Avec Best and Last, Jackass transforme ses cascades en bilan d’âge, d’amitié et de mémoire pop de l’ère MTV

Johnny Knoxville et la troupe Jackass retrouvent l’énergie chaotique d’une comédie physique devenue mémoire collective. L’image renvoie aux films de la franchise disponibles sur Netflix, utilisés ici comme repère éditorial. Crédits : Netflix.

Johnny Knoxville et la troupe Jackass retrouvent l’énergie chaotique d’une comédie physique devenue mémoire collective. L’image renvoie aux films de la franchise disponibles sur Netflix, utilisés ici comme repère éditorial. Crédits : Netflix.

Présenté comme le dernier film cinéma de la franchise, Jackass : Best and Last doit sortir aux États-Unis le 26 juin 2026. Un lancement mondial est annoncé autour du 25 juin. Johnny Knoxville, Jeff Tremaine, Steve-O, Chris Pontius et Jason « Wee Man » Acuña y mêlent cascades, archives et souvenirs. Mais le vrai sujet semble désormais ailleurs. Que devient une bande construite sur la chute quand ses membres doivent composer avec l’âge, les blessures et les absents ?

Un dernier tour, mais à formuler avec prudence

La page officielle de Paramount Pictures fixe la sortie américaine au 26 juin 2026. Elle présente le film comme une célébration de vingt-cinq ans de camaraderie et de gags physiques. Le studio promet des séquences inédites et des retours sur les moments les plus connus de la bande. Aux États-Unis, la classification R impose aux mineurs d’être accompagnés.

Reuters, dans un reportage publié après la première londonienne du 15 juin et repris notamment par AOL, décrit un film plus ému. Il ne s’agirait pas d’un simple best of de cascades. La troupe y parle moins comme une bande d’adolescents attardés que comme des hommes revenus sur ce que leur corps a encaissé. C’est la nuance centrale : Jackass : Best and Last est vendu comme le dernier grand rendez-vous de cinéma de la franchise. Mais rien ne permet d’affirmer que l’univers ne réapparaîtra jamais sous une autre forme.

En France, aucune date nationale confirmée ne ressort des sources officielles consultées ; AlloCiné répertorie seulement le film comme prochainement en salle. Le repère certain reste donc la sortie américaine du 26 juin.

Le corps, ancienne arme comique devenue limite

Depuis ses débuts sur MTV en octobre 2000, Jackass repose sur une idée rudimentaire et efficace. Il s’agit de filmer des adultes qui traitent la douleur, la honte et le ridicule comme des matériaux comiques. La franchise a transformé cette esthétique pauvre en marque mondiale. Elle l’a fait à la télévision, puis au cinéma, avec Johnny Knoxville et Jeff Tremaine comme figures de continuité.

Johnny Knoxville et ses partenaires rejouent la mécanique Jackass, entre défi potache et mise en danger contrôlée. La scène rappelle combien la franchise a fait du corps un ressort comique autant qu’une limite. Crédits : Netflix.
Johnny Knoxville et ses partenaires rejouent la mécanique Jackass, entre défi potache et mise en danger contrôlée. La scène rappelle combien la franchise a fait du corps un ressort comique autant qu’une limite. Crédits : Netflix.

Ce qui change en 2026 n’est pas seulement l’âge des cascadeurs. C’est le regard porté sur cet âge. Knoxville a déjà évoqué les traumatismes accumulés dans des entretiens cités par des médias spécialisés comme Consequence. Ils rendent un nouveau cycle difficile à justifier. À 55 ans, il reste l’emblème de la franchise, mais aussi la preuve vivante que la comédie du choc laisse des traces.

Le film semble donc déplacer la question. Il ne s’agit plus seulement de savoir jusqu’où la bande ira pour provoquer un rire gêné. Il s’agit de regarder une culture de l’excès à l’heure du bilan. Ceux qui l’ont inventée doivent reconnaître que leur corps n’est plus un accessoire interchangeable.

Ryan Dunn, Bam Margera et le poids des archives

La présence d’archives donne au film une tonalité particulière. Selon Reuters, Ryan Dunn, mort en 2011 dans un accident de voiture, apparaît à travers des images conservées. Bam Margera, éloigné du groupe lors de la production de Jackass Forever, est lui aussi cité dans les archives. Cela ne signifie pas une participation active au nouveau tournage.

Cette distinction est importante. Dans l’histoire de Jackass, les absents ne sont pas de simples références nostalgiques. Ils rappellent que le programme a toujours joué avec une frontière instable entre jeu, mise en danger et conséquences réelles. Le risque serait de transformer Ryan Dunn en ressort émotionnel. Le film, s’il tient la promesse décrite par ses premiers échos, semble plutôt l’inscrire dans une mémoire collective. Celle d’un groupe qui ne peut plus rejouer son passé comme si rien n’avait changé.

Une culture MTV devenue objet de mémoire

Le paradoxe de Jackass tient à sa longévité. Ce qui ressemblait, au départ, à une provocation jetable de l’ère MTV s’est installé dans la culture populaire des années 2000. Le spectacle était volontairement pauvre, souvent grossier, parfois répulsif. Il a pourtant marqué une génération par son principe de groupe. Chacun accepte d’être tour à tour victime, complice et témoin de gags physiques poussés jusqu’au malaise.

Les anciens films Jackass gardent l’allure d’un défi collectif, où la honte circule autant que la douleur. Ces archives donnent au nouveau film une couleur de bilan, moins triomphale que mélancolique. Crédits : Netflix.
Les anciens films Jackass gardent l’allure d’un défi collectif, où la honte circule autant que la douleur. Ces archives donnent au nouveau film une couleur de bilan, moins triomphale que mélancolique. Crédits : Netflix.

La fiche de suivi de Movie Insider confirme Jeff Tremaine à la réalisation. Knoxville, Steve-O, Chris Pontius, Preston Lacy, Jasper Dolphin, Zach Holmes et Rachel Wolfson figurent parmi les noms associés au projet. Elle rappelle aussi que le film arrive dans une fenêtre très concurrentielle du cinéma américain. Mais son enjeu commercial n’épuise pas son intérêt culturel.

Car Jackass : Best and Last n’est pas seulement un nouvel épisode de franchise. C’est aussi un test pour une marque construite sur le refus des limites, au sens physique comme au sens moral. Le titre lui-même annonce la contradiction. Il promet le meilleur, annonce la fin et demande au public de rire encore d’un corps qui encaisse moins facilement.

Rire sans faire semblant d’être invincible

La prudence s’impose enfin sur un point : le film ne doit pas être reçu comme une invitation à imiter ses cascades. Jackass repose sur des professionnels de l’absurde entourés d’une production, de protections partielles et, souvent, d’une irresponsabilité mise en scène. Le gag fonctionne parce qu’il est cadré comme performance, pas parce qu’il serait un modèle.

C’est peut-être là que se joue la vraie fin annoncée. Une franchise née d’un refus de grandir découvre que vieillir peut devenir son dernier sujet. Si Best and Last tient cette ligne, le jackass dernier film ne sera pas seulement une compilation de coups, de chutes et de grimaces. Il montrera aussi comment une bande qui a longtemps transformé la douleur en gag regarde désormais son propre passé avec plus de distance.

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Jackass : le meilleur pour la fin (2026) – Bande-annonce

Cet article a été rédigé par Émilie Schwartz.