Après l’incendie en forêt de Fontainebleau, la justice examine les travaux de l’A6 et les responsabilités

Dans une fonderie, des ouvriers manœuvrent le métal en fusion, loin du chantier routier au cœur de l’enquête. Cette scène illustre les risques liés aux projections incandescentes. Crédits : Volcanicaa / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Dans une fonderie, des ouvriers manœuvrent le métal en fusion, loin du chantier routier au cœur de l’enquête. Cette scène illustre les risques liés aux projections incandescentes. Crédits : Volcanicaa / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Le 16 juillet, deux ouvriers de la société Aximum ont été mis en examen. La procédure vise le départ initial de l’incendie en forêt de Fontainebleau. Des étincelles produites par une disqueuse lors de travaux sur l’A6 auraient enflammé la végétation. La justice doit encore préciser la chaîne des responsabilités. Touché sur environ 2 000 hectares, le massif reste fermé et sous surveillance.

Deux mises en examen, un gérant témoin assisté

La procureure de Fontainebleau, Diane Ngomsik, a confirmé à l’Agence France-Presse la mise en examen des deux salariés le 16 juillet. Elle vise une « destruction involontaire par incendie […] par manquement à une obligation de sécurité ou de prudence ». La qualification concerne le premier feu, parti quatre jours plus tôt en bordure de l’autoroute A6. Le départ se situe à hauteur de Noisy-sur-École, en Seine-et-Marne.

Les deux hommes ont été laissés libres sous contrôle judiciaire. Ils ont l’interdiction d’entrer en contact et doivent pointer toutes les deux semaines, d’après les précisions communiquées par le parquet. Le gérant de l’entreprise, également présenté à la juge d’instruction, a été placé sous le statut de témoin assisté.

Ces décisions ne préjugent pas de l’issue de l’enquête. En droit français, l’article 80-1 du code de procédure pénale exige des indices graves ou concordants. Ces indices doivent rendre vraisemblable la participation de la personne aux faits. Une mise en examen ne constitue ni une déclaration de culpabilité ni la preuve que le chantier explique toute l’étendue du sinistre.

Le statut de témoin assisté accordé au gérant est moins accusatoire qu’une mise en examen. Il lui donne toutefois accès à des droits de défense et ne signifie pas que son rôle est définitivement écarté. Le statut procédural d’Aximum comme personne morale reste incertain dans les informations publiques les plus récentes. Avant la décision de la juge, des annonces évoquaient sa présentation. Les confirmations ultérieures ne portent que sur les deux ouvriers et le gérant.

Une disqueuse au cœur de l’hypothèse

Le 12 juillet, les deux salariés intervenaient sur des dispositifs de retenue de l’A6. Ils tronçonnaient des glissières de sécurité avec une disqueuse thermique, selon les premiers éléments rendus publics par le parquet. Les projections produites au contact du métal auraient atteint la végétation sèche du bas-côté. Les flammes auraient ensuite gagné rapidement la forêt voisine.

Cette séquence constitue l’hypothèse de départ de l’information judiciaire, pas encore une reconstitution définitive. Les expertises doivent déterminer l’origine exacte du premier embrasement et la trajectoire du feu. Elles doivent aussi mesurer la part de ce foyer dans les quelque 2 000 hectares parcourus par les flammes. Le juge confrontera les horaires du chantier, de l’alerte et de la propagation. Il les comparera aux conditions météorologiques et à l’état de la végétation.

Casques sur la tête et gilets de travail, plusieurs ouvriers prennent la pose devant l’objectif. Cette image d’illustration rappelle le cadre collectif d’un chantier, sans représenter les salariés mis en cause. Crédits : CC0-Photographers / PxHere.
Casques sur la tête et gilets de travail, plusieurs ouvriers prennent la pose devant l’objectif. Cette image d’illustration rappelle le cadre collectif d’un chantier, sans représenter les salariés mis en cause. Crédits : CC0-Photographers / PxHere.

Les informations disponibles ne précisent pas encore les consignes données aux salariés ni les moyens d’extinction présents. Elles ne disent pas non plus si une procédure particulière encadrait ces travaux produisant des étincelles. L’identité du donneur d’ordre et l’éventuelle chaîne de sous-traitance restent à documenter. Il en va de même pour la répartition des responsabilités entre l’entreprise, l’encadrement et le concessionnaire de l’autoroute.

