
Crédits : Mostafa Tehrani / Wikimedia Commons — CC BY 4.0.
Selon plusieurs sources concordantes publiées le 9 mars 2026, Mojtaba Khamenei, 56 ans, a été désigné nouveau Guide suprême de l’Iran par l’Assemblée des experts, quelques jours après la mort d’Ali Khamenei, annoncée le 28 février dans le contexte de frappes attribuées à une opération conjointe israélo-américaine. Cette succession rapide place un chef religieux iranien discret au centre du pouvoir. Il est longtemps décrit comme un homme d’appareil influent sans fonction élective visible.
Un héritier discret propulsé au premier plan
Pendant des années, le nom de Mojtaba Khamenei a circulé dans les cercles du pouvoir iranien sans jamais s’imposer dans l’espace public. Le fils d’Ali Khamenei n’était ni un tribun, ni un président, ni une figure familière des grandes cérémonies du régime. Il apparaissait peu, parlait rarement, et a longtemps donné l’image d’un homme qui exerçait son influence à distance des regards.
Son accession comme successeur d’Ali Khamenei n’a pourtant rien d’un accident. Elle prolonge une montée en puissance ancienne au sein des rouages les plus fermés de la République islamique. En effet, plusieurs portraits publiés ces derniers jours le confirment. Dans ce système, les carrières décisives ne passent pas toujours par la tribune ou par les urnes. Elles se construisent dans les bureaux, les arbitrages ainsi que dans l’accès au décideur suprême. De plus, elles reposent sur la fidélité au noyau dur du régime.
Né à Machhad en 1969, formé ensuite à Qom, l’un des grands centres du chiisme, il présente le profil d’un clerc issu du sérail. La question de savoir qui incarne aujourd’hui l’ayatollah iran actuel se heurte toutefois à une légitimité religieuse encore discutée. Plusieurs observateurs le décrivent depuis longtemps comme un religieux de rang intermédiaire, plus solide politiquement que théologiquement. Là encore, le précédent de 1989 revient dans les analyses. Au moment de l’accession d’Ali Khamenei, le régime avait déjà montré qu’en période critique la doctrine pouvait s’ajuster aux nécessités de la conservation du pouvoir.
Le pouvoir réel se joue dans l’entourage du Guide suprême iranien
Pour comprendre cette désignation, il faut moins regarder la façade institutionnelle de l’État. Par ailleurs, il est essentiel d’analyser le fonctionnement de son centre de gravité. Celui-ci ne se limite ni au gouvernement ni au Parlement. Il se trouve dans le bureau du Guide suprême, centre de pouvoir opaque. Là-bas, se croisent le religieux, le militaire et le renseignement. De plus, l’économie et les fidélités personnelles s’y rencontrent également. C’est là, selon plusieurs descriptions concordantes, que Mojtaba Khamenei aurait progressivement consolidé son influence.
Selon ces mêmes sources, il aurait contrôlé l’accès à son père et filtré des audiences. De plus, il a relayé des préférences et orienté certains arbitrages. Il a aussi servi d’interface entre l’entourage politique du Guide et les secteurs les plus solides du régime. Dans un système où l’autorité se mesure aussi à la capacité de faire circuler ou de retenir la parole, cette position vaut souvent davantage qu’un portefeuille ministériel. Elle produit une forme de puissance informelle qui ne passe ni par le suffrage ni par la visibilité publique.
Cette logique d’entourage nourrit l’un des paradoxes les plus saillants de l’Iran contemporain. La République islamique s’est construite contre la monarchie héréditaire. Or la succession de Mojtaba Khamenei peut être lue, par ses critiques, comme une transmission familiale du cœur de l’État. Le pouvoir iranien récuse évidemment cette lecture et défend l’idée d’une continuité révolutionnaire. Mais le soupçon dynastique accompagne déjà cette désignation.
La bataille des récits autour du successeur de Khamenei se joue ici. D’un côté, le régime cherche à montrer que la chaîne de commandement n’a pas rompu malgré la guerre. De l’autre, ses détracteurs soulignent qu’une révolution née contre le trône consacre aujourd’hui le fils du chef suprême.

Les gardiens de la révolution pèsent sur la succession
L’autre ressort de cette succession se trouve du côté des gardiens de la révolution. Depuis des années, leur poids ne cesse de croître dans la définition de l’intérêt national iranien. Force armée, acteur économique, appareil idéologique et matrice sécuritaire, le CGRI constitue l’un des principaux piliers du régime. Or c’est précisément dans ces réseaux que Mojtaba Khamenei aurait trouvé ses appuis les plus sûrs.
