
L’arrivée du MV Hondius à Rotterdam, lundi 18 mai 2026, clôt une étape logistique, mais pas la crise sanitaire. Ce foyer d’hantavirus lié à une croisière en Atlantique Sud a déjà causé trois morts. L’OMS, l’ECDC et les autorités néerlandaises jugent le risque faible pour le grand public, mais plus élevé pour les personnes exposées à bord ou au contact étroit de cas confirmés.
Des chiffres encore évolutifs, mais un cadre plus clair
L’OMS a été notifiée le 2 mai d’un groupe de cas de détresse respiratoire sévère à bord du MV Hondius, navire d’expédition battant pavillon néerlandais. Dans son point de situation du 13 mai, l’organisation recensait 11 cas, dont trois décès : huit infections confirmées au virus Andes, deux cas probables et un cas encore jugé non concluant.
L’ECDC, dans sa mise à jour datée du 17 mai, comptabilise 12 cas liés au navire : neuf confirmés, deux probables, un non concluant, toujours avec trois décès. L’agence européenne souligne qu’une hausse du bilan restait possible après les rapatriements, en raison de la longue période d’incubation de ce hantavirus.
Cette différence entre les bilans ne traduit pas forcément une contradiction de fond. Elle reflète surtout des arrêtés à des dates différentes, avec des investigations en cours et des classifications qui peuvent évoluer au fil des tests. Dans un dossier aussi mouvant, le plus important est donc d’indiquer qui compte, quand, et selon quelle définition.
Le navire est arrivé à Rotterdam le 18 mai avec 27 personnes à bord, selon les derniers relevés publics disponibles : 25 membres d’équipage et deux soignants néerlandais chargés du suivi médical pendant la traversée finale.
Ce que l’on sait de la transmission à bord
L’OMS maintient une hypothèse centrale : le premier malade aurait probablement été contaminé avant l’embarquement, lors d’un séjour à terre en Amérique du Sud. L’enquête sur les circonstances exactes de cette exposition reste ouverte.
À partir de ce point initial, les autorités sanitaires considèrent qu’une transmission interhumaine a pu se produire sur le navire. Les éléments disponibles suggèrent une transmission ultérieure de personne à personne à bord, ce qui correspond à une particularité rare, mais documentée du virus Andes parmi les hantavirus.

L’environnement du navire a vraisemblablement favorisé cette diffusion. L’OMS évoque des cabines, des espaces intérieurs et des interactions répétées qui ont augmenté le risque pour les personnes présentes à bord. Elle classe ainsi le risque comme plus élevé pour celles et ceux qui ont embarqué. Toutefois, il reste faible à l’échelle mondiale et faible aussi pour les personnes sans exposition directe.
L’ECDC adopte une formulation proche pour l’Europe : le risque pour la population générale de l’Union européenne et de l’Espace économique européen demeure très faible. Les autorités cherchent donc un équilibre délicat : ne pas banaliser un foyer qui a déjà provoqué trois morts, sans l’assimiler à une menace diffuse pour l’ensemble de la population.
Pourquoi le risque reste faible pour le public
Le RIVM, l’institut néerlandais de santé publique, rappelle que les hantavirus se transmettent d’abord des rongeurs à l’être humain, via l’urine et les excréments de ces animaux. Il précise surtout que le virus Andes ne circule que chez des rongeurs d’Amérique du Sud. Par conséquent, il ne peut pas se diffuser aux Pays-Bas par la vermine locale.
L’autre point clé tient à la transmission interhumaine. Le RIVM, comme l’OMS, insiste sur son caractère rare et sur la nécessité d’un contact prolongé et étroit avec une personne infectée. Autrement dit, le simple fait que le navire soit arrivé à Rotterdam ne crée pas un risque large en soi. Par conséquent, cela n’affecte pas les habitants du port ou la population néerlandaise.
Cette hiérarchie du risque guide toute la réponse sanitaire. Les personnes à surveiller en priorité sont celles qui se trouvaient à bord. De plus, il faut inclure leurs contacts rapprochés et, dans certains cas, des soignants exposés sans protection adaptée. Pour le grand public, aucune mesure de restriction générale n’est recommandée.
Quarantaine, incubation, symptômes : ce que suivent les autorités
Le RIVM avait déjà encadré le retour d’une partie des passagers par avion le 10 mai. L’institut a fixé une période de quarantaine de 42 jours à partir du 6 mai, date retenue pour le début du suivi après le débarquement des patients infectés. Pendant cette période, les personnes concernées doivent rester isolées, avec un contact quotidien des services de santé.
Cette durée s’explique par la prudence adoptée face à l’incubation et à la possibilité de découvrir de nouveaux cas après coup. L’Organisation mondiale de la santé recommande une quarantaine à domicile ou en établissement pour les contacts à haut risque pendant 42 jours. Cependant, elle précise que les recommandations pourront être ajustées à mesure que les données épidémiologiques et biologiques se consolident.

Les symptômes suivis par les autorités incluent notamment fièvre, douleurs musculaires, frissons, maux de tête, troubles digestifs et difficultés respiratoires. Le traitement n’est pas spécifique, cependant la prise en charge repose principalement sur la surveillance et le soutien respiratoire. Par ailleurs, un accès rapide à des soins intensifs est nécessaire lorsque l’état du patient se dégrade.
Le mot « hantavirus » recouvre toutefois plusieurs virus différents. Dans cette affaire, il s’agit du virus Andes, particulièrement surveillé parce qu’il fait partie des rares hantavirus associés à des transmissions interhumaines limitées. C’est cette exception, et non une contagiosité comparable à celle d’un virus respiratoire courant, qui explique la mobilisation internationale autour du Hondius.

Une crise sanitaire désormais plus diplomatique que maritime
Depuis les premières alertes, la gestion du foyer a mobilisé l’OMS, l’ECDC, les autorités néerlandaises et plusieurs États dans lesquels les passagers ont été débarqués ou rapatriés. Le suivi concerne Saint Helena, Praia au Cap-Vert, Tenerife dans les Canaries, puis Rotterdam, avec traçage des contacts et coordination internationale.
Le défi n’est donc plus seulement de sécuriser un navire. Il consiste à surveiller des personnes réparties entre plusieurs pays, à harmoniser les messages publics et à éviter deux erreurs opposées : traiter ce foyer comme un simple incident clos à l’arrivée au port, ou le présenter comme une menace généralisée. Les données disponibles vont plutôt dans le sens d’un événement grave, ciblé et encore surveillé de près.