Kavinsky est mort à 50 ans : comment ‘Nightcall’ a conduit la synthwave française de ‘Drive’ jusqu’aux JO

Kavinsky, de son vrai nom Vincent Belorgey, aux platines. Crédits : D’après Delrem, recadrage MRCLD / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0) — restauration et mise à l’échelle DALL·E / Ecostylia.

Kavinsky, de son vrai nom Vincent Belorgey, aux platines. Crédits : D’après Delrem, recadrage MRCLD / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0) — restauration et mise à l’échelle DALL·E / Ecostylia.

Le parquet de Paris a annoncé, mercredi 29 juillet, la mort de Vincent Belorgey, connu sous le nom de Kavinsky. Le producteur et DJ français a été retrouvé mort la veille au soir à son domicile parisien. Il avait 50 ans. Une enquête a été ouverte pour déterminer les causes du décès, qui n’ont pas été communiquées. Son morceau « Nightcall » avait porté la synthwave française du générique de « Drive » jusqu’au Stade de France.

Une enquête ouverte pour déterminer les causes du décès

Le corps de Vincent Belorgey a été découvert dans la soirée du mardi 28 juillet, à son domicile parisien. Le parquet de Paris a annoncé l’ouverture d’une enquête sur les causes de la mort. Il a précisé qu’« aucun élément suspect n’a été découvert sur place par les premiers intervenants ». Les investigations se poursuivent.

Aucune cause n’a été rendue publique, et aucun élément vérifié ne permet d’en avancer une. L’ouverture d’une enquête sur les causes de la mort ne signifie pas qu’une infraction est soupçonnée. Cette procédure est ordinaire lorsqu’un décès survient sans médecin et que son origine n’est pas immédiatement établie.

Né le 31 juillet 1975 en Seine-Saint-Denis, le musicien devait fêter ses 51 ans trois jours après sa mort. Ni sa famille ni son label, Record Makers, n’ont publié de communiqué à ce stade.

Qui était Kavinsky, le pilote fantôme au volant d’une Testarossa

Vincent Belorgey a d’abord été acteur. Sa carrière musicale ne commence qu’en 2005, sous l’impulsion de deux proches. Le premier est le réalisateur et musicien Quentin Dupieux, alias Mr Oizo. Le second, Jackson Fourgeaud, produit sous le nom de Jackson and His Computerband. Il compose ses premiers morceaux sur un vieil ordinateur Apple donné par Dupieux. En 2007, il apparaît dans « Steak », le premier long métrage de ce dernier, et signe une partie de la musique.

Son premier single, « Testarossa Autodrive », est inspiré de la Ferrari Testarossa qu’il conduisait alors. Dupieux le fait écouter à Record Makers, qui le signe. Trois EP suivent. « Teddy Boy », écrit et enregistré entièrement sur un Yamaha DX7, paraît en 2006. Ce synthétiseur est emblématique de la pop des années 1980. « 1986 » sort l’année suivante, puis « Nightcall » en 2010.

Kavinsky n’est pas un pseudonyme mais un personnage. La fiction suit un pilote à la peau bleue et aux yeux rouges. Mort au volant de sa Testarossa en 1986, il réapparaît vingt ans plus tard sous la forme d’un zombie musicien. Belorgey expliquait avoir conçu ce masque parce que mettre son propre visage sur une pochette ne l’intéressait pas : il préférait raconter une histoire. En 2007, il tourne aux côtés de Daft Punk, Justice, SebastiAn et The Rapture. Le remix de « Testarossa Autodrive » par SebastiAn finit dans les jeux vidéo Grand Theft Auto IV et Gran Turismo 5 Prologue.

« Nightcall », le morceau devenu le générique de « Drive »

« Nightcall » paraît le 2 avril 2010 chez Record Makers. Le titre doit sa notoriété mondiale à Nicolas Winding Refn. En 2011, le réalisateur le place au générique d’ouverture de « Drive », avec Ryan Gosling et Carey Mulligan. Le morceau entre alors dans les classements : dixième en France, il y sera certifié disque de diamant. Il est également certifié or en Allemagne, au Danemark et en Nouvelle-Zélande, et disque d’argent au Royaume-Uni.

Sa circulation ne s’arrête pas au cinéma. On l’entend dans « La Défense Lincoln » et la série « Riverdale ». Le titre accompagne aussi une publicité Sony Xperia sur la photographie en basse lumière, puis une campagne Volvo. London Grammar en signe une reprise sur son premier album, « If You Wait », en 2013. Childish Gambino, Lupe Fiasco et Will Young l’ont samplé. En 2025, le groupe irlandais Inhaler en livre une version guitare pour l’émission Like A Version de la radio australienne Triple J. Cette reprise est ensuite éditée en 45-tours.

Qui chante sur « Nightcall »

Les crédits du morceau, repris sur l’album « OutRun », désignent deux voix. La partie féminine est chantée par Lovefoxxx, chanteuse du groupe brésilien CSS. La voix masculine, grave et passée au vocodeur, est celle de Kavinsky lui-même.