Son passage, adolescent, dans l’univers de la guerre Iran-Irak aurait contribué à nouer des liens précoces. En outre, ces relations se sont établies avec des hommes ensuite installés aux sommets militaires et sécuritaires. Sa proximité supposée avec certaines branches des pasdarans, son rôle au plus près du bureau paternel et sa réputation de gardien de la ligne dure en ont fait, pour une partie de l’appareil, une figure de confiance. Dans un moment de péril extrême, cette qualité peut compter davantage qu’une popularité personnelle.
La désignation de Mojtaba Khamenei intervient alors que la guerre avec Israël et les États-Unis a refermé l’horizon politique. En temps ordinaire, une succession au sommet aurait pu ouvrir des débats doctrinaux. De plus, elle aurait suscité des rivalités entre clercs, voire une compétition limitée entre institutions. En temps de guerre, le mouvement est inverse. Le régime resserre, discipline et choisit l’homme qui promet le moins d’incertitude. Dans cette lecture, l’Assemblée des experts semble moins être un forum de délibération. En effet, elle apparaît comme l’instance qui entérine un rapport de force déjà stabilisé.
Un pouvoir officieux déjà identifié à l’étranger
Un élément éclaire rétrospectivement cette ascension. En novembre 2019, le département du Trésor américain avait sanctionné Mojtaba Khamenei en le présentant comme un acteur agissant au nom du Guide suprême sans avoir été élu ni nommé à une fonction gouvernementale formelle. Cette formulation avait retenu l’attention parce qu’elle donnait une expression officielle à une influence officieuse déjà largement évoquée.
Ces sanctions disent moins ce qu’il est exactement qu’elles ne révèlent l’image qu’il projetait déjà. Il s’agit d’un pouvoir sans titre, difficile à saisir et moins exposé que les ministres. En outre, ce pouvoir est peut-être plus solide car il restait à l’abri des responsabilités publiques. Dans les régimes opaques, l’absence de fonction visible n’est pas nécessairement une faiblesse. Elle peut devenir une protection.
C’est aussi ce qui rend son portrait difficile à établir. Mojtaba Khamenei n’a laissé ni grandes allocutions, ni programme doctrinal clair, ni pratique gouvernementale aisément mesurable. Son rôle se lit surtout à travers des réseaux, des témoignages fragmentaires et des indices accumulés au fil des années. Un point semble acquis dans la plupart des analyses depuis sa désignation : son influence était déjà forte. En effet, avant même sa consécration, elle suscitait la méfiance des chancelleries occidentales. Cependant, elle obtenait aussi l’appui des secteurs les plus conservateurs du régime.
Une succession de continuité qui n’efface pas les fragilités
Le nouveau chef suprême iranien arrive ainsi au pouvoir avec un double visage. Pour le noyau dur du régime, il garantit que rien d’essentiel ne cédera. Pour une partie de la société iranienne, il peut représenter l’aveu d’une fermeture accrue. De plus, pour nombre d’observateurs étrangers, il symbolise également cette tendance. Cette succession dit quelque chose de plus vaste que le destin d’un homme. Elle montre la manière dont la République islamique répond à ses propres secousses, moins par l’ouverture que par la consolidation.
Reste une inconnue majeure. La continuité n’est pas toujours synonyme de stabilité. En installant au sommet un héritier contesté sur le plan religieux, étroitement lié aux appareils sécuritaires et désormais exposé à une guerre qui durcit toutes les lignes, le régime iranien fait le choix de la cohérence interne immédiate. Il ne règle pas pour autant ses contradictions. La société iranienne demeure traversée par des aspirations profondes et des fractures politiques durables. De plus, elle entretient un rapport de plus en plus conflictuel avec les formes les plus autoritaires du pouvoir.
C’est toute l’ambiguïté du moment. Mojtaba Khamenei paraît incarner la reconduction du statu quo. Mais ce statu quo se présente aujourd’hui sous une forme plus resserrée et plus nerveuse. L’homme, longtemps resté dans l’ombre, devient le visage d’un régime qui se sent menacé. Par conséquent, ce régime répond par le resserrement de son centre.

Dans cette République islamique née d’une révolution contre la monarchie, le pouvoir change de mains. Cependant, il ne change pas profondément de logique. Le nom demeure et la doctrine se raidit. Par ailleurs, la guerre accélère les décisions. De plus, l’opacité continue de structurer le sommet de l’État. L’accession de Mojtaba Khamenei ne clôt pas la crise iranienne. Elle dit seulement le choix du régime, préserver la continuité, même au prix d’une fragilité plus visible.
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