Violences conjugales : ce que signifie la prolongation de la garde à vue du chef Jean Imbert à Paris le 4 août

À Gordes, Alexandra Rosenfeld sourit dans la lumière du Vaucluse, l’année de son titre de Miss Europe 2007. Autour d’elle, la foule se fond dans un arrière-plan estival. Crédits : Jean-Marc Rosier de http://www.rosier.pro, CC BY-SA 3.0.

À Gordes, Alexandra Rosenfeld sourit dans la lumière du Vaucluse, l’année de son titre de Miss Europe 2007. Autour d’elle, la foule se fond dans un arrière-plan estival. Crédits : Jean-Marc Rosier de http://www.rosier.pro, CC BY-SA 3.0.

La garde à vue du chef Jean Imbert a été prolongée de vingt-quatre heures mardi 4 août à Paris. Cette mesure intervient dans l’enquête ouverte après plusieurs plaintes d’anciennes compagnes pour des violences conjugales alléguées. Elle peut se poursuivre jusqu’à mercredi matin. Le cuisinier de 45 ans conteste les accusations, tandis que les enquêteurs poursuivent leurs vérifications. À ce stade, aucune décision judiciaire n’établit sa culpabilité.

Une deuxième journée d’audition à Paris

La prolongation a été annoncée mardi matin par Franceinfo, qui cite une source proche de l’enquête, tandis que BFMTV invoque des sources concordantes. Les deux médias indiquent que la mesure peut durer jusqu’au mercredi 5 août au matin. Mardi après-midi, aucune information fiable ne faisait état de sa levée ou d’une décision judiciaire prise à son issue.

Jean Imbert avait été convoqué lundi 3 août pour être entendu à Paris. Il ne s’agissait pas d’une interpellation à son domicile, selon BFMTV. Ses avocates, Jacqueline Laffont et Julie Benedetti, ont déclaré à l’AFP qu’il s’était présenté avec des documents pour étayer sa version. Elles ont ajouté qu’il répondait aux questions des enquêteurs. Le contenu de ces documents n’est pas public et ne peut donc pas être évalué à ce stade.

Que change une prolongation de garde à vue ?

En droit commun, l’article 63 du Code de procédure pénale fixe la durée maximale de la garde à vue à vingt-quatre heures. Il permet au procureur de la République d’autoriser par écrit et de manière motivée une prolongation de vingt-quatre heures au plus. Cette décision suppose que les conditions légales soient réunies et que la poursuite de la mesure reste nécessaire à l’enquête.

Cette deuxième période laisse davantage de temps aux enquêteurs pour poursuivre les auditions, vérifier les déclarations et examiner les pièces versées au dossier. Elle ne signifie pas que les accusations sont établies. Une garde à vue est une mesure d’enquête. Elle ne vaut ni mise en examen, statut décidé dans le cadre d’une information judiciaire, ni condamnation. Jean Imbert demeure présumé innocent.

La prolongation ne renseigne pas non plus, à elle seule, sur la décision qui suivra. À son terme, la personne peut être remise en liberté ou faire l’objet d’une suite procédurale décidée par l’autorité judiciaire. Dans les deux cas, l’enquête peut se poursuivre. Aucune de ces hypothèses ne doit être anticipée tant qu’elle n’a pas été annoncée par une source judiciaire ou par la défense.

Qui a porté plainte contre Jean Imbert ?

Une source proche de l’enquête a indiqué à France Télévisions que le cuisinier était visé par au moins trois plaintes. Ce chiffre n’a pas été détaillé publiquement par le parquet de Paris. Deux anciennes compagnes sont identifiées dans les sources disponibles : Lila Salet et Alexandra Rosenfeld. L’identité d’une éventuelle autre plaignante, le contenu précis de chaque plainte et leur articulation dans la procédure ne sont pas confirmés.

Lila Salet a déposé plainte à l’été 2025 pour des faits allégués remontant à 2012 et 2013. Alexandra Rosenfeld a annoncé en 2026 avoir porté plainte pour des violences physiques et psychologiques. Elle dit les avoir subies pendant sa relation avec Jean Imbert, entre 2012 et 2014. Le chef conteste les accusations portées contre lui.

