
Le 3 décembre 2025, à Tizi Ouzou, la cour d’appel en Algérie a confirmé la peine de sept ans infligée à Christophe Gleizes, 36 ans, journaliste français de So Press, pour « apologie du terrorisme » et « possession de publications » ; des griefs qu’il conteste. Les autorités invoquent ses contacts supposés avec le MAK et un visa touristique. Sa famille, RSF et l’Élysée réclament sa libération, entre hypothèse de cassation et éventuelle grâce présidentielle. La décision confirme sept ans de prison en Algérie pour le journaliste Christophe Gleizes.
À Tizi Ouzou, un verdict confirmé en appel
Le fracas d’un arrêt a claqué dans la fin d’après-midi du 3 décembre 2025. À Tizi Ouzou, la cour d’appel a « confirmé le jugement rendu en première instance » et maintenu 7 ans de prison ferme contre Christophe Gleizes, journaliste condamné, 36 ans, qui collabore avec So Press. Dans la salle, la stupeur a glacé les bancs. La famille s’est effondrée. Le parquet avait requis 10 ans et une lourde amende. La cour a retenu les mêmes qualifications que le premier jugement de fin juin : apologie du terrorisme et possession de publications considérées comme nocives à l’« intérêt national ». L’avocat Emmanuel Daoud a dénoncé un verdict qu’il juge « choquant » et sans fondement probatoire. À l’issue de l’audience, une certitude s’impose : seul Abdelmadjid Tebboune, président de la République algérienne, peut désormais faire tomber les verrous d’une grâce.
Chronologie serrée d’un voyage brisé
L’histoire commence au mois de mai 2024. Christophe Gleizes, journaliste sportif français qui collabore avec So Press, arrive en Kabylie, région montagneuse à l’est d’Alger, pour enquêter sur la Jeunesse Sportive de Kabylie, club mythique du football algérien. Il circule, interroge, prend des notes. Le 28 mai 2024, il est arrêté à Tizi Ouzou et placé sous contrôle judiciaire dans un hôtel. L’interdiction de quitter le territoire scelle une attente interminable. Le 29 juin 2025, en première instance, la sentence tombe : 7 ans de prison pour apologie du terrorisme. La détention s’ensuit. L’appel s’ouvre plus d’un an après l’arrestation. Le 3 décembre 2025, réquisitions, plaidoirie, questions serrées, puis le délibéré. Le même jour, la peine est confirmée. Le 4 décembre 2025, la France réagit. L’Élysée dit sa « profonde inquiétude » et promet d’« agir » pour sa libération. La famille se mobilise. Maxime Gleizes, le frère cadet, appelle à une grâce présidentielle. Le romancier Boualem Sansal, tout juste gracié après une longue détention, dit croire « dur comme fer » à une issue similaire pour le journaliste.

Les chefs d’accusation et la ligne de défense
Les autorités algériennes avancent que Christophe Gleizes a tenu des propos assimilables à de l’apologie du terrorisme et qu’il détenait des publications à visée de propagande nuisant à l’État. Elles mentionnent, selon l’accusation algérienne, des contacts avec des personnes liées au Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie. De plus, Alger désigne ce mouvement comme organisation terroriste depuis 2021. Elles soulignent aussi qu’il est entré avec un visa de tourisme plutôt qu’un visa de presse. À la barre, le journaliste a reconnu des « erreurs » et demandé pardon, affirmant n’avoir « jamais eu l’intention de nuire ». Il a rappelé qu’il aurait dû demander un visa adapté à son travail. La défense soutient qu’aucune preuve matérielle ne vient étayer l’accusation d’apologie. L’expertise de l’ordinateur n’aurait « rien donné » selon Emmanuel Daoud. La thèse défendue est simple et tenace : des activités journalistiques classiques sont considérées comme hostiles. Cependant, entretiens et documentation relèvent de l’enquête de presse.
