François-Xavier Hussherr devant les assises : ce que les jurés devront trancher sur la mort de Cécile Poisson

À Paris, le 23 novembre 2019, la foule marche contre les violences sexistes et sexuelles. Cette scène collective replace le procès à venir dans le combat social que recouvre le mot féminicide. Crédits : Jeanne Menjoulet / Wikimedia Commons, CC BY 2.0.

À Paris, le 23 novembre 2019, la foule marche contre les violences sexistes et sexuelles. Cette scène collective replace le procès à venir dans le combat social que recouvre le mot féminicide. Crédits : Jeanne Menjoulet / Wikimedia Commons, CC BY 2.0.

François-Xavier Hussherr comparaîtra du 11 au 15 janvier 2027 devant la cour d’assises de Paris. Il sera jugé pour l’assassinat de Cécile Poisson, son épouse dont il était séparé. Il reconnaît l’avoir tuée, mais conteste toute préméditation. L’audience confrontera les indices retenus par l’instruction à la version de la défense. Elle devra aussi rendre sa place à une enseignante-chercheuse dont la mémoire reste vive.

Procès de François-Xavier Hussherr : la préméditation au centre

Le calendrier a été rendu public le 3 août 2026. François-Xavier Hussherr, 54 ans, doit comparaître pendant cinq jours, selon une source judiciaire citée par l’AFP, qui confirmait une information du Figaro. L’accusé encourt la réclusion criminelle à perpétuité s’il est déclaré coupable. Comme dans d’autres affaires où accusation et défense s’opposent, il demeure présumé innocent de la qualification d’assassinat jusqu’au verdict.

Le terme n’est pas interchangeable avec celui de meurtre. En droit français, l’article 221-3 du Code pénal qualifie d’assassinat un meurtre commis avec préméditation ou guet-apens. Le geste mortel n’est pas nié par François-Xavier Hussherr. L’un des enjeux centraux du procès sera donc de déterminer s’il avait formé son projet homicide avant d’entrer dans l’immeuble.

Du 20 mars 2023 à la mise en examen

Le 20 mars 2023, vers 9 heures, Cécile Poisson a été attaquée dans le hall de son immeuble, rue de Prague. Le bâtiment se trouve dans le 12e arrondissement de Paris. L’homme qui l’attendait dissimulait son visage et portait un sac de livraison. Alertés, des témoins ont prévenu la police et poursuivi l’agresseur. François-Xavier Hussherr a été interpellé quelques minutes plus tard près de l’église Sainte-Marguerite. Le 22 mars, il a été mis en examen pour assassinat et placé en détention provisoire.

Au cours de l’instruction, il a reconnu avoir tué son épouse. Il nie en revanche avoir préparé sa mort. Selon le dossier consulté par l’AFP, la juge d’instruction a retenu plusieurs indices de préméditation. Elle cite le dispositif utilisé pour ne pas être reconnu, des repérages et le recours à un détective privé. Un assistant de la start-up a aussi rapporté une demande de François-Xavier Hussherr. Il devait venir à son domicile le jour des faits, envoyer des courriels déjà rédigés et utiliser son téléphone. Selon la dépêche, l’accusé a reconnu cette demande et son intention de se constituer ainsi un « alibi ».

François-Xavier Hussherr assure qu’il voulait discuter avec Cécile Poisson et lui proposer un arrangement financier dans le contexte de leur séparation. Ses avocats, Roxane Best et Alexandre Simonin, contestent la qualification d’assassinat et refusent qu’un récit définitif s’impose avant l’audience. Ils demandent que chaque pièce soit examinée contradictoirement devant la cour et les jurés.

Ce que devront décider les jurés

Les débats devront mesurer la portée de chaque acte préparatoire allégué, vérifier sa chronologie et entendre les explications de l’accusé. La matérialité du geste étant reconnue, la discussion annoncée porte principalement sur l’existence d’une volonté homicide arrêtée à l’avance. Cette distinction déterminera si les faits relèvent de l’assassinat ou du meurtre.

La défense pourra discuter les témoignages et les pièces d’instruction, tandis que les parties civiles pourront faire entendre leur lecture du dossier. Maud Touitou, qui représente notamment les parents de Cécile Poisson, a indiqué réserver ses déclarations à l’audience. La décision de renvoi et le calendrier officiel n’ont pas été rendus publics. Les détails de l’instruction restent donc ceux rapportés par l’AFP et devront être éprouvés par les débats.

Sur un mur de Marseille, un collage photographié le 26 mai 2023 dénonce la fréquence des féminicides en France. Les mots peints dans l’espace public donnent une présence brute au combat contre les violences faites aux femmes. Crédits : Lewisiscrazy / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
Sur un mur de Marseille, un collage photographié le 26 mai 2023 dénonce la fréquence des féminicides en France. Les mots peints dans l’espace public donnent une présence brute au combat contre les violences faites aux femmes. Crédits : Lewisiscrazy / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Cécile Poisson, une universitaire au-delà de l’affaire

Cécile Hussherr-Poisson était normalienne, agrégée de lettres classiques et maîtresse de conférences en littérature comparée à l’université Gustave-Eiffel. Elle y enseignait depuis plusieurs années et participait à la politique d’égalité de l’établissement. Ses recherches portaient notamment sur les mythes bibliques, leurs réécritures et les écritures féminines.

En mars 2024, l’École normale supérieure a consacré une journée à ses travaux et à ses textes. La réflexion portait aussi sur les violences faites aux femmes. En avril 2026, un récital de la pianiste Dana Ciocarlie a prolongé cet hommage. Ces rendez-vous rappellent que le nom de Cécile Poisson renvoie aussi à une œuvre universitaire et à un engagement pédagogique. Cette mémoire dépasse le dossier qui sera examiné en janvier 2027.

Cet article a été rédigé par Christian Pierre.