
Le 18 novembre 2025, sur le plateau de LCI, Raphaël Glucksmann et Éric Zemmour s’affrontent dans « La Grande Confrontation de LCI » animée par David Pujadas sur LCI. Le duel sur l’« identité nationale » se transforme en bras de fer, avec invectives et coupures de parole. Le présentateur intervient pour calmer la situation. Au-delà du clash, l’échange met à nu deux visions de la France et les calculs déjà tournés vers 2027.
Plateau électrique : quand le débat vire à l’épreuve de force
Le 18 novembre 2025, sur le plateau de LCI, David Pujadas orchestre « La Grande Confrontation de LCI ». En face-à-face, Raphaël Glucksmann et Éric Zemmour. La discussion sur « l’identité nationale » dégénère : interruptions, accusations croisées, hausse des voix. Le présentateur finit par se lever et s’interposer, rappelant à l’ordre ses invités avant de relancer : « La diversité est-elle toujours heureuse ? ». L’instant, filmé sous tous les angles, devient la séquence virale de la soirée, davantage commentée que les arguments.
Cette mise en tension télévisuelle n’est pas anecdotique : elle condense une polarisation installée, où la dramaturgie l’emporte sur la délibération. Elle dit aussi la place prise par Glucksmann, désormais pivot d’un camp pro-européen qui se projette vers 2027.
Le récit d’Éric Zemmour : identité nationale comme clé de voûte
Éric Zemmour, président de Reconquête, impose le terrain : immigration, islam, insécurité. Il aligne des faits divers impliquant des mineurs pour illustrer un récit de déclin et de mise en danger. La stratégie est rodée : substituer au débat de politiques publiques une suite d’images chocs, afin de naturaliser un lien entre immigration et criminalité.
Ce cadrage est contesté par de nombreuses voix. En effet, les familles de victimes ont demandé à plusieurs reprises de ne pas instrumentaliser ces drames. Le droit dit l’exigence de retenue, l’éthique médiatique aussi. Dans le même mouvement, il convient de rappeler que Zemmour a été condamné à plusieurs reprises pour provocation à la haine raciale. En outre, il a aussi été condamné pour injure raciale, avec une décision devenue définitive en 2025. Ces éléments objectifs éclairent sa posture et la réception de ses propos.
La contre-proposition de Raphaël Glucksmann : pluralisme, Europe, État de droit
Raphaël Glucksmann s’oppose au récit d’affrontement généralisé. Il plaide pour une France plurielle, fière de sa diversité et arrimée à l’Union européenne. Sa matrice est libérale-démocrate au sens politique : État de droit, contre-pouvoirs, solidarités européennes. Il cible les modèles illibéraux, et la Hongrie est souvent citée. De plus, il pointe ce qu’il estime être des connivences idéologiques entre une droite identitaire française et des pouvoirs autoritaires.

Au Parlement européen, l’élu PS–Place publique a investi les sujets géopolitiques et éthiques : droits humains, ingérences étrangères, commerce et sécurité. Son profil institutionnel membre des commissions Affaires étrangères (AFET), Sécurité et défense (SEDE) et Commerce international (INTA), délégations avec l’Ukraine et l’Euronest nourrit un récit d’européen actif. Sa présence dans les dossiers Chine–Ouïghours, désinformation ou devoir de vigilance lui a donné une visibilité au-delà du périmètre partisan.
Un acteur qui compte pour 2027 : trajectoire, réseaux, angles morts
Le 9 juin 2024, la liste PS–Place publique menée par Glucksmann termine 3e des européennes avec environ 13,8 % et 13 sièges. Ce palier change sa stature : il apparaît comme faiseur de majorité à gauche, voire prétendant si le jeu s’ouvre. Sans primaire, dit-il, et sans accord avec La France insoumise sur les dossiers Europe, défense et énergie.
Dans ses entretiens et prises de position, il se dessine une ligne. Elle inclut le soutien à l’Ukraine et la fermeté vis-à-vis des ingérences russes et des coercitions chinoises. En outre, il promeut une Europe sociale par des politiques industrielles et des droits sociaux renforcés. Enfin, il considère la transition écologique comme une puissance. Sur le Proche-Orient, il combine condamnation du terrorisme du Hamas, vigilance sur les crimes de guerre et appel, à l’échelle européenne, à conditionner les accords lorsque le droit international est en jeu. L’ensemble dessine une social-démocratie de souveraineté européenne.

Héritages et contrechamps
Issu d’un milieu intellectuel et cosmopolite, Glucksmann revendique une filiation celle de l’engagement antitotalitaire sans s’y réduire. Le couple public qu’il forme avec Léa Salamé, journaliste de premier plan, l’expose à des procès en conflit d’intérêts qu’il désamorce en rappelant la séparation des rôles. Sa biographie mêle livres, reportages, séjours à l’Est (de Tbilissi à Kyiv), et les campagnes d’une génération née avec l’élargissement européen.

Ce que les drames révèlent et ce que la politique doit au droit
Les affaires criminelles qui ont endeuillé le pays méritent silence et dignité. Elles appellent des réformes (police, justice, politiques d’asile et d’intégration), non des amalgames. Le droit pénal sanctionne les actes et responsabilités individuelles, il n’essentialise pas. Les chiffres lorsqu’ils sont sociologiquement établis demandent prudence dans l’interprétation et transparence sur les sources.
C’est dans ce cadre que le rôle des médias compte : nommer sans exacerber, informer sans spectaculariser. La scène de LCI aura aussi servi de leçon sur les limites du format duel : quand la quête de clarté (deux visions qui s’affrontent) se transforme en cacophonie, l’argument s’efface et le clash fait loi.
Une séquence télé qui pèse politiquement
Pour Zemmour, la soirée visait à revenir au centre de la conversation nationale sur ses thèmes cardinaux. Pour Glucksmann, elle offrait l’occasion de s’installer comme adversaire direct d’une droite identitaire, tout en testant sa capacité de résistance en prime time. Pour LCI, l’objectif était de faire audience avec un format spectaculaire censé éclairer des choix collectifs.

Dans ce triangle, les règles du jeu sont claires : tenir la scène, marquer un point, laisser une image. Le verdict, lui, se joue au-delà de la soirée. La présidentielle 2027 se prépare en filigrane, et ce type de confrontation fabrique des hiérarchies : qui incarne, qui rassemble, qui rassure ? À ce stade, Glucksmann tire profit de son ancrage européen et sur un positionnement jugé lisible par une partie de l’électorat urbain et cadre. Reste à savoir s’il peut élargir sans se diluer.

Écologie politique et puissance publique : ce que révèle la séquence
On retient de cette scène l’idée qu’un projet écologique crédible nécessite une puissance publique. Celle-ci doit être capable de protéger, investir et planifier efficacement. Glucksmann articule industrie verte, justice sociale et souveraineté européenne, Zemmour oppose une priorité identitaire où l’écologie apparaît secondaire. La demande de sécurité est réelle. Cependant, la réponse durable exige des services publics efficaces et une transition financée correctement. Par ailleurs, un État de droit qui tient est indispensable.

Cette grille de lecture écopolitique éclaire la campagne qui vient : climat, coût de la vie, emplois, lutte contre les ingérences et protection des libertés. C’est là que se jouera la crédibilité de chacun.
Pour vous faire votre propre opinion, vous pouvez aussi revoir sur YouTube la vidéo Raphaël Glucksmann face aux Français et à Eric Zemmour sur LCI.