Éduquons nos fils : ce que va révéler France 2 sur les violences masculines et leur prévention

France 2 diffuse 'Éduquons nos fils' ce 24 septembre, 22 h 55. Enquête sur la masculinité toxique, témoignages et analyses. Prévenir les violences par l’éducation, sans stigmatiser. Chiffres clés et politiques publiques à l’appui.

Ce mercredi 24 septembre 2025 à 22 H 55, France 2 programme, dans « Infrarouge », « Éduquons nos fils » de Marie-Christine Gambart et Émilie Grall. Tourné en France et disponible sur france.tv, le film interroge la « masculinité toxique » à partir de témoignages et d’analyses. De plus, il explore des pistes d’éducation pour prévenir les violences masculines sans stigmatiser les hommes, de l’école à la famille.

La cour d’école, théâtre des injonctions

Il est 8 heures, la cour d’école s’ouvre comme une scène. Les cartables cognent contre les genoux, des chasubles jaunes glissent vers le portail. Au milieu, un père détache lentement la main de son fils. « Tu te tiens bien », murmure-t-il, comme on confie une responsabilité qui dépasse l’enfant. Un peu plus loin, d’autres mots fusent : « ne pleure pas », « fais l’homme ». Ils se posent dans l’air du matin et dessinent un décor familier. C’est là, dans cette dramaturgie ordinaire, que France 2 propose ce mercredi 24 septembre 2025 à 22 H 55 un documentaire. Celui-ci pose une question simple et vaste : comment éduquer nos fils et prévenir la masculinité toxique sans stigmatiser ?

Le film : une enquête à hauteur d’hommes, sans tribun ni bouc émissaire

Diffusé dans la case « Infrarouge » et disponible sur france.tv, « Éduquons nos fils » est signé Marie-Christine Gambart (réalisation et co-écriture) et Émilie Grall (co-écriture), produit par Les Batelières Productions. Le film se tient à distance du procès en sorcellerie : il recueille des récits d’hommes, sollicite des chercheuses et des spécialistes, observe des initiatives de prévention. L’antenne promet un regard qui n’« accuse » pas « les hommes » comme groupe, mais cherche des causes et des remèdes.

La durée annoncée tourne autour de 58 minutes, format resserré qui épouse le rythme de la soirée publique. La communication de FranceTVPro précise le cap : comprendre pourquoi l’immense majorité des violences est le fait d’hommes et, surtout, comment l’éducation peut infléchir ces trajectoires.

Des hommes racontent leurs parcours en vidéo. Nommer les émotions, défaire 'sois un homme'. Ateliers à l’école, programmes de pères, prévention concrète. Un récit sans boucs émissaires.
Des hommes racontent leurs parcours en vidéo. Nommer les émotions, défaire ‘sois un homme’. Ateliers à l’école, programmes de pères, prévention concrète. Un récit sans boucs émissaires.

Derrière les mots : ce que recouvrent « masculinité toxique » et « hégémonie »

Le film utilise l’expression « masculinité toxique », non pour essentialiser, mais pour désigner un ensemble de normes et d’injonctions. Celles-ci incluent le rejet des émotions, la domination, et la valorisation de la prise de risque. Elles sont susceptibles de nuire aux autres comme à soi. L’approche se veut socio-culturelle : on parle de scripts appris, intériorisés, transmissibles, donc transformables.

Dans la littérature, la sociologue Raewyn Connell propose la notion de « masculinité hégémonique » : un modèle dominant rarement majoritaire, mais prescripteur qui organise la hiérarchie des masculinités et l’asymétrie avec le féminin. Cet outil permet de situer les pratiques : certains garçons y adhèrent, d’autres s’y conforment partiellement, d’autres encore résistent. Décrire l’hégémonie, c’est dénaturaliser les attentes qui pèsent sur les corps et les esprits.

L’air du temps : contre-courants et backlash

En toile de fond, l’onde de choc de l’« affaire Gisèle Pélicot » a remis au centre les violences sexuelles, la question du consentement et ce qu’on appelle la culture du viol. Parallèlement, les discours masculinistes gagnent en audience, les réseaux sociaux amplifient les controverses, l’école cristallise des inquiétudes contradictoires. Dans ce contexte, « Infrarouge » assume un geste civique : celui d’offrir un cadre de récit où relier biographies et structures sans attiser l’embrasement. Le documentaire fait place, notamment, aux voix de Floriane Volt (Fondation des femmes) et de Cédric Rostein (podcast Papatriarcat), pour penser éducation, prévention et paternités, et des modèles de masculinité plus égalitaires.

Après l’affaire Pélicot, le débat se tend. Backlash masculiniste, réseaux sociaux, école sous tension. Le film relie biographies et structures. Paroles de Floriane Volt et Cédric Rostein.
Après l’affaire Pélicot, le débat se tend. Backlash masculiniste, réseaux sociaux, école sous tension. Le film relie biographies et structures. Paroles de Floriane Volt et Cédric Rostein.

Les données qui bousculent : quand les chiffres donnent l’échelle

Les statistiques publiques composent un tableau net : les hommes représentent la part prépondérante des auteurs de violences. Sur la route, l’indicateur est massif : en 2024, 77 % des personnes tuées en métropole sont des hommes selon ONISR. Concernant l’imputabilité des accidents mortels, 84 % des présumés responsables sont masculins. Ces chiffres proviennent du Ministère de l’Intérieur. Il faut s’y tenir : ce rappel ne vise pas à stigmatiser, mais à documenter des comportements socialement encouragés qui exposent davantage les hommes et leur entourage.

