Avec Backrooms, Kane Parsons transforme un mythe web en triomphe A24 et garde série et suite en suspens

À la Berlinale 2024, Renate Reinsve pose loin des couloirs inquiétants de Backrooms, dont elle rejoint ensuite la distribution. Le cliché donne un visage au passage du mythe web vers le cinéma d’auteur international défendu par A24. Crédits : Harald Krichel / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

À la Berlinale 2024, Renate Reinsve pose loin des couloirs inquiétants de Backrooms, dont elle rejoint ensuite la distribution. Le cliché donne un visage au passage du mythe web vers le cinéma d’auteur international défendu par A24. Crédits : Harald Krichel / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

À 20 ans, Kane Parsons transforme les Backrooms, mythe d’internet né en 2019, en succès de cinéma. Sorti aux États-Unis le 29 mai 2026, le film A24 a signé un démarrage massif au box-office. Le réalisateur dit vouloir prolonger cet univers, sans qu’une série ou une suite officiellement lancée soit encore annoncée.

Un succès immédiat pour un film né en ligne

Le phénomène a changé d’échelle en un week-end. Selon l’Associated Press, Backrooms a engrangé 81,5 millions de dollars aux États-Unis et au Canada en trois jours. Le film était alors projeté dans 3 442 cinémas. Le total mondial atteignait environ 118 millions de dollars au 31 mai 2026. L’agence évoque un budget de production estimé à 10 millions de dollars. Ce rapport explique l’attention immédiate portée par l’industrie à ce film d’horreur venu d’un imaginaire web.

Ce démarrage place aussi A24 devant un cas inhabituel pour son catalogue. Le studio présente Backrooms comme un film réalisé par Kane Parsons et écrit par Will Soodik. Chiwetel Ejiofor et Renate Reinsve y affrontent une porte étrange apparue dans le sous-sol d’un magasin de meubles. La page officielle d’A24 confirme également l’association avec Chernin Entertainment.

La prudence reste nécessaire sur la suite. Dans un entretien publié le 3 juin 2026 par BFMTV, à partir de l’AFP, Parsons évoque le cinéma et la série télévisée. Il voit ces formats comme des voies possibles pour raconter d’autres histoires dans cet univers. Le même jour, les informations disponibles ne permettent pourtant pas de parler d’une série commandée. Dread Central, citant Deadline, rapporte seulement une phase très précoce autour d’une suite potentielle. Le média évoque la recherche d’un collaborateur d’écriture, sans feu vert public.

De la photo 4chan au couloir de cinéma

Les Backrooms ne viennent pas d’un scénario de studio. Leur point de départ est un folklore numérique : une image de couloirs vides, jaunâtres, éclairés au néon, publiée en 2019 sur 4chan. Des internautes l’amplifient ensuite en y projetant une peur très contemporaine du banal. L’angoisse ne naît pas d’un monstre identifié. Elle vient de lieux trop familiers pour être rassurants : bureaux, moquettes, murs anonymes, espaces commerciaux sans issue.

Kane Parsons, connu en ligne sous le nom Kane Pixels, découvre cet imaginaire à 13 ans. Quelques années plus tard, début 2022, il publie sur YouTube The Backrooms (Found Footage). Le court-métrage est fabriqué avec Blender, logiciel libre de modélisation et d’animation 3D. D’après BFMTV/AFP, cette première vidéo dépasse les 20 millions de vues en deux semaines.

Renate Reinsve dialogue avec le public autour de ‘The Worst Person in the World’ à Londres, en février 2022. Son parcours européen éclaire le choix d’A24, qui associe Backrooms à des visages de cinéma d’auteur. Crédits : Raph PH / Wikimedia Commons, CC BY 2.0.
Renate Reinsve dialogue avec le public autour de ‘The Worst Person in the World’ à Londres, en février 2022. Son parcours européen éclaire le choix d’A24, qui associe Backrooms à des visages de cinéma d’auteur. Crédits : Raph PH / Wikimedia Commons, CC BY 2.0.

La vitesse du passage à Hollywood tient à cette preuve d’audience. Dans Variety, les producteurs décrivent un développement accompagné par des noms déjà installés dans le cinéma de genre. James Wan, Michael Clear, Dan Cohen et Kori Adelson font partie de cet entourage. L’enjeu n’était pas seulement d’acheter une idée virale. Il fallait conserver le lien entre une communauté de fans, un créateur encore adolescent et une mythologie ouverte.

Une nouvelle fabrique de mythologies culturelles

Ce que Backrooms rend visible dépasse la réussite d’un jeune réalisateur. Hollywood observe depuis longtemps YouTube, TikTok ou les forums comme des réservoirs d’attention. Ici, la différence tient à la nature du matériau. Les Backrooms sont moins une histoire achevée qu’un environnement mental, reconnaissable et suffisamment vide pour accueillir des récits contradictoires.

Cette plasticité explique l’intérêt d’A24, mais elle crée aussi un risque. Plus un folklore participatif devient une propriété industrielle, plus la question du contrôle se durcit. Auteur, producteurs et communauté ne portent pas toujours le même récit. WIRED rappelle que le premier court-métrage reprenait une mythologie collaborative née autour d’une image de forum. Le film doit donc donner une forme narrative à une peur collective qui avait prospéré parce qu’elle restait incomplète.

Suite, série : ce qui est dit et ce qui ne l’est pas

Le succès du premier week-end rend la poursuite probable, mais pas encore simple à nommer. Dread Central, qui relaie Deadline le 2 juin 2026, écrit que Parsons chercherait un partenaire d’écriture pour une suite. Son contrat pour davantage de Backrooms resterait chez A24.

C’est là que la déclaration à BFMTV/AFP doit être lue avec précision. Quand Parsons dit ne pas exclure une série télévisée, il ouvre une possibilité de forme, pas une annonce de production. Aucune suite ni série n’est confirmée publiquement à ce stade.

Renate Reinsve et Inga Ibsdotter Lilleaas apparaissent dans une image de promotion de ‘Sentimental Value’. Le visuel inscrit l’actrice dans un registre d’auteur que Backrooms déplace vers l’horreur industrielle. Crédits : Kasper Tuxen Andersen, autorisation accordée à Ecostylia.
Renate Reinsve et Inga Ibsdotter Lilleaas apparaissent dans une image de promotion de ‘Sentimental Value’. Le visuel inscrit l’actrice dans un registre d’auteur que Backrooms déplace vers l’horreur industrielle. Crédits : Kasper Tuxen Andersen, autorisation accordée à Ecostylia.

Cette nuance est essentielle pour comprendre le moment culturel. Backrooms peut devenir une franchise, mais son intérêt initial vient d’un espace où chacun pouvait projeter sa propre peur. Le défi, pour Parsons et A24, sera de prolonger les couloirs sans les refermer trop vite.

Cet article a été rédigé par Émilie Schwartz.