Aux Arcs et à Taradeau, les sinistrés retrouvent leurs maisons sous surveillance, tandis que l’enquête avance

Depuis les hauteurs, Les Arcs-sur-Argens déploie ses toits au pied du massif. Une vue paisible qui contraste avec les hectares parcourus par le feu. Crédits : Hpschaefer www.reserv-art.de / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Crédits : Hpschaefer www.reserv-art.de / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Parti de Taradeau dimanche 19 juillet, l’incendie dans le Var a gagné Les Arcs-sur-Argens. Il a été déclaré « fixé » lundi à 19 heures. Près de 200 hectares ont été parcourus et quatre maisons détruites. Mardi, le retour des habitants s’organisait encore sous la surveillance des pompiers. Les dégâts, les besoins de relogement et l’origine du feu restaient à préciser.

« Fixé » ne signifie pas éteint

La préfecture du Var a déclaré le feu officiellement fixé lundi 20 juillet à 19 heures. Ce terme opérationnel signifie que l’incendie est contenu dans un périmètre et ne progresse plus. Tous les foyers ne sont pas pour autant éteints. Des braises ou des racines peuvent continuer à brûler et provoquer une reprise sous l’effet du vent.

La fixation n’a été annoncée qu’après une nouvelle alerte. Lundi après-midi, le feu s’était réactivé sur un flanc boisé difficile d’accès. Les secours ont repris les attaques aériennes, tandis qu’un avion Dash réalisait une barrière de retardant longue de 1,5 kilomètre. Cet épisode explique pourquoi les autorités ont maintenu des moyens importants après l’arrêt apparent de la progression.

Mardi matin, environ 120 sapeurs-pompiers veillaient encore sur le secteur. Des équipes poursuivaient le noyage des lisières, c’est-à-dire l’arrosage en profondeur des zones brûlées. Elles utilisaient aussi des drones pour repérer les points chauds lorsque les moyens aériens n’étaient plus engagés. Le dispositif devait être allégé progressivement si la situation restait stable.

Cette surveillance prolongée répond à la violence du sinistre et aux conditions météorologiques. Jusqu’à 600 pompiers ont été mobilisés au plus fort de l’intervention dimanche. Ils étaient encore 350 au moment où le feu a été fixé lundi soir, avec une centaine d’engins et des moyens aériens.

De Taradeau aux Arcs, une propagation rapide

Le départ de feu a été signalé peu après 15 heures dimanche à Taradeau. Poussées par un vent fort dans une végétation sèche, les flammes ont effectué des sautes et atteint la lisière pavillonnaire des Arcs-sur-Argens. Les secours ont protégé plus d’une centaine de maisons. Des militaires ouvraient parallèlement une piste dans une zone boisée difficile d’accès afin de laisser passer les camions-citernes. Près de 200 hectares ont été parcourus.

Aux Arcs, des secteurs résidentiels ont été évacués dans l’urgence à mesure que la fumée et les flammes approchaient. Les retours ont ensuite été autorisés progressivement, en fonction de l’accessibilité des rues et de l’état des logements. Cette chronologie explique le décalage entre la fin de la progression du front et la découverte des dommages par les habitants.

Au cœur de Taradeau, l’église et la mairie bordent les toits du village. Ce centre paisible rappelle la proximité des habitations avec les zones parcourues par le feu. Crédits : Marianne Casamance / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
Au cœur de Taradeau, l’église et la mairie bordent les toits du village. Ce centre paisible rappelle la proximité des habitations avec les zones parcourues par le feu. Crédits : Marianne Casamance / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Lors d’un point presse diffusé lundi après-midi, le préfet du Var, Simon Babre, a fait état de onze habitations touchées. Quatre d’entre elles étaient détruites. Le communiqué préfectoral du soir a ensuite évoqué « une dizaine d’habitations plus ou moins impactées », toujours avec quatre maisons entièrement détruites. La préfecture a également indiqué à l’AFP que quinze véhicules avaient brûlé et qu’un sapeur-pompier avait été légèrement blessé. Ces chiffres restent provisoires ; ils ne permettent pas de conclure qu’une dizaine de maisons ont été détruites.

Le mot « touchée » recouvre des situations très différentes. Il peut désigner une dépendance ou un garage brûlé, des ouvertures endommagées ou un terrain parcouru par les flammes. Il peut aussi s’agir d’un bâtiment devenu inhabitable. Les expertises doivent encore distinguer les dégâts visibles des atteintes à la structure, puis établir quels logements peuvent être occupés sans danger.

Le bilan humain et social demeure moins documenté. Des habitants ont pu rentrer lorsque leur logement était accessible et épargné. Aucun décompte consolidé des personnes relogées ou durablement privées de leur domicile n’avait toutefois été publié mardi. Le retour ne vaut donc pas toujours retour à une vie normale. Certains découvrent un jardin calciné, un garage perdu ou une maison rendue inhabitable.

Pour les habitants, une deuxième urgence commence

Magalie, une habitante des hauteurs des Arcs interrogée dans un reportage de franceinfo, a raconté avoir évacué sans pouvoir se retourner. Son garage, ses photographies de mariage et les voitures de collection de son mari ont été détruits. Son témoignage donne une mesure concrète d’un bilan qui ne se résume pas au nombre de bâtiments. Les pertes concernent aussi des souvenirs, des outils de travail et des animaux de compagnie dispersés pendant la fuite.

La mairie des Arcs-sur-Argens a organisé mardi une permanence d’aide aux déclarations d’assurance. Elle demande aux foyers touchés de se signaler afin de centraliser les besoins. La commune voisine de La Motte recense de son côté des possibilités de relogement. La municipalité des Arcs a aussi ouvert un registre pour les propositions de bénévolat et de dons. Elle demande toutefois de ne pas déposer spontanément de biens en mairie.

Pour le nettoyage, des bennes peuvent être mises à disposition avec l’appui de Dracénie Provence Verdon agglomération. Dans un point adressé aux habitants mardi matin, le maire Marcel Florent a demandé aux sinistrés d’attendre le passage des assureurs. Ils doivent aussi attendre les experts avant de déplacer ou de nettoyer les biens endommagés. Les services municipaux recueillent également les signalements d’animaux perdus ou retrouvés.

Une enquête ouverte, sans cause avancée

L’origine du départ de feu n’est pas établie. Lors d’un point presse lundi, Simon Babre a indiqué que le procureur de la République de Draguignan avait ouvert une enquête. Cette décision tient à un doute sur l’origine du feu. Les relevés de traces et d’indices étaient alors en cours, a précisé le préfet dans cette déclaration filmée. Aucune piste n’a été rendue publique.

À Toulon, Simon Babre participe aux commémorations du 8-Mai, quelques semaines avant l’incendie du Var. Le préfet a ensuite porté la parole de l’État sur le bilan et l’enquête. Crédits : Alain V / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
À Toulon, Simon Babre participe aux commémorations du 8-Mai, quelques semaines avant l’incendie du Var. Le préfet a ensuite porté la parole de l’État sur le bilan et l’enquête. Crédits : Alain V / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

L’ouverture d’une enquête ne permet pas de qualifier le feu de volontaire, accidentel ou criminel. Le vent, les fortes températures et la sécheresse de la végétation expliquent la rapidité de la propagation. Ils expliquent aussi le risque de reprise, mais pas l’ignition. Confondre ces deux questions reviendrait à transformer des facteurs aggravants en cause sans preuve.

Un risque encore très élevé dans le Var

Météo-France classait mardi le risque d’incendie dans le Var comme très élevé. Sept des neuf massifs forestiers du département étaient fermés en raison d’un risque extrême ou très sévère. Le mistral, l’air sec et des températures proches de 40 °C imposaient une vigilance particulière, y compris autour du périmètre déjà brûlé.

À la mi-journée du mardi 21 juillet, le feu de Taradeau et des Arcs était donc fixé. Aucune extinction complète n’avait cependant été annoncée. Le bilan définitif des logements, des véhicules et des ménages à reloger restait à consolider. L’enquête devait, elle, déterminer où et comment l’incendie avait commencé. Pour les sinistrés, la phase la plus visible du feu s’achevait ; celle des expertises, du relogement et de la reconstruction commençait.

Cet article a été rédigé par Christian Pierre.