Kabylie: actualité et prisme du MAK
Le dossier ne se comprend qu’en replaçant les faits dans la longue histoire de la Kabylie. La région a bâti une identité forte qui s’exprime dans la langue, la vie culturelle, le tissu associatif. Elle a aussi connu des épisodes de crispation avec le pouvoir central. Le MAK, revendiqué par ses animateurs comme un mouvement politique, est classé organisation terroriste par l’État algérien depuis mai 2021. Le nom de son dirigeant est revenu à l’audience, signe que l’affaire Gleizes s’inscrit dans ce prisme de suspicion renforcée. Dans ce contexte, la frontière se brouille entre renseignement, police administrative et justice pénale. Le journaliste se serait rendu en octobre 2021 à un entretien à Paris avec ce responsable. La cour lui a demandé s’il savait que l’organisation était classée terroriste. Il a répondu qu’il l’ignorait et s’en est dit honteux. Cette scène a dessiné la ligne fragile où se tiennent la curiosité professionnelle et la méfiance de l’État. Pour comprendre cette topographie, il faut garder en tête la géographie montagneuse de la région. De plus, l’attachement profond de ses habitants à la liberté d’expression est essentiel. Rien n’y est simple. Le terrain y rend la nuance indispensable.
Un dossier pris dans la tourmente diplomatique
Les relations entre Paris et Alger suivent depuis des années une trajectoire heurtée. Rappels d’ambassadeurs, crispations mémorielles, désaccords sur les visas et la circulation des personnes. Dans ce climat instable, chaque cas individuel peut prendre une charge symbolique démesurée. Celui de Christophe Gleizes est devenu un marqueur. Emmanuel Macron a fait savoir la préoccupation de la France et a promis de « continuer à agir ». À Tizi Ouzou, le message a circulé jusqu’aux bancs du public. Dans les couloirs, des mots comme « honneur » et « souveraineté » ont traversé les conversations. Du côté des soutiens, Reporters sans frontières publie l’Indice mondial de la liberté de la presse. Par ailleurs, l’organisation multiplie les prises de parole. Le groupe So Press rappelle que son collaborateur est le seul journaliste français détenu à l’étranger. Cette singularité accroît l’intensité de l’affaire et place la protection consulaire sur le devant de la scène. La diplomatie devra composer avec une indépendance judiciaire proclamée par Alger. De plus, elle subira la pression d’une opinion française attentive au sort d’un reporter.
Cassation ou grâce, les chemins étroits de la sortie
Le droit algérien offre deux voies. La première passe par la cassation. Elle permet de contester l’arrêt pour des motifs juridiques et non pour réexaminer les faits. Ce recours concerne l’application du droit et n’entraîne pas la suspension de l’exécution de la peine. Cependant, une décision contraire peut être prise. Le délai est bref, environ une semaine après la décision. La seconde relève du politique. La grâce présidentielle, prérogative d’Abdelmadjid Tebboune, peut intervenir à tout moment. Les soutiens hésitent. Faut-il épuiser d’abord les voies judiciaires ou afficher une stratégie prioritairement orientée vers la clémence du chef de l’État ? Maxime Gleizes plaide publiquement pour la grâce. Boualem Sansal confirme sa conviction qu’elle viendra. Dans les deux cas, la temporalité échappe à la famille. Elle échappe aussi à la rédaction qui attend son collègue. L’attente est longue dans l’ombre de la prison de Tizi Ouzou. Le seul calendrier certain est celui des visites et des courriers.

À l’audience, Christophe Gleizes: pudeur et larmes
Dans le prétoire, Christophe Gleizes a parlé d’une voix émue. Il a dit avoir « profondément » réfléchi à ses fautes. Il a insisté sur son intention et sur l’absence de volonté de nuire. Il a répété sa confiance dans la justice tout en réclamant la clémence. Les magistrats ont interrogé l’itinéraire du reportage. Ils ont évoqué la JS Kabylie, club qui fut l’objet initial de son déplacement. Ils ont sondé les carnets, les échanges, les lectures. Tout un outillage ordinaire d’un métier se trouve ici transfiguré en pièces à charge. La salle a retenu son souffle lors de l’énoncé du verdict. On a entendu un chuchotement, puis le silence s’est refermé, lourd comme une porte d’acier.

