Accusations contre Jared Leto : dix témoignages, aucune procédure en cours et un rôle au cinéma sans accord

Jared Leto au San Diego Comic-Con en juillet 2016. Le portrait frontal retient une expression sobre, choisie pour accompagner sans dramatisation l’enquête sur les accusations rapportées par la BBC. Crédits : Gage Skidmore / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Crédits : Gage Skidmore / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Une semaine après la mise en ligne au Royaume-Uni de Jared Leto : Hollywood’s Dark Secret, dix femmes témoignent auprès de la BBC. Quatre décrivent des conduites susceptibles de relever du pénal. L’acteur américain de 54 ans conteste catégoriquement leurs accusations. Aucune enquête n’est ouverte à Los Angeles et aucun signalement n’est enregistré à Las Vegas. Pourtant, un accord de casting resté sans suite relance la question des conséquences professionnelles.

Un projet de film resté sans accord

Le 4 août 2026, Page Six a cité plusieurs sources anonymes proches de la production. Selon elles, Jared Leto ne rejoindrait pas Assassination. L’acteur aurait mené des discussions avancées avec le réalisateur Barry Levinson. La production aurait toutefois renoncé à finaliser l’accord à mesure que les accusations se multipliaient. Ses représentants n’ont pas répondu au média.

Le conditionnel est décisif. Le 11 décembre 2024, Deadline indiquait que l’acteur était en négociations finales, tout en précisant que son contrat n’était pas signé. Jared Leto n’a donc jamais été officiellement annoncé au casting. Ni Barry Levinson ni les producteurs n’ont confirmé la raison de l’échec des discussions. Il ne s’agit pas d’une éviction établie, mais d’un accord envisagé qui n’a pas abouti.

Ce que la BBC a documenté

Dans son enquête publiée le 29 juillet, la BBC réunit les témoignages de dix femmes. Elles décrivent des rencontres qui, selon elles, ont eu lieu entre 2002 et 2016. Neuf s’expriment publiquement pour la première fois. Quatre décrivent des conduites que la chaîne présente comme susceptibles de constituer des infractions pénales.

La BBC les désigne par les seuls prénoms Isabel, Alex, Clara et Etta, certains étant des pseudonymes. Isabel affirme avoir subi une agression sexuelle à 17 ans dans la salle de bains d’un motel. Clara dit avoir eu une relation sexuelle avec Leto à 17 ans en Californie, où l’âge du consentement est fixé à 18 ans. Etta affirme avoir reçu des appels sexuellement explicites à 16 ans. Deux ans plus tard, elle dit avoir refusé de signer un accord de confidentialité que la BBC affirme avoir consulté.

La chaîne dit avoir étayé plusieurs récits auprès de proches informés à l’époque. Dans certains cas, elle a également examiné des photographies et des messages. Ces éléments soutiennent la chronologie ou l’existence de certains échanges ; ils ne constituent pas, à eux seuls, une preuve judiciaire des actes allégués.

Le documentaire prolonge une enquête d’Air Mail publiée en juin 2025, dans laquelle neuf femmes mettaient déjà en cause Jared Leto. Les deux décomptes ne doivent pas être additionnés : la BBC reprend et élargit ce travail antérieur, auquel collaborait la journaliste Elena Clavarino.

Jared Leto n’avait pas répondu aux questions détaillées de la BBC avant la diffusion. Après la publication, il a transmis ce démenti par ses représentants : « I have never sexually assaulted anyone in my entire life. These claims are absolutely and categorically false. » Soit : « Je n’ai jamais agressé sexuellement qui que ce soit de toute ma vie. Ces accusations sont absolument et catégoriquement fausses. » Il répond ainsi globalement, sans traiter séparément chaque témoignage. En l’état, il bénéficie de la présomption d’innocence.

Aucune procédure judiciaire en cours

Les informations disponibles ne font état d’aucune inculpation pénale ni d’aucune plainte civile connue liée à ces récits. D’après les réponses obtenues par TMZ auprès des autorités californiennes, la police de Los Angeles n’a aucune enquête ouverte. Elle n’a retrouvé aucun signalement d’agression ou d’inconduite sexuelle visant Jared Leto. Le bureau du shérif du comté de Los Angeles a également indiqué n’avoir aucune enquête en cours. À Las Vegas, la police métropolitaine a déclaré n’avoir reçu aucun signalement d’agression sexuelle dans sa juridiction.

Le parquet du comté de Los Angeles a précisé n’avoir reçu aucun dossier récent concernant l’acteur. Aucun ne lui a été transmis par les forces de l’ordre. Un dossier relatif à une personne l’accusant lui avait toutefois été présenté en 2019. Selon le parquet cité par TMZ, les procureurs n’avaient pas engagé de poursuites. Ils jugeaient les preuves insuffisantes et cette personne n’était alors pas disponible.

Ce vide judiciaire ne tranche pas la véracité des témoignages. L’absence de signalement signifie d’abord que les enquêteurs n’ont pas été saisis des récits concernés. En Californie, la BBC qualifie de statutory rape la relation sexuelle alléguée avec une mineure de 17 ans. Mais la possibilité de poursuivre aujourd’hui dépendrait de la qualification exacte, de la date, du lieu et des règles de prescription applicables. Aucun élément public ne permet d’affirmer que la prescription explique, à elle seule, l’absence de procédure.

Une industrie sans réponse commune

Le contraste est net. Le 30 juillet, un représentant de WME a indiqué à Page Six que l’agence continuait de représenter Jared Leto. Elle n’envisageait pas de rompre avec lui. Son comité consultatif chargé des clients mis en cause n’examinait pas le dossier. De son côté, Thirty Seconds to Mars maintient sa tournée européenne du printemps 2027, avec notamment Paris, Londres et Manchester au calendrier.

Face à cette continuité, les négociations avortées autour d’Assassination constitueraient, si leur motif était confirmé, une première conséquence professionnelle identifiable. Elles restent néanmoins une information de presse reposant sur des sources anonymes. Aucune sanction officielle n’a été annoncée par un studio, un employeur ou une autorité.

Mike Radford, producteur exécutif du documentaire, a décrit auprès de Deadline cette affaire comme un test pour l’après-#MeToo à Hollywood. Pour l’heure, trois logiques coexistent sans se confondre. Une enquête journalistique documente des accusations. La justice n’est saisie d’aucune procédure en cours. Enfin, l’industrie arbitre au cas par cas, le plus souvent sans explication publique.

Cet article a été rédigé par Émilie Schwartz.