
Des dizaines de milliers de personnes ont défilé, jeudi 18 septembre 2025, partout en France, à l’appel d’une large intersyndicale, pour contester le projet de budget 2026 et ses 43,8 Md€ d’économies. Des blocages ont démarré à l’aube, des cortèges ont rempli l’après-midi. Entre chiffres rivaux et incidents contenus, le gouvernement promet le dialogue, les syndicats, eux, testent le rapport de force.
Ce que l’on sait
La journée du 18 septembre 2025 a rassemblé une large intersyndicale CFDT, CGT, UNSA, FO, CFE-CGC, CFTC, Solidaires, FSU autour d’un mot d’ordre : contester un projet de budget 2026 prévoyant 43,8 Md€ d’économies. Les organisateurs dénoncent des « mesures brutales » et une logique d’austérité. Le gouvernement met en avant la nécessité de redresser les comptes publics.
L’intersyndicale a rythmé la journée, avec des cortèges dans la plupart des grandes villes, des blocages ont débuté dès 06 h 00 en Normandie, et une cellule interministérielle de crise a suivi l’évolution des rassemblements au ministère de l’Intérieur. En soirée, les bilans officiels sont tombés : 309 interpellations, 134 gardes à vue, 26 policiers et gendarmes blessés, 10 manifestants blessés.
Une mobilisation étendue, de Paris aux grandes villes de région
Les cortèges ont sillonné Paris, Marseille, Lyon, Toulouse, Rennes, Nantes, Caen, Rouen, Le Havre, Cherbourg, Alençon et bien d’autres. À Paris, l’affluence a culminé à 55 000 personnes selon les chiffres recensés en fin de journée. D’autres exemples ponctuent l’Hexagone : 15 000 à Marseille, 18 000 à Toulouse, 10 200 à Caen selon la préfecture. En outre-mer, la Martinique a connu des perturbations notables, jusqu’à des actes de sabotage sur le réseau d’eau.

Au fil des heures, l’allure des défilés a varié : départs en fin de matinée, pointes d’affluence en début d’après-midi, dispersions parfois tardives. Les effets de la grève ont été sensibles dans les transports, les hôpitaux, les universités et les commerces de santé. Cependant, cette situation n’a pas provoqué de paralysie générale.
La bataille des chiffres
Comme souvent, la photographie de la participation diverge selon les sources. La CGT évoque 1 million de personnes dans les rues. Le ministère arrête son comptage à 506 000. L’écart nourrit la controverse, au niveau national comme local. À Caen, par exemple, la préfecture retient 10 200 participants quand d’autres estimations locales relèvent une fourchette plus large. Cette bataille statistique n’est pas qu’un rituel : elle sert de boussole pour les prochains épisodes.
Au-delà des totaux, la géographie des cortèges dit une colère diffuse mais inégale. Les métropoles ont fourni le gros des troupes, tandis que des villes moyennes ont affiché des densités variables. L’intersyndicale revendique un succès d’ensemble. Cependant, le gouvernement met en avant une mobilisation « contenue » par rapport aux précédents mouvements sociaux.
Incidents, maintien de l’ordre et bilans officiels
Les autorités ont fait état d’incidents localisés, avant un retour progressif vers la fin de grève dans la soirée : feux de palettes, intrusions ponctuelles dont une à Caen, heurts sporadiques à Paris, Lyon, Rennes, Marseille. Le maintien de l’ordre a combiné encadrement des cortèges et dispersion de groupes mobiles. De plus, il y a eu usage de gaz lacrymogène dans des périmètres limités. En début de soirée, Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur démissionnaire, a présenté un bilan sécuritaire consolidé, insistant sur le retour au calme dans la majorité des secteurs.
La cellule interministérielle de crise a suivi les évolutions jusqu’à la nuit. Les autorités rappellent la prudence nécessaire lorsqu’il est question de mineurs, certains ayant été interpellés au cours de la journée. Côté syndicats, on nuance : ces incidents ne représenteraient qu’une faible part des défilés.
Étudiants, pharmacies, énergie : les secteurs en pointe
La journée a aussi pris la forme d’actions sectorielles. Côté éducation, les syndicats étudiants Union étudiante, SNES-FSU avancent une mobilisation de 110 000 étudiants et évoquent 23 lycées bloqués au fil de la journée. Les représentants de la pharmacie USPO, FSPF signalent 18 000 officines fermées, une fermeture présentée comme exceptionnelle par l’ampleur et la coordination. Dans le champ de la santé, la FFMKR (massokinesithérapeutes) s’est associée aux mots d’ordre.

Sur le réseau électrique, EDF a enregistré une baisse de charge de 4 000 MW, soit l’équivalent de quatre réacteurs nucléaires. Un signal rare qui mesure, mieux qu’un slogan, la réalité d’une grève quand elle touche des secteurs stratégiques.
Ce que contestent les syndicats
Au cœur de la mobilisation, le projet de budget 2026 et ses 43,8 Md€ d’économies. L’intersyndicale juge ces coupes incompatibles avec l’état des services publics et la situation des salaires. Éducation, hôpital, justice : les griefs convergent. Les syndicats dénoncent une logique d’austérité et réclament une justice fiscale plus ambitieuse pour financer les priorités. Par ailleurs, ils mettent en garde contre des « mesures brutales » qui fragiliseraient les plus jeunes et les ménages modestes.
Dans les cortèges, les banderoles se mêlaient à des slogans sur le pouvoir d’achat, la jeunesse et la transition écologique. Les organisations étudiantes ont tenu à inscrire la question de l’éducation au premier plan. En outre, elles soulignent des tensions budgétaires déjà visibles à l’université et au lycée.
La position de l’exécutif et les marges de manœuvre de Matignon
Face à la rue, l’exécutif met en avant un impératif : réduire la dépense pour préserver la crédibilité financière du pays. Sébastien Lecornu, Premier ministre, a ouvert un dialogue avec les syndicats et les corps intermédiaires. Objectif affiché : expliquer la trajectoire budgétaire, détailler les arbitrages à venir et à cerner d’éventuelles mesures d’accompagnement.
Dans l’équation politique, les marges de manœuvre de Matignon demeurent étroites. Si des ajustements techniques sont possibles, la trajectoire globale faire porter 43,8 Md€ d’économies sur l’exercice 2026 constitue la ligne rouge rappelée par l’exécutif. Les premiers jalons budgétaires esquissés par François Bayrou, ancien Premier ministre, donnent un cadre, mais rien n’est figé : le Parlement et le calendrier macroéconomique peuvent encore infléchir le chemin.
Reste la méthode. Le gouvernement saura-t-il séquencer les efforts, cibler les économies, étaler les mesures ? Les prochains rendez-vous sociaux diront si un compromis est envisageable et à quel prix politique.
Les chiffres, angles morts d’un débat plus large
La focalisation sur les totaux de participation a une vertu : elle prend le pouls d’un moment. Elle a aussi un angle mort : la qualité des signaux. Le tassement ou l’essor dans certaines villes comptent tout autant. Par ailleurs, l’engagement de secteurs clés est crucial. De plus, le soutien ou l’indifférence d’une partie de l’opinion a aussi son importance. En Normandie, les blocages à l’aube ont marqué les esprits. Ailleurs, la vie quotidienne a absorbé la grève sans heurts majeurs.
Cette journée s’inscrit dans un contexte de pressions budgétaires et d’attentes sociales élevées. Elle rappelle que les arbitrages comptables ont toujours une traduction concrète : des bus moins fréquents, des classes plus chargées, des délais en justice, des services hospitaliers sous tension. C’est sur ce terrain tangible que se jouera l’adhésion ou le rejet des réformes à venir.
Et maintenant ? Vers un accord de fin de grève ou une nouvelle séquence sociale ?
La séquence ouverte le 18 septembre n’en restera pas là : de nouveaux préavis de grève sont envisagés si les signaux venus de Matignon ne bougent pas. Des concertations sont annoncées dans plusieurs ministères pour détailler programme par programme l’effort demandé en 2026.
Trois questions dominent les jours à venir : l’exécutif acceptera-t-il de moduler certaines économies ? Les syndicats chercheront-ils un accord sur des volets ciblés salaires modestes, étudiants, hôpital? Et l’opinion basculera-t-elle d’un côté ou de l’autre au gré des premiers arbitrages ?
Ce qu’il faut retenir
Une mobilisation importante a traversé le pays, sans paralysie générale, mais avec des secteurs clés au diapason. Les chiffres restent disputés, avec 1 million selon la CGT et 506 000 selon le ministère. Cependant, les incidents sont restés contenus. En outre, la question budgétaire demeure entière. Les jours qui viennent diront si le dialogue esquissé par Sébastien Lecornu peut desserrer l’étau ou s’il faut s’attendre à une nouvelle séquence sociale à l’automne.