Le sens des mots et la ligne de crête
La notion d’apologie du terrorisme est devenue un outil central des États confrontés à la menace. Elle capture des gestes, des paroles, des signes qui, pris isolément, peuvent sembler anodins. En Algérie, elle a un poids particulier. Elle rencontre un héritage de guerre et la mémoire des années noires. De plus, elle reste vigilante envers tout ce qui apparaît comme un ferment de division. Cette densité historique nourrit une interprétation large du risque et renforce la main des procureurs. Les défenseurs de Christophe Gleizes soutiennent que l’on a confondu l’acte d’enquêter avec une intention belliqueuse. Ils rappellent que le journalisme n’est pas une liturgie de certitudes, mais le patient assemblage de voix contradictoires. De ce frottement naît la vérité possible.
Kabylie, football et liberté d’informer
Le déplacement de Christophe Gleizes visait une enquête sur la Jeunesse Sportive de Kabylie. Le club reste une légende des stades du pays. Le football y sert de prisme pour raconter une région, des passions et une histoire. En Kabylie, le ballon roule sur des lignes de faîte politiques. On y parle de liberté d’expression, de langue, d’appartenances. Un article de fond sur la JS Kabylie ne pouvait qu’effleurer ces enjeux. Le reporter a plongé dans cet univers où la ferveur sportive croise les fidélités plus anciennes. C’est là que s’est noué le malentendu. Ce qui, ailleurs, se nomme travail d’immersion est devenu motif de suspicion. La nuance a cédé la place à la fermeté judiciaire.
Paris, Alger et l’épreuve des limites
La réaction française s’est voulue mesurer et ferme. Emmanuel Macron a dit sa vigilance. Les services diplomatiques rappellent les usages : respect de la souveraineté, protection consulaire, dialogue discret. La marge de manœuvre est étroite. Une demande de grâce ne se fabrique pas en tribune. Elle se gagne au terme d’un calcul politique dont les variables échappent aux intéressés. À Alger, on tient à l’affirmation d’une justice indépendante et à l’idée que la sécurité nationale ne se négocie pas. Au milieu, un homme que l’on prive d’air et de lumière.
Questions ouvertes sur la justice et la presse
Cette affaire interroge la manière dont une justice entend délimiter le champ du dicible. Elle questionne la position d’un État qui veut se protéger et celle d’un métier qui vit d’aller voir. Elle rappelle que la liberté de la presse ne se défend pas seulement par des principes mais par des procédures. Elle dit aussi la solitude de ceux qui enquêtent en zone sensible. Enfin, elle confronte la diplomatie française à ses limites. La puissance supposée d’un pays ne garantit pas la libération d’un citoyen. Les mots, même les plus pesés, butent parfois sur un mur. Reste un fil : la cassation, si elle est décidée, ou la grâce si elle surgit. Entre ces deux lignes, Christophe Gleizes attend.
Un révélateur des équilibres algériens, un espoir suspendu
Le dossier Gleizes demeure un révélateur. Il révèle la façon dont un État se représente le péril et dont un métier se représente sa mission. Il révèle l’usage politique d’une incrimination devenue pivot. Il révèle la fragilité des garanties quand un reporter s’aventure sur une ligne frontalière. Les soutiens n’emploient pas de grands mots. Ils disent l’attente et l’endurance. Ils disent aussi l’espoir, tenu mais vif, d’un geste présidentiel. Les 7 ans confirmés ne sanctionnent pas seulement un homme. Ils éclairent, d’un jour cru, la tension entre sécurité nationale et liberté d’informer. L’histoire n’est pas finie. Elle s’écrit à huis clos, dans une cellule de Tizi Ouzou, et sur un bureau d’Alger où un stylo peut, d’un trait, renverser la peine.