Ce que l’information judiciaire doit encore établir

La question pénale ne se résume pas à savoir si la disqueuse a produit des étincelles. Il faut identifier une faute éventuelle et l’obligation de prudence ou de sécurité concernée. L’enquête doit aussi déterminer qui devait la faire respecter et établir le lien de causalité avec les dommages. L’article 322-5 du code pénal réprime les destructions involontaires provoquées par un incendie. Il prévoit une aggravation en cas de violation manifestement délibérée d’une obligation particulière de sécurité ou de prudence.

Pour caractériser une telle aggravation, les enquêteurs devront donc aller au-delà d’une imprudence supposée. Ils devront établir quelle règle précise s’appliquait au chantier et si elle a été sciemment méconnue. L’analyse du risque incendie, les instructions de travail et la formation des ouvriers pourront être examinées. Le choix de l’outil et la présence d’un dispositif de surveillance ou d’extinction le seront aussi. Les enquêteurs pourraient enfin étudier la réaction après les premières étincelles.

La section de recherches de Paris et la brigade de Fontainebleau travaillent avec des techniciens en identification criminelle. Des spécialistes des causes d’incendie les accompagnent. Leurs constatations devront distinguer le foyer initial des reprises et des autres départs observés dans le massif. À ce stade, aucune conclusion publique ne permet d’attribuer l’ensemble des dégâts à un salarié, au gérant, à Aximum ou au concessionnaire. Leur responsabilité pénale reste à établir.

Des départs de feu distincts, des procédures séparées

Le feu étudié dans le dossier du chantier de l’A6 a commencé le 12 juillet près de Noisy-sur-École. Deux autres départs, survenus le lendemain à Arbonne-la-Forêt et à Fontainebleau, relèvent d’une autre procédure. Deux hommes de 18 ans, dont un sapeur-pompier volontaire, ont été mis en examen pour destruction par incendie et placés en détention provisoire. Aucun élément public ne relie ces deux jeunes hommes aux ouvriers d’Aximum.

Cette séparation est essentielle, car les différentes enquêtes ont souvent été réunies sous le même intitulé d’« incendies de Fontainebleau ». Les qualifications, les lieux et les hypothèses ne sont pourtant pas identiques. Le dossier de l’A6 porte d’abord sur un départ présenté comme accidentel. Les autres procédures examinent des gestes distincts et de possibles causes volontaires.

Dans une autre branche de l’enquête, un homme de 46 ans avait été interpellé sur un parking de Fontainebleau. Selon la procureure, il a été remis en liberté le 17 juillet faute d’éléments probants à ce stade. Le juge d’instruction reste aussi saisi contre X afin d’examiner d’éventuelles causes volontaires. Ces investigations ouvertes interdisent d’attribuer chaque reprise ou chaque zone brûlée à un même fait générateur.

Où en est l’incendie de Fontainebleau aujourd’hui ?

Au 17 juillet, environ 2 000 hectares du massif ont été parcourus par les flammes. Les deux principaux feux sont fixés depuis le 14 juillet : leur progression est stoppée, mais ils ne sont pas encore considérés comme éteints. Dans la nuit du 16 au 17 juillet, quelques reprises ont été rapidement traitées. Environ 950 pompiers étaient encore mobilisés jeudi, avec des moyens terrestres et aériens, pour surveiller le périmètre et noyer les souches incandescentes.

Fermée en urgence le 12 juillet sur une vingtaine de kilomètres, l’autoroute A6 a rouvert le 16 juillet à 20 heures. Cette information vient de la préfecture de Seine-et-Marne. Sur une partie du tronçon, une voie reste réservée aux secours dans chaque sens et la vitesse est limitée à 90 km/h. Un survol en hélicoptère a écarté, vendredi, le risque immédiat d’une réactivation aux abords de l’axe.

Le danger n’a pas disparu à l’intérieur de la forêt. La combustion peut persister sous la surface, notamment dans les sols riches en matière organique, avant de réapparaître plus loin. Des arbres dont les racines ont brûlé peuvent aussi tomber sans signe avant-coureur. L’Office national des forêts maintient donc fermés les accès et les parkings de l’ensemble Fontainebleau-Commanderie-Trois-Pignons. Cette mesure s’applique jusqu’à nouvel ordre.

L’ampleur du bilan écologique ne pourra être établie qu’après la sécurisation du massif. Les premières estimations correspondent à près d’un dixième de la forêt. Elles ne disent pas encore quels habitats pourront se régénérer naturellement ni quelles zones nécessiteront une intervention. La durée de la remise en état reste également inconnue. Dans l’immédiat, l’urgence reste double : empêcher toute reprise et établir la séquence des faits. La justice devra le faire sans confondre les procédures ouvertes après cet incendie hors norme.

Cet article a été rédigé par Christian Pierre.