Comédie-Française 2026-2027 : Jolly, Slimani et le pari culturel d’une institution qui se rouvre au public

Leïla Slimani au cycle Fronteiras do Pensamento, à São Paulo, en juin 2018. La romancière y apparaît déjà comme une voix publique, entre littérature, politique culturelle et débat social. Crédits : Fronteiras do Pensamento / Greg Salibian, via Wikimedia Commons.

Leïla Slimani au cycle Fronteiras do Pensamento, à São Paulo, en juin 2018. La romancière y apparaît déjà comme une voix publique, entre littérature, politique culturelle et débat social. Crédits : Fronteiras do Pensamento / Greg Salibian, via Wikimedia Commons.

La Comédie-Française a dévoilé sa saison 2026-2027. C’est la première conçue par Clément Hervieu-Léger depuis son arrivée à la tête de l’institution en août 2025. Thomas Jolly y signera une entrée au Répertoire avec La Tour de Nesle. Leïla Slimani écrira son premier texte pour le théâtre. La programmation Comédie-Française combine réouverture de Richelieu, partenariats publics et créations contemporaines.

Une saison pour réinstaller Richelieu

Selon la page officielle de la saison 2026-2027, la programmation réunit 26 spectacles. Elle s’ouvrira salle Richelieu le 15 octobre 2026 avec Ruy Blas de Victor Hugo, mis en scène par Julie Duclos. Ce retour au lieu principal sert de rampe de lancement à une saison qui veut afficher plus qu’une reprise. Elle annonce 14 créations, de nouvelles entrées au Répertoire et des partenariats qui déplacent la maison hors de ses murs.

Thomas Jolly, Dumas et le plein air

La signature la plus spectaculaire est celle de Thomas Jolly. Le metteur en scène a dirigé les cérémonies des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. Il fera ses débuts à la Comédie-Française avec La Tour de Nesle. Ce drame d’Alexandre Dumas est annoncé comme création et entrée au Répertoire.

Son arrivée change l’échelle symbolique de la saison. Jolly apporte à la maison de Molière un langage de plateau associé aux grandes fresques. Il vient aussi avec des dispositifs ouverts et une adresse populaire assumée. Pour la Comédie-Française, l’enjeu dépasse l’invitation d’une figure médiatique de l’après-Jeux. Avec un classique du XIXe siècle, elle teste une manière plus ample et plus événementielle de faire vivre le Répertoire.

La pièce sera jouée du 1er au 31 juillet 2027 au jardin des Tuileries. Le partenariat associe le Festival Paris l’été et le musée du Louvre. La fiche officielle précise que la reprise salle Richelieu interviendra pendant la saison 2027-2028, sans distribution encore publiée. Le choix du plein air n’est pas un simple décor. Dumas y revient près de l’imaginaire historique de la tour disparue, au bord de la Seine. Jolly, lui, pense volontiers le théâtre comme un rendez-vous collectif.

Thomas Jolly pose en 2019, visage calme et regard direct, loin du tumulte des scènes monumentales qui l’ont fait connaître. Le portrait éclaire la signature populaire attendue à la Comédie-Française. Crédits : STLOUISNEUF, via Wikimedia Commons.
Thomas Jolly pose en 2019, visage calme et regard direct, loin du tumulte des scènes monumentales qui l’ont fait connaître. Le portrait éclaire la signature populaire attendue à la Comédie-Française. Crédits : STLOUISNEUF, via Wikimedia Commons.

Ce geste dit aussi quelque chose de la nouvelle direction. Clément Hervieu-Léger ne présente pas le répertoire comme un musée. Il le traite comme une matière à déplacer : dans les lieux, dans les formats et dans les alliances. Le Louvre donne ici un cadre symbolique à une œuvre populaire du XIXe siècle. La Comédie-Française prolonge ainsi son expérience hors de ses murs.

Leïla Slimani, Tolstoï et la décentralisation

L’autre annonce forte concerne Leïla Slimani. Avec Résurrection. Un cas de conscience, l’autrice franco-marocaine signe son premier texte pour le théâtre. Prix Goncourt 2016, elle écrit à l’invitation de Simon Delétang d’après le roman de Léon Tolstoï. La fiche officielle programme le spectacle du 25 novembre 2026 au 3 janvier 2027 au Théâtre du Vieux-Colombier.

La pièce naîtra d’abord à Lorient en octobre 2026, puis circulera en tournée avant Paris. Dans un entretien au Monde, Clément Hervieu-Léger défend cette logique de coopération. Il veut faire travailler la Comédie-Française avec les centres dramatiques nationaux. Il défend aussi un usage de l’argent public au service d’un réseau plus large que la seule place Colette.

Leïla Slimani apparaît à la Foire du livre de Francfort en 2017, dans une posture d’écoute et de parole publique. L’image rappelle le passage de la romancière vers une écriture scénique et collective. Crédits : Heike Huslage-Koch, via Wikimedia Commons.
Leïla Slimani apparaît à la Foire du livre de Francfort en 2017, dans une posture d’écoute et de parole publique. L’image rappelle le passage de la romancière vers une écriture scénique et collective. Crédits : Heike Huslage-Koch, via Wikimedia Commons.

Le sujet de Résurrection prolonge cette orientation. Le texte suit un juré qui reconnaît une accusée croisée dans sa jeunesse et comprend sa part de responsabilité dans sa chute sociale. La Comédie-Française présente l’adaptation comme une réflexion sur la violence des structures sociales et le refus d’une absolution facile.

Une ambition culturelle sous contrainte

La saison se joue aussi sur un terrain financier plus serré. BFM TV, avec l’AFP, indique que le tarif plancher à 5 euros est maintenu. Certaines places plein tarif haut de gamme passent de 48 à 56 euros. Le même article évoque 43,5 millions d’euros de dépenses en 2025. Il mentionne 40 millions d’euros de ressources et un déficit anticipé autour de 6 millions d’euros en 2026.

Dans ce contexte, les choix artistiques prennent un relief particulier. En confiant Dumas à Jolly et Tolstoï à Slimani, la Comédie-Française cherche à parler à plusieurs publics. Il y a ceux qui viennent pour le patrimoine. Il y a ceux qui suivent les grandes signatures contemporaines. Et il y a ceux que les partenariats avec le Louvre, Lorient ou d’autres scènes peuvent attirer ailleurs que place Colette. La saison 2026-2027 ne promet pas une révolution. Elle donne une première idée de la méthode Hervieu-Léger : ouvrir le cadre sans abandonner le Répertoire.

Cet article a été rédigé par Pierre-Antoine Tsady.