La production est signée Kavinsky et Guy-Manuel de Homem-Christo, moitié de Daft Punk, dont Kavinsky avait assuré des premières parties. Le mixage revient à SebastiAn, la prise de son à Florian Lagatta. Les remixes du single sont confiés à Xavier de Rosnay, à Jackson and His Computerband et à Breakbot. Ces noms condensent la scène électronique française de l’époque.

Daft Punk en 2013, quelques années après les premières parties que Kavinsky a assurées pour le duo. Guy-Manuel de Homem-Christo a coproduit ‘Nightcall’, avec SebastiAn au mixage. Crédits : Sony Music Entertainment, retouche W.carter / Wikimedia Commons, Creative Commons Attribution 4.0 International (CC BY 4.0).
Daft Punk en 2013, quelques années après les premières parties que Kavinsky a assurées pour le duo. Guy-Manuel de Homem-Christo a coproduit ‘Nightcall’, avec SebastiAn au mixage. Crédits : Sony Music Entertainment, retouche W.carter / Wikimedia Commons, Creative Commons Attribution 4.0 International (CC BY 4.0).

De la French touch à la synthwave

Les deux étiquettes sont souvent confondues. La French touch désigne la vague de house française de la fin des années 1990, bâtie sur des samples de disco et de funk. Daft Punk, Cassius et Étienne de Crécy l’incarnent. Apparue une décennie plus tard, la synthwave ne sample pas. Elle rejoue au synthétiseur les bandes originales des années 1980, comme celles de John Carpenter ou de Giorgio Moroder. Elle en reprend aussi l’imagerie de néons et de voitures. Kavinsky venait du premier milieu et a contribué à installer le second.

Son premier album, « OutRun », paraît le 25 février 2013 et se classe deuxième en France. On y trouve « ProtoVision », sorti en décembre 2012, « Roadgame » et « Odd Look », partagé avec SebastiAn puis remixé avec The Weeknd. Ce disque a nourri une génération d’artistes rangés sous l’étiquette synthwave, de Perturbator à Carpenter Brut.

Suivent sept années de silence discographique. Kavinsky reparaît en novembre 2021 avec « Renegade », produit par Gaspard Augé et Victor Le Masne, premier extrait de « Reborn ». L’album sort en 2022, précédé de « Zenith », enregistré avec Prudence et Morgan Phalen. En une vingtaine d’années, il aura publié deux albums studio et plusieurs EP, tous chez Record Makers.

Les JO de Paris 2024, seconde vie d’un tube

Le 11 août 2024, au Stade de France, Kavinsky interprète « Nightcall » lors de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques de Paris. Le groupe Phoenix l’accompagne et la chanteuse belge Angèle tient le chant principal. Elle reprend la partie interprétée par Lovefoxxx sur l’enregistrement de 2010.

Angèle au Festival de Cannes en 2019. Cinq ans plus tard, elle reprend la voix de ‘Nightcall’ aux côtés de Kavinsky et Phoenix pendant la clôture des JO de Paris. Crédits : Joan Hernandez Mir / Wikimedia Commons, Creative Commons Attribution 2.0 Generic (CC BY 2.0).
Angèle au Festival de Cannes en 2019. Cinq ans plus tard, elle reprend la voix de ‘Nightcall’ aux côtés de Kavinsky et Phoenix pendant la clôture des JO de Paris. Crédits : Joan Hernandez Mir / Wikimedia Commons, Creative Commons Attribution 2.0 Generic (CC BY 2.0).

Elle relance le morceau à l’échelle mondiale. Une version studio de cette relecture paraît le 20 septembre 2024. Elle atteint la troisième place des ventes en France et décroche une certification diamant du SNEP, quatorze ans après le single d’origine.

Phoenix sur scène à Oslo en 2018. Le groupe accompagne Kavinsky et Angèle au Stade de France pour redonner à ‘Nightcall’ une portée mondiale pendant les JO de Paris 2024. Crédits : Photo : Tore Sætre / Wikimedia, CC BY-SA 4.0.
Phoenix sur scène à Oslo en 2018. Le groupe accompagne Kavinsky et Angèle au Stade de France pour redonner à ‘Nightcall’ une portée mondiale pendant les JO de Paris 2024. Crédits : Photo : Tore Sætre / Wikimedia, CC BY-SA 4.0.

Kavinsky était revenu au Stade de France le 8 septembre 2024, parmi les DJ de la cérémonie de clôture des Jeux paralympiques. Six ans plus tôt, il avait joué à l’Élysée pour la Fête de la musique. D’autres représentants de la scène électronique française l’accompagnaient.

Les hommages d’Emmanuel Macron et du ministère de la Culture

Emmanuel Macron a salué mercredi « une fierté française pour toujours », en rappelant leur rencontre à l’Élysée. La ministre de la Culture, Catherine Pégard, a aussi rendu hommage sur X. Elle a décrit Kavinsky comme « l’une des voix les plus singulières » de la scène française. Selon elle, sa musique « continuera de traverser les générations et les frontières ».

Reste un morceau de quatre minutes trente, écrit pour un personnage de fiction. En quinze ans, il est devenu un standard que l’on reprend, sample et rejoue. Souvent sans connaître le nom de celui qui l’a signé.

Cet article a été rédigé par Émilie Schwartz.