Le 21 janvier 2006, Alexandra Rosenfeld pose face à l’objectif, dans les premiers jours de son année de Miss France. Le sourire et le cadrage serré donnent à ce portrait d’archive une lumière très directe. Crédits : Alain Zirah / Flickr, CC BY 2.0.
Le 21 janvier 2006, Alexandra Rosenfeld pose face à l’objectif, dans les premiers jours de son année de Miss France. Le sourire et le cadrage serré donnent à ce portrait d’archive une lumière très directe. Crédits : Alain Zirah / Flickr, CC BY 2.0.

Ces plaintes doivent être distinguées des témoignages publiés dans la presse. En avril 2025, une enquête d’ELLE a rapporté les récits de quatre anciennes compagnes. Trois décrivaient des violences psychologiques et, pour certaines, physiques ; une quatrième évoquait des comportements de jalousie, de dénigrement et de contrôle. Un témoignage public ne constitue pas automatiquement une plainte. Le nombre de femmes entendues par le magazine ne permet pas de déduire le nombre de procédures judiciaires.

Jean Imbert avait répondu à cette enquête par l’intermédiaire de son équipe et rejeté les faits qui lui étaient attribués. Ses avocates maintiennent aujourd’hui qu’il dispose d’éléments matériels à l’appui de sa version. Ces affirmations relèvent du contradictoire. Leur valeur sera appréciée dans le cadre de la procédure, au même titre que les déclarations et les pièces des plaignantes.

De l’enquête d’ELLE à la garde à vue

Le 23 avril 2025, la publication de l’enquête d’ELLE a rendu publiques plusieurs accusations visant le vainqueur de « Top Chef » en 2012. Le magazine a publié le même jour la réponse de son équipe. À ce moment-là, les récits médiatiques et les actes judiciaires ne se recouvraient pas nécessairement.

Un volet a ensuite été ouvert à Versailles après la plainte de Lila Salet. Selon BFMTV, le parquet de Versailles s’est dessaisi au profit de celui de Paris le 29 août 2025. Cette transmission ne suffit toutefois pas à affirmer que toutes les plaintes citées dans la presse ont été jointes dans une procédure unique.

Au printemps 2026, Alexandra Rosenfeld a fait savoir qu’elle avait elle aussi déposé plainte. Séparément, une dépêche de l’AFP reprise par ICI rapporte qu’en avril le parquet de Paris avait confirmé l’ouverture d’une enquête. Elle porte sur des violences par conjoint ou concubin et a été confiée au commissariat du 16e arrondissement. Le ministère public n’avait précisé ni le nombre ni l’identité des plaignantes. Il invoquait le respect de leur intimité et la préservation de l’enquête.

La procédure a connu une nouvelle étape le lundi 3 août avec la convocation et le placement en garde à vue de Jean Imbert. La prolongation décidée le mardi 4 août constitue, à ce stade, le dernier acte rendu public. Elle autorise la poursuite des investigations pendant une journée supplémentaire, sans préjuger de leur résultat.

Ce qui reste inconnu à ce stade

La qualification exacte examinée pour chaque plainte n’a pas été communiquée dans son intégralité. Le nombre précis de procédures réunies à Paris, la teneur des auditions et la nature des documents fournis par la défense restent également inconnus. Ces lacunes imposent de ne pas présenter comme un ensemble définitivement établi tous les récits publiés depuis avril 2025.

L’issue de la garde à vue demeure le principal point en suspens. Une remise en liberté ne vaudrait pas classement de l’enquête. Un éventuel défèrement, c’est-à-dire une présentation à un magistrat, ne vaudrait pas déclaration de culpabilité. Tant qu’aucune décision n’est annoncée, le fait établi reste celui d’une garde à vue prolongée dans une enquête en cours. Les accusations sont contestées et le périmètre exact des plaintes n’est pas public.

Cet article a été rédigé par Émilie Schwartz.