Efira et Exarchopoulos, deux costumes dans l’héritage du smoking Saint Laurent

Portrait de l’actrice Virginie Efira en 2023. Crédits : Rudy Marmet, via Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Portrait de l’actrice Virginie Efira en 2023. Crédits : Rudy Marmet, via Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Le 29 septembre 2026, Virginie Efira et Adèle Exarchopoulos ont assisté au défilé Saint Laurent à Paris dans deux costumes aux volumes amples. Brun pour Adèle Exarchopoulos, sombre pour Virginie Efira, leurs ensembles portés sans chemise apparente reprennent des codes masculins associés à la maison. Soixante ans après le premier smoking féminin d’Yves Saint Laurent, ces silhouettes mettent l’accent sur les épaules et la largeur du pantalon.

Deux costumes au premier rang du Trocadéro

La présentation de la collection femme printemps-été 2027, signée Anthony Vaccarello, se tenait autour de la fontaine du Trocadéro, face à la tour Eiffel. Les deux actrices figuraient parmi les invitées de cette soirée de la Fashion Week parisienne. Leurs tenues Saint Laurent rapprochaient une veste structurée et un pantalon large, avec une encolure dégagée par l’absence de chemise visible.

Chez Virginie Efira, l’ensemble sombre se prolonge jusqu’aux escarpins à bout pointu. La largeur du pantalon accompagne celle de la veste, tandis que des lunettes de soleil complètent la tenue. La silhouette conserve ainsi une continuité de couleur et de volume. Son ampleur concerne les deux pièces : elle ne repose pas seulement sur une veste agrandie au-dessus d’un pantalon étroit.

Le mot « oversize », souvent employé pour décrire ces ensembles, désigne précisément une coupe aux proportions volontairement élargies. Il renseigne sur le volume du vêtement, sans définir sa matière ni sa fonction. Une veste peut être ample tout en gardant une construction nette, notamment au niveau des épaules.

Virginie Efira en 2020. Photo d’archives. Crédits : Harald Krichel, via Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.
Virginie Efira en 2020. Photo d’archives. Crédits : Harald Krichel, via Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Le brun et les épaules marquées d’Adèle Exarchopoulos

Adèle Exarchopoulos porte, elle, un costume brun dont les épaules très dessinées constituent le point le plus affirmé. Le pantalon ample descend sur les chaussures. Ses cheveux tirés en arrière dégagent le visage et le haut de la veste. La différence avec Virginie Efira tient donc d’abord à la couleur et à la manière dont chaque ensemble encadre le visage.

Le brun donne à voir une autre possibilité que les teintes très sombres généralement associées au costume de soirée. Pour autant, les deux actrices partagent une même manière de porter la veste, très ouverte sur le devant. Sans chemise apparente, les revers dessinent directement l’encolure ; le vêtement conserve sa structure tout en allégeant la superposition habituelle des pièces.

Ce rapprochement permet de comparer deux silhouettes, mais ne renseigne pas sur une éventuelle concertation entre les actrices. Il ne suffit pas non plus à établir qu’elles portent un modèle identique. La lecture la plus précise reste celle de deux costumes distincts, réunis par leur ampleur et leur façon d’emprunter au vestiaire masculin.

Adèle Exarchopoulos à la 82e Mostra de Venise pour ‘Chien 51’. Photo d’archives. Crédits : LucaFazPhoto, via Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
Adèle Exarchopoulos à la 82e Mostra de Venise pour ‘Chien 51’. Photo d’archives. Crédits : LucaFazPhoto, via Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Le premier smoking féminin d’Yves Saint Laurent, en 1966

Le lien avec le smoking renvoie à une date précise. Selon le Musée Yves Saint Laurent Paris, le couturier présente son premier smoking pour femme dans sa collection haute couture automne-hiver 1966. L’institution souligne qu’il en adapte les codes à la silhouette féminine, au lieu de reproduire simplement une tenue masculine.

Le vêtement offre une alternative à la robe du soir. Il déplace vers la garde-robe féminine une tenue jusqu’alors associée aux hommes, en conservant la force visuelle de l’ensemble veste et pantalon. L’enjeu dépasse donc la présence d’un pantalon : c’est aussi une autre façon de s’habiller pour une occasion formelle.

Son succès n’est pourtant pas immédiat auprès de la clientèle haute couture. Le musée indique qu’un seul exemplaire est vendu dans un premier temps. La version proposée par Saint Laurent rive gauche rencontre ensuite une clientèle plus jeune et un accueil bien plus favorable. Yves Saint Laurent reprendra le smoking dans ses collections jusqu’en 2002.

Cette histoire explique la place du vêtement dans l’identité de la maison. En 2026, l’association entre Saint Laurent et le costume féminin repose sur soixante années de créations, de déclinaisons et de façons de le porter.

Costume, tailleur-pantalon et smoking : des termes à distinguer

Le smoking possède toutefois des caractéristiques qui ne se résument ni à une couleur sombre ni à une veste portée sans chemise. Dans sa chronique consacrée à Betty Catroux, le musée rappelle notamment les larges revers de satin de soie de la veste de fumoir masculine dont il est issu. Ces finitions appartiennent à une histoire spécifique du vêtement de soirée.

Le tailleur-pantalon a sa propre place dans le parcours du couturier. Le musée situe son premier modèle Saint Laurent au printemps-été 1967, un an après le smoking. Il décrit alors des manches ajustées, une taille cintrée et un pantalon large, associés à des accessoires empruntés aux deux vestiaires.

La distinction permet de mieux lire les apparitions du Trocadéro. Les ensembles d’Efira et d’Exarchopoulos relèvent du costume pantalon ; leur rapprochement avec le smoking désigne ici une parenté de style. Il ne vaut pas identification technique des pièces. L’ampleur et le décolleté, à eux seuls, ne permettent pas de trancher cette question.

Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos aux César 2014. Photo d’archives. Crédits : Georges Biard, via Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.
Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos aux César 2014. Photo d’archives. Crédits : Georges Biard, via Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Chez Vaccarello, une autre lecture des proportions

La comparaison avec le tailleur de 1967 éclaire un changement de proportions. Là où le modèle historique décrit par le musée ajuste les manches et marque la taille, les costumes portés ce 29 septembre privilégient des volumes plus généreux. Le pantalon large constitue un point de continuité, tandis que les vestes déplacent l’attention vers la carrure.

Ces apparitions s’inscrivent dans l’univers de Saint Laurent dirigé par Anthony Vaccarello. Au premier rang de son défilé, le dialogue avec l’histoire de la maison passe autant par la coupe que par la façon d’associer les pièces. La tenue sombre de Virginie Efira et le brun d’Adèle Exarchopoulos montrent deux variations de ce principe, sans reproduire à l’identique une silhouette d’archive.

Anthony Vaccarello à Cannes en 2017. Photo d’archives. Crédits : YanRB, via Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
Anthony Vaccarello à Cannes en 2017. Photo d’archives. Crédits : YanRB, via Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Le port de la veste sans chemise possède lui aussi un précédent documenté. Dans le témoignage repris par le musée à propos de Betty Catroux, cette proche d’Yves Saint Laurent décrit sa manière de porter le smoking : « nue sous la veste, pas de chemise, pas de bijoux ». Ce choix appartient donc déjà à l’histoire du vêtement. Chez les deux actrices, son association avec des épaules affirmées et des pantalons amples donne à cet usage ancien une expression contemporaine.

Cet article a été rédigé par Émilie Schwartz.