L’autre repère, souvent rappelé par la Justice : la population carcérale demeure très majoritairement masculine, autour de 95 % d’hommes selon les séries longues. Là encore, l’enjeu n’est pas de déduire des essences. Il s’agit de prendre acte des écarts pour interroger les apprentissages qui les nourrissent.

Enfin, l’historienne Lucile Peytavin avance un ordre de grandeur économique 95 à 100 milliards d’euros par an qui agrège dépenses de santé, justice, indemnisations et coûts sociaux. C’est une estimation issue d’une méthodologie d’addition de postes : utile pour saisir l’ampleur du phénomène, à manier donc avec prudence et pédagogie.

77 % des tués sur la route sont des hommes en 2024. 84 % des présumés responsables, prison ~95 % masculine. Coût annuel estimé : 95–100 Md€. Des données pour agir, sans caricature.
77 % des tués sur la route sont des hommes en 2024. 84 % des présumés responsables, prison ~95 % masculine. Coût annuel estimé : 95–100 Md€. Des données pour agir, sans caricature.

Une dramaturgie pédagogique : récits de vie, expertises, ateliers

Le dispositif épouse la forme d’un parcours. Des hommes se racontent, mettent à distance d’anciennes attitudes, disent ce que changer a coûté et apporté. Des spécialistes décrivent les rouages des injonctions virilistes : refus des larmes, valorisation du risque, confusion entre autorité et domination. La réalisation, au plus près des voix, entremêle intimités et espaces collectifs : ateliers en classe, groupes de parole paternels, modules de prévention. On y entend des gestes concrets : nommer les émotions, déjouer les stéréotypes des jouets ou des manuels, travailler avec les pairs, associer les pères sans les culpabiliser.

Depuis sa création, « Infrarouge » revendique une fonction de service public : ouvrir des zones d’ambivalence, refuser les anathèmes, tenir ensemble responsabilité individuelle et poids des cadres sociaux. Ici, le film articule la critique des normes virilistes à un horizon éducatif. Dans cet horizon, mères, pères, enseignant·es, éducateurs, médias et institutions partagent la charge.

Ce que l’on sait des politiques publiques : dispositifs, plans, numéros utiles

La France s’est dotée d’outils concrets. Le 3919 (Violences Femmes Info) assure une écoute et une orientation 24 H / 24 et 7 j / 7, de manière gratuite et anonyme. Le plan interministériel pour l’égalité 2023-2027 combine prévention, formation, prise en charge et justice. Le plan 2023-2027 contre les violences faites aux enfants fixe six objectifs, de la protection à la production de données. Enfin, le Téléphone Grave Danger (TGD) est attribué par les parquets. Il permet aux victimes en grave danger de joindre immédiatement les forces de l’ordre via une touche dédiée.

Ces dispositifs ne résolvent pas tout, mais balisent un chemin d’offres publiques : du premier accueil à l’urgence, de la prévention à l’accompagnement. L’essentiel, désormais, est de mesurer leurs effets : nombre d’appels au 3919, déploiement du TGD, formations effectives et indicateurs d’impact. Cela permet de corriger les angles morts tels que l’adolescence, les pairs et les plateformes sociales.

Service public : faits, nuance, pédagogie. 3919 et TGD, plans 2023–2027 : des outils concrets. Mesurer, corriger les angles morts, accompagner. Responsabilités individuelles et cadres sociaux.
Service public : faits, nuance, pédagogie. 3919 et TGD, plans 2023–2027 : des outils concrets. Mesurer, corriger les angles morts, accompagner. Responsabilités individuelles et cadres sociaux.

L’école, la famille, les écrans : où agir ?

Le film s’attache aux lieux où se fabriquent les gestes ordinaires : chambres, cantines, terrains de sport, fils d’actualité. Il montre des expériences qui ont fait leurs preuves, telles que les séances d’éducation à l’égalité en primaire ou au collège. De plus, il propose des ateliers d’empathie pour nommer et réguler les émotions à l’entrée dans la puberté. Par ailleurs, des programmes pour pères déplacent la figure paternelle de la seule autorité vers la présence et le soin. En classe, on déplie les clichés publicitaires. À la maison, on redistribue les tâches en ligne. Par ailleurs, on repère les rhétoriques masculinistes et on apprend à en douter.

Sur ce terrain, Cédric Rostein Papatriarcat rappelle que la cohérence éducative compte : poser des limites ne revient pas à humilier, exiger peut rimer avec respect, demander pardon est exemplaire. Floriane Volt, pour la Fondation des femmes, insiste sur les parcours d’aide. De plus, elle souligne le rôle du maillage associatif. Enfin, elle met en avant la nécessité d’une justice réactive. Le film oriente sans dicter : il propose des gestes, il invite à essayer.

Réinventer la virilité : émotions, consentement, partage. Maison, école, en ligne : gestes et repères. Impliquer les pères, valoriser l’empathie. Douter des rhétoriques masculinistes.
Réinventer la virilité : émotions, consentement, partage. Maison, école, en ligne : gestes et repères. Impliquer les pères, valoriser l’empathie. Douter des rhétoriques masculinistes.

Ce que la soirée nous demande : quatre questions pour continuer

Que désigne-t-on exactement par « toxique » ? D’abord des comportements établis par la recherche pr- ise de risque au volant, violence verbale, mépris des émotions. Ensuite des normes intériorisées « les garçons ne pleurent pas ». Enfin des contextes qui récompensent ces attitudes entre pairs ou dans certaines cultures professionnelles. Quels leviers éducatifs fonctionnent ? Ceux qui impliquent les pères et outillent les mères jouent un rôle essentiel. En outre, ils forment les enseignant·es et valorisent l’empathie. Par ