
Le 30/11/2025, le président Isaac Herzog a reçu une demande de grâce présidentielle déposée par Benyamin Netanyahou, en plein procès à Tel-Aviv. Le Premier ministre invoque la guerre à Gaza et la cohésion nationale. Il souhaite en finir avec des audiences qu’il juge intenables. Cette démarche, rarissime, place Jérusalem face à un choix-test pour l’État de droit et l’équilibre des pouvoirs, à l’heure du calendrier électoral 2026.
Une requête hors norme posée sur le bureau du président
Le 30/11/2025, le président Isaac Herzog a confirmé la réception d’une demande de grâce présidentielle émanant de Benyamin Netanyahou, 76 ans, Premier ministre d’Israël. La requête — 111 pages signées par 28 avocats — vise à interrompre le procès pour corruption, fraude et abus de confiance. Ce procès est engagé contre le chef du gouvernement depuis mai 2020. Selon la présidence, il s’agit d’une « demande exceptionnelle, aux conséquences significatives ». Elle doit être examinée avec responsabilité et sérieux en consultant les autorités compétentes.
Dans une vidéo diffusée par ses services, le Premier ministre affirme quelque chose. En effet, il déclare que la poursuite des audiences « déchire Israël de l’intérieur ». De plus, il estime qu’une comparution trois fois par semaine constitue « une exigence impossible » pour un dirigeant en exercice. Il assure qu’une fin immédiate du procès apaiserait les tensions. De plus, cela favoriserait la réconciliation nationale. En effet, le pays reste engagé dans la guerre à Gaza ouverte après l’attaque du 07/10/2023.
Le droit de grâce présidentielle en Israël : un pouvoir encadré et rarement anticipé
En Israël, le pouvoir de grâce du président s’exerce traditionnellement après une condamnation. Le cas présent se distingue par son caractère anticipé, en cours de procès et sans aveu de culpabilité. Des juristes indiquent que l’usage courant nécessite la reconnaissance des faits et une expression de remords. Cependant, la Constitution coutumière du pays et la jurisprudence accordent au président une large marge d’appréciation.
La démarche de M. Netanyahou place Isaac Herzog face à un dilemme institutionnel : répondre à une crise politique et sociale par un geste de clémence, ou préserver la séparation des pouvoirs en laissant aller la justice « à son terme ». Le souvenir des réformes judiciaires débattues en 2023 ravive ce débat. En effet, leurs opposants y voient un affaiblissement des contre-pouvoirs. Cependant, leurs partisans considèrent cela comme un rééquilibrage entre élus et magistrats.
Dans ce contexte, une grâce avant verdict pourrait être vue par certains comme une nouvelle inflexion. De plus, cela influencerait la relation entre l’exécutif et l’autorité judiciaire.
Encadré – Que permet vraiment la grâce présidentielle ?
Le président peut commuer, réduire ou annuler des peines et, de façon plus rare, interrompre une procédure. En pratique, l’outil sert surtout à aménager la sanction une fois la culpabilité établie. La demande actuelle en amont du jugement rend l’exercice éminemment politique.
Ce que recouvrent les dossiers visant le Premier ministre
Le chef du gouvernement est poursuivi dans plusieurs affaires. Dans l’une d’elles, Benyamin Netanyahou et son épouse Sara sont mis en cause pour des cadeaux de luxe reçus de milliardaires — cigares, champagne, bijoux — pour une valeur d’environ 260 000 $ (≈ 225 000 €). Dans d’autres volets, il est soupçonné d’avoir recherché une couverture médiatique favorable en échange d’avantages réglementaires ou économiques. Les chefs d’accusation retenus par le parquet incluent la corruption et la fraude. Par ailleurs, ils concernent également l’abus de confiance ou des avantages indus, selon les dossiers.
À ce stade, M. Netanyahou conteste toute faute. Il bénéficie de la présomption d’innocence. Ses avocats soutiennent que la poursuite du procès nuit à la bonne marche de l’État. De plus, elle détourne l’attention des priorités sécuritaires et diplomatiques. En outre, cela pèse sur la cohésion nationale.
Les affaires en trois points
• Cadeaux de valeur : dons en nature évalués à ≈ 260 000 $.
• Relations médias : soupçons d’échanges entre couverture favorable et facilités réglementaires.
• Chef d’accusation : combinaisons de corruption, fraude, abus de confiance.

Précédents et comparaisons : 1986 et le cas Olmert
Les observateurs rappellent un précédent : en 1986, le président Chaim Herzog accorda une grâce à deux agents du Shin Bet avant jugement, dans un contexte sécuritaire très sensible. L’affaire demeure controversée, mais elle atteste qu’une grâce anticipée est juridiquement pensable.
Autre repère : Ehud Olmert, Premier ministre entre 2006 et 2009, avait démissionné avant d’être condamné plus tard à 27 mois de prison pour fraude. La comparaison illustre deux chemins institutionnels : retrait de la vie politique avant le verdict, ou maintien en fonction avec une issue suspendue à une décision de clémence.
Pour Isaac Herzog, l’analogie a ses limites : une grâce en 2025 porterait non seulement sur la personne du Premier ministre, mais aussi sur la confiance accordée à la justice. Chaque scénario aura des effets systémiques sur l’État de droit et la légitimité des institutions.
La bataille politique et internationale
La demande a immédiatement clivé la scène politique. Dans la coalition, des responsables comme le ministre de la Défense Israël Katz plaident pour une issue rapide afin de mettre fin à une « déchirure profonde » de la société. L’opposition, menée par Yaïr Lapid, pose trois conditions à toute clémence : aveu de culpabilité, remords, retrait de la vie politique. Ses détracteurs préviennent qu’une grâce, sans cela, serait perçue comme une instrumentalisation de l’institution présidentielle. Cela profiterait à un acteur directement intéressé.
La pression dépasse les frontières. Début novembre 2025, l’ancien président américain Donald Trump a adressé une lettre à Isaac Herzog soutenant une grâce présidentielle, dénonçant un « lawfare » contre le Premier ministre israélien. Cette intervention, inédite par sa forme, ajoute une dimension internationale à un débat d’abord institutionnel et national.
Une opinion publique fracturée
Un sondage publié le 30/11/2025 par le Centre aChord (Université hébraïque de Jérusalem) fait apparaître une société partagée : 49 % d’opposés, 32 % de favorables, 19 % de neutres à l’idée d’une grâce. Cette photographie, bien que datée et susceptible d’évoluer, illustre la polarisation durable du pays. Celle-ci perdure depuis la séquence des réformes judiciaires et la guerre. Elle éclaire également le calcul politique du Premier ministre. Celui-ci a annoncé son intention de se présenter aux prochaines législatives. Celles-ci sont attendues avant le 31/12/2026.
Méthodologie
Le sondage aChord mesure une opinion à un instant T et ne préjuge pas des dynamiques de campagne. Il convient de le lire comme indicateur de tendance, non comme prédiction.
Quels scénarios à court terme ?
Trois voies se dessinent :
- Grâce accordée : la procédure pénale serait interrompue, permettant à Benyamin Netanyahou de gouverner et faire campagne sans audience au long cours. Le coût institutionnel serait un débat aigu sur l’équilibre des pouvoirs et la neutralité de la fonction présidentielle.
- Grâce refusée : le procès se poursuivrait jusqu’au verdict. Les avocats du Premier ministre pourraient envisager un accord de plaider-coupable. Cette voie a déjà été évoquée par des juristes. Cela nécessiterait un compromis entre le risque judiciaire et l’horizon politique.
- Décision différée avec avis consultatifs : le président Herzog pourrait gagner du temps en sollicitant des analyses du ministère de la Justice et du conseiller juridique du gouvernement, ouvrant une période d’incertitude qui pèserait sur l’agenda politique.
Dans chaque hypothèse, le cœur du sujet demeure la crédibilité des institutions et la confiance du public : comment concilier la continuité de l’État en temps de guerre et l’exigence d’une justice impartiale ?
Repères chronologiques
- 2016 : Ouverture des enquêtes visant Benyamin Netanyahou.
- Mai 2020 : Début du procès au tribunal de Tel-Aviv.
- Fin 2022 : Retour au pouvoir du Premier ministre à la tête d’une coalition.
- 07/10/2023 : Attaque du Hamas en Israël ; guerre à Gaza.
- 09/2025 : Isaac Herzog évoque publiquement la possibilité d’une grâce.
- 30/11/2025 : Dépôt officiel de la demande de grâce présidentielle ; diffusion de vidéos justifiant la démarche ; publication du sondage aChord.
- Avant 31/12/2026 : Date limite des prochaines législatives auxquelles M. Netanyahou dit vouloir se présenter.
Personnages et repères biographiques

Ce que regarde l’Europe, ce que regarde Israël
L’Union européenne et les partenaires régionaux observent l’issue avec attention. En effet, elle révèlera la résilience de l’État de droit israélien. Ceci est particulièrement crucial en cette période de tension historique. En Israël, le débat dépasse une simple personne. Il s’agit de la capacité du système à arbitrer un conflit. Ce conflit oppose les exigences d’efficacité gouvernementale et d’impartialité judiciaire.
En dernière analyse, la décision d’Isaac Herzog servira de baromètre : comment un État démocratique accommode-t-il le besoin de stabilité avec la promesse d’égalité devant la loi ? Quelle que soit l’issue, le pays devra retisser sa confiance civique.