ouvre l’espace aux héroïnes, cherche l’équilibre des pouvoirs.

Pourquoi Ken Follett rassemble tant de lecteurs

De Billet pour l’enfer à Kingsbridge, la meilleure réponse est celle du rythme. Ken Follett installe d’emblée un enjeu clair, répartit les rôles, veille à l’équilibre des perspectives. Il aime les scènes d’atelier, de chantier, de conseil. Il sait comment une crise d’approvisionnement, une rupture d’alliance ou un hiver trop rude fabriquent de la tension. De plus, il comprend qu’un prélat trop puissant peut aussi être source de tension. Il écrit franc, vise droit. Cette lisibilité tient lieu de programme esthétique. Elle explique l’adhésion de lecteurs qui ne cherchent pas l’énigme cryptée, mais la clarté d’une narration où tout se tient.

À cela s’ajoute une conscience aiguë des déterminismes. Les femmes chez Ken Follett occupent des positions décisives. Elles inventent des solutions, déplacent des montagnes de préjugés. Les hommes n’en sortent pas affaiblis : ils partagent l’intelligence du monde avec d’autres forces, d’autres désirs. Cet équilibre, l’écrivain l’a théorisé à sa manière. Il dit volontiers que ses héroïnes « sauvent » parfois les hommes. Le succès se nourrit de cette place faite aux contre-pouvoirs.

Mosaïque de couvertures françaises des romans de Ken Follett — de L’Arme à l’œil (1978) à Le Cercle des jours (2025) — illustrant une œuvre au long cours, remise en lumière par sa naturalisation française et sa Légion d’honneur en 2025.
Mosaïque de couvertures françaises des romans de Ken Follett — de L’Arme à l’œil (1978) à Le Cercle des jours (2025) — illustrant une œuvre au long cours, remise en lumière par sa naturalisation française et sa Légion d’honneur en 2025.

Ken Follett annonce son prochain roman pour 2027

Ken Follett a annoncé un prochain roman pour 2027. L’information, tenue sans tambour, vaut promesse de retrouvailles. On peut conjecturer ce qui viendra : un groupe au travail et une communauté face à l’épreuve. De plus, il y aura des paysages tramés de menaces et d’espérances. Enfin, un art du découpage reconduit la fascination de l’architecture. En attendant, Le Cercle des jours poursuit sa route en librairie. Les salles parisiennes se remplissent pour l’entendre. Les questions reviennent sur la table : que nous disent ces sagas de notre présent ? Comment la fiction peut-elle, en revenant vers le passé, éclairer les angles morts de l’actualité ?

Devenir français, une fable simple

La naturalisation de Ken Follett n’a rien d’un coup médiatique. Elle ressemble à une fin de chapitre. Un homme de lettres a fait dialoguer l’Angleterre et la France. En retour, il adopte la nationalité d’un pays célébré par les livres. De plus, il le célèbre par un geste de mécénat et une manière de vivre. Les controverses politiques reviendront. Les interprétations abonderont sur ce que le Brexit a détruit ou n’a pas empêché. Restera l’essentiel : un écrivain, des lecteurs, des pierres relevées, une citoyenneté choisie. Cela tient, comme une voûte bien construite.

Cet article a été rédigé par Pierre-Antoine Tsady.