
Frédéric Timbert présente RUBIS, la balance industrielle certifiée Origine France Garantie qu’il fabrique en Seine-et-Marne. Crédits : Frédéric Timbert.
Frédéric Timbert a une manière efficace de désamorcer l’emphase : il se dit « marchand de balances ». La formule paraît modeste. Elle ouvre pourtant sur un métier qui ne souffre guère l’approximation. Le boulanger pèse sa pâte, le poissonnier sa marchandise, le laboratoire ses composants, l’industriel sa cargaison. Avant de devenir un prix, une recette ou une conformité, toute valeur passe ici par une mesure.
Depuis Esmans, en Seine-et-Marne, l’entrepreneur dirige avec huit collaborateurs une entreprise fondée avec son père en 1990. Timber Productions fabrique, assemble et distribue du matériel de pesage. Elle importe aussi une large part de son catalogue. Timbert ne l’esquive pas : sur environ deux mille références, 15 à 20 % seulement relèvent d’une fabrication réellement française. Tout l’intérêt du personnage se loge dans cette restriction. Chez lui, le Made in France n’est crédible qu’à la condition de commencer par dire ce qui ne l’est pas.
« Un pays qui ne sait pas mesurer ce qu’il produit perd de la valeur », résume-t-il. La phrase dépasse le produit sans lui faire perdre sa matérialité. Une balance fixe le poids d’un lot, le dosage d’un mélange, la loyauté d’une transaction. Elle ne décide pas de la valeur ; elle établit le terrain sur lequel on peut enfin la discuter. Timbert y voit une forme d’autorité discrète, celle de la preuve commune.
Son discours industriel tient donc sur une ligne plus exigeante qu’un drapeau apposé sur un emballage : importer sans le dissimuler, fabriquer en France lorsqu’il maîtrise la chaîne de valeur, puis faire certifier ce qui peut l’être. RUBIS, la balance professionnelle commercialisée par La Balance Française, concentre cette stratégie. Le produit porte une certification Origine France Garantie. Mais une PME industrielle ne vit ni de symboles ni de slogans. Elle vit de clients, de sous-traitants, d’arbitrages et de preuves. C’est sur ce terrain, plus rugueux et plus intéressant, que Frédéric Timbert défend son entreprise.
Le Made in France commence par un inventaire
Le parcours de Frédéric Timbert ne suit pas la voie classique du dirigeant industriel. Formé par la technique et par l’atelier, il complète son expérience en 2006 avec l’Advanced Management Programme de l’INSEAD. De cette double culture, il ne tire aucune querelle d’écoles. Il dit avoir appris sur le terrain le langage des techniciens, puis à l’INSEAD la légitimité et la mise en perspective qui manquent parfois aux petites structures face aux grands groupes.
Le modèle de Direct Pesage porte cette hybridation. L’entreprise se présente à la fois comme constructeur français, distributeur et importateur de produits sélectionnés. Elle fabrique de petites séries ou du presque sur-mesure avec des partenaires français dans l’électronique, l’inox, la peinture ou l’injection plastique. Elle complète le catalogue en Europe et en Asie lorsque le besoin du client dépasse ses capacités de production. Cette frontière, souvent floue dans la communication commerciale, Timbert choisit de la rendre visible.
Ce modèle interdit les raccourcis flatteurs. Timber Productions n’est ni une manufacture intégrée qui produirait seule chacune de ses pièces, ni un simple négociant habillant d’un récit national des produits venus d’ailleurs. Son activité se situe entre fabrication, intégration, distribution et service. Cette complexité pourrait diluer son identité. Timbert en fait au contraire une règle de conduite : réserver la promesse française aux gammes dont il peut retracer la conception et les fournisseurs. La sincérité de cette frontière ne supprime pas la dépendance aux importations ; elle lui évite de devenir une dissimulation.
RUBIS donne une forme concrète à sa conviction. La Balance Française affiche pour ce modèle une certification Origine France Garantie délivrée par Bureau Veritas sous le numéro 6313245. L’organisme Origine France Garantie indique que la certification repose sur un contrôle indépendant, renouvelé chaque année, et exige qu’au moins 50 % des frais de fabrication soient d’origine française. Timbert affirme que RUBIS atteignait 86 %. Le chiffre est le sien ; le seuil et la procédure, eux, sont documentés. Cette distinction importe : elle transforme un argument de marque en affirmation vérifiable.
L’entrepreneur connaît aussi la certification de l’intérieur. Il dit avoir exercé pendant trois ans la vice-présidence de l’association qui porte Origine France Garantie, visitant des PME et défendant auprès des pouvoirs publics une lecture exigeante du « produire en France ». Cet engagement ne rend pas son discours impartial : Timbert est juge de son propre pari industriel et vendeur du produit qui l’incarne. Mais il lui donne une connaissance concrète des audits, des coûts de revient et des arbitrages nécessaires pour rester au-dessus du seuil. Son plaidoyer gagne ainsi à être lu pour ce qu’il est : une parole intéressée, certes, mais informée par la pratique.
La reconnaissance institutionnelle a donné une scène à ce travail. En janvier 2020, RUBIS est sélectionnée pour la première Grande Exposition du Fabriqué en France à l’Élysée, où elle représente la Seine-et-Marne. La photographie transmise par l’entrepreneur le montre échangeant avec Emmanuel Macron autour de la balance. L’image flatte naturellement le dirigeant. Elle raconte surtout l’effort d’une petite entreprise pour faire entrer un objet professionnel, réputé banal, dans le récit industriel national.

Ce récit prend son relief dans une économie profondément désindustrialisée. Dans un rapport publié en 2020, France Stratégie estime que les branches industrielles françaises ont perdu 2,2 millions d’emplois depuis 1980. La part de l’industrie dans le PIB s’établissait à 13,4 % en 2018, contre 25,5 % en Allemagne. L’institution relevait aussi le poids des impôts de production dans les décisions de localisation. Ces données ne prouvent pas toutes les critiques formulées par Timbert. Elles montrent en revanche que son expérience d’atelier s’inscrit dans un décrochage ancien et mesurable.
À lui seul, un fabricant de balances ne renverse évidemment pas cette trajectoire. Il montre en revanche ce que recouvre la réindustrialisation lorsqu’on la ramène au niveau d’une PME : préserver un noyau technique, répartir la production entre plusieurs sous-traitants, supporter le coût d’une certification, trouver des débouchés, puis transmettre des gestes et un langage professionnel. La portée de Timbert est là. Il ne propose pas un grand plan pour l’industrie française ; il donne à voir les conditions ordinaires, parfois ingrates, qui permettent encore de fabriquer une partie de sa valeur sur le territoire.
L’entrepreneur ne s’en tient pas au plaidoyer. Depuis notre entretien, METRIO a pris une forme commerciale visible : une implantation dans le 11e arrondissement de Paris, un service de vérification réglementaire destiné notamment aux commerces de bouche et des déplacements annoncés en scooter électrique. Le projet qu’il décrivait comme une adaptation urbaine du métier est désormais présenté comme une marque de services de Timber Productions. Le passage du discours à l’exécution reste la meilleure pièce de son dossier.
Origine France Garantie, La French Fab, l’APM et plusieurs cercles d’entrepreneurs complètent ce parcours. Ils lui donnent des relais, mais ne constituent pas le cœur du portrait. Celui-ci tient dans une continuité plus concrète : apprendre par l’atelier, faire reconnaître un savoir-faire, puis rapprocher la mesure de ceux qui en ont besoin. À cette échelle, Timbert apparaît moins comme le porte-parole abstrait d’une réindustrialisation que comme le passeur obstiné d’un savoir-faire industriel.
Entretien avec Frédéric Timbert
Mesurer, c’est établir un terrain commun
Pierre-Antoine Tsady : Vous dites qu’un pays se lit aussi dans sa manière de mesurer. Que révèle une balance de son niveau d’organisation ?
Frédéric Timbert : Elle dit d’abord le besoin de réassurance. Aujourd’hui, on quantifie tout, plus qu’hier et sans doute moins que demain. Un sportif veut vérifier son poids, un industriel veut expédier le bon volume, un laboratoire veut réussir un dosage très fin. La balance donne une base commune. Elle ne fait pas parler la société à elle seule, bien sûr, mais elle dit quelque chose du niveau d’organisation d’un pays. Quand vous voyez des balances électroniques, connectées, précises, vous voyez aussi un pays informatisé, structuré, rigoureux dans ses échanges.
P.-A.T. : Vous parlez d’une « autorité métrologique ». Que perd-on lorsque cette autorité n’est plus fiable ?
F.T. : Le commerce commence par là : peser, mesurer, s’assurer qu’on ne se trompe pas et qu’on ne trompe pas l’autre. Si vous vendez un litre d’eau sans étalon fiable, toute la discussion est déjà faussée. Une mesure juste permet de ne plus se battre sur les bases. Ensuite seulement, on peut parler du prix, de la valeur, de la qualité. Une société qui mesure mal perd donc de la valeur. Celui qui perd, ce n’est pas seulement l’État : c’est celui qui produit, parce qu’il ne sait plus exactement ce qu’il fabrique ni ce qu’il gagne. L’acheteur, lui aussi, reste dans l’incertitude.
Fabriquer en France sans maquiller l’origine
P.-A.T. : Sur deux mille références, seules 15 à 20 % sont réellement fabriquées en France. Cette proportion fragilise-t-elle votre discours ?
F.T. : Non, à condition d’être très clair. Ces 15 à 20 % correspondent à de petites séries, à du presque sur-mesure, à des produits que nous maîtrisons de A à Z. Pour ceux-là, la conception, le développement et les sous-traitants sont français : électronique, inox, peinture, injection plastique. Le reste, ce que je ne sais pas faire correctement ici, je l’achète ailleurs, en Europe ou en Asie, et je le dis. Le problème n’est pas d’importer. Le problème est de faire croire autre chose au client.
P.-A.T. : Le Made in France est-il chez vous un acte industriel ou un langage de marque ?
F.T. : Si vous l’utilisez seulement comme un axe marketing, vous ne tenez pas longtemps. Chez nous, c’est une culture. Au départ, je travaillais avec des sous-traitants proches parce que c’était plus simple, plus rapide, plus efficace. Je n’ai pas décidé un matin de faire du Made in France pour être dans l’air du temps. Cela faisait partie de notre manière de produire. Aujourd’hui, c’est aussi une image de marque, évidemment. Mais une entreprise 100 % Made in France, cela n’existe presque pas et cela n’aurait pas toujours de sens. La vraie question, c’est : quelle part de valeur maîtrisez-vous réellement ?
P.-A.T. : Que prouve une certification que votre parole de fabricant ne suffit pas à établir ?
F.T. : Elle fait disparaître une partie du soupçon. Quand je présentais nos produits, certains acheteurs me disaient : « Vous mettez juste un autocollant. » Avec la certification, on prouve. On ne demande pas au client de croire une parole commerciale ; on lui montre un audit. Pour Origine France Garantie, il faut au moins 50 % du prix de revient réalisé en France. Nous, nous étions à 86 %. C’est une information claire pour le client et une discipline pour l’entreprise. Cela oblige aussi à être plus net face aux formules comme « pensé en France », « imaginé en France » ou au simple drapeau bleu-blanc-rouge. Si vous affichez une origine, elle doit correspondre à la réalité.
P.-A.T. : Une balance professionnelle peut coûter de 30 à 10 000 euros. Qu’est-ce qui explique un tel écart ?
F.T. : Le mot couvre des réalités très larges. Une balance de boulangerie, pour peser le pain, peut tourner autour de 300 euros. Le pesage mobile, pour un transpalette ou un chariot élévateur, peut être autour de 5 000 euros. Une balance inox, antidéflagrante, destinée à un site nucléaire, peut monter à 10 000 euros. Ce qui fait le prix, ce sont l’usage, la précision, la sécurité et l’environnement dans lequel la balance va travailler.
L’atelier comme école de direction
P.-A.T. : Que comprend un dirigeant passé par l’atelier qu’aucun tableau de gestion ne lui apprendra ?
F.T. : L’atelier donne surtout un langage commun avec les techniciens. Quand vous y entrez, même si ce n’est pas le vôtre, vous comprenez ce qu’on vous dit. On ne vous raconte pas n’importe quoi, parce que vous êtes passé par là. Je ne dis pas que l’atelier vaut mieux qu’une grande école. Les deux apportent quelque chose. Mais quand vous développez des produits, quand vous déposez des brevets, quand vous fabriquez vraiment, cette compréhension concrète devient très importante.
P.-A.T. : Qu’est-ce que l’INSEAD vous a donné que le terrain seul ne vous aurait pas appris ?
F.T. : Une vision plus large de l’entreprise. Le terrain m’avait appris le métier. L’INSEAD m’a appris à gérer autrement et à communiquer. J’y ai compris que notre savoir-faire avait sa place face à de plus grandes structures. Quand vous dirigez une petite entreprise, vous pouvez vite vous dire que vous êtes moins légitime que les autres. Il faut apprendre à se positionner sans appréhension.
P.-A.T. : Pourquoi avoir conservé un noyau de huit collaborateurs directs ?
F.T. : C’est devenu un choix. Toutes les compétences n’ont pas besoin d’être intégrées. Nous gardons un noyau dur et nous allons chercher à l’extérieur l’électronique, le dessin, le développement, certaines expertises. Le modèle s’est construit avec le temps. Je gère aussi mon entreprise comme une entreprise familiale : j’essaie d’emmener tout le monde, comme j’aurais aimé qu’on m’emmène. Dans une petite structure, on ne peut pas laisser quelqu’un disparaître dans l’organigramme.

P.-A.T. : Les métiers techniques restent indispensables. Pourquoi ont-ils pourtant perdu autant de prestige ?
F.T. : Parce qu’on les a trop longtemps présentés comme des voies de relégation. À mon époque, la filière technique, c’était souvent pour celui qu’on jugeait mauvais à l’école. C’était absurde. Un jeune passionné d’ébénisterie, de soudure ou de mécanique pouvait être très bon, mais on ne le valorisait pas. Aujourd’hui, on cherche des soudeurs et on n’en trouve plus. Pourtant, il y aura toujours besoin de plombiers, d’électriciens et de gens qui fabriquent. Ces métiers travaillent avec les mains et avec la tête. Moi, je prends des jeunes en stage chaque année pour leur montrer ce qu’est un atelier et comment vit une entreprise.
Réindustrialiser sans se raconter d’histoires
P.-A.T. : Qu’est-ce qui bloque le plus concrètement la réindustrialisation française ?
F.T. : D’abord, il faut garder ce que l’on a. Un savoir-faire qui part ne revient pas facilement, en tout cas pas à l’échelle d’une génération. Ensuite, les délais comptent énormément. Construire une usine en France peut prendre trois ou quatre ans, avec la mairie, les architectes, les autorisations. Ailleurs, parfois pas très loin, cela peut aller beaucoup plus vite. Un entrepreneur qui veut investir ne peut pas toujours attendre. Il y a aussi la pression administrative, les taxes directes ou indirectes, les normes ajoutées aux normes européennes. On est devenu un pays de services. Ce n’est pas une fatalité, mais il faut le regarder franchement.
P.-A.T. : Deux mille références : est-ce une force industrielle ou la nécessité commerciale de répondre à tous les usages ?
F.T. : Presque les deux, mais plutôt la deuxième option si l’on veut être lucide. Un boulanger, un laboratoire et quelqu’un qui pèse des semi-remorques ne cherchent pas le même produit. Cette largeur s’est faite au fil du temps. Elle nous rend utiles, mais elle n’a de sens que si la stratégie reste claire. Il faut fabriquer ce qu’on maîtrise, distribuer ce qui complète l’offre et dire d’où vient chaque produit.
P.-A.T. : Avec METRIO, changez-vous de métier ou adaptez-vous le pesage aux contraintes de la ville ?
F.T. : C’est une adaptation. La finalité reste la même : vérifier les instruments. Une balance poids-prix, chez un boucher, un charcutier ou un poissonnier, doit être vérifiée régulièrement par un organisme agréé. Dans Paris, transporter des masses étalon d’environ 30 kilos en voiture devient très compliqué : circulation, stationnement, amendes. L’idée est donc d’être plus proche des clients, installé dans Paris, et de se déplacer en scooter électrique. Ce n’est pas changer de métier. C’est adapter le service à la ville.
P.-A.T. : Pourquoi la pâtisserie revient-elle si souvent lorsque vous parlez de l’utilité d’une balance ?
F.T. : Parce qu’un chef cuisinier peut parfois travailler avec une part d’instinct, alors qu’un chef pâtissier pèse tout. Sans balance, il ne peut même pas tester correctement une recette. Quelques grammes changent le résultat. C’est aussi pour cela que les jeunes s’y intéressent : ils voient un produit se construire sous leurs yeux. La balance restera un outil d’avenir parce qu’il y aura toujours besoin d’exactitude. Après, la question sera de savoir d’où viennent ces balances et qui les fabrique.
Les réseaux, la transmission et la part d’illusion
P.-A.T. : Vos réseaux d’entrepreneurs produisent-ils de l’action économique ou seulement de la reconnaissance entre pairs ?
F.T. : Ils produisent d’abord des rencontres, donc du temps gagné. Ce n’est pas du business immédiat. Il faut être présent, rassurer, connaître les gens. Au bout d’un an ou deux, cela peut devenir très concret. Mais il faut rester lucide : si vous allez deux fois dans un réseau, vous ne faites pas des affaires par magie. Et il faut aussi savoir changer. Quand un cercle devient seulement un club de copains, il ne vous pousse plus assez.
P.-A.T. : Quels entrepreneurs ont, à vos yeux, transformé leur discours en actes ?
F.T. : Arnaud Montebourg m’a marqué. Je l’ai connu dans l’environnement d’Origine France Garantie. On peut penser ce que l’on veut de la politique, mais je l’ai vu vendre ses produits et défendre son miel, ses amandes, ses olives. Je l’ai vu travailler sur un stand avec ses équipes. Il a mis son discours en action. Dans une génération plus récente, je pense aussi à Frédéric Mazzella ou à Guillaume Gibault. Ce sont des entrepreneurs qui vont au bout de leur idée, dans des secteurs très différents, parfois très difficiles.
P.-A.T. : Votre fille a lancé sa propre marque. Que lui transmettez-vous de votre expérience ?
F.T. : Ma fille Justine a lancé une marque de golf à côté de son travail. Je ne lui ai pas donné une méthode toute faite. Je lui ai surtout dit : va au bout de ton idée. Tu peux te tromper, ce n’est pas grave, mais ne t’arrête pas trop tôt. C’est aussi cela, l’entrepreneuriat : avancer, ajuster, apprendre. On ne transmet pas seulement une entreprise ou un métier ; on transmet une manière d’aller au bout des choses.
P.-A.T. : Quel est l’angle mort de votre propre discours industriel ?
F.T. : Je ne vais pas contredire ce que je crois sincère. Mais un entrepreneur avance toujours avec une part d’illusion. Si vous n’avez pas cette illusion, vous n’avancez pas. Vous savez très bien que tout n’est pas possible, mais le fait de viser loin vous fait déjà avancer. Un entrepreneur est un rêveur, au bon sens du terme. Il ira parfois moins loin que ce qu’il avait imaginé, mais il aura construit quelque chose. L’angle mort, c’est peut-être de croire que tout est possible. Mais sans cette croyance, on ne construit pas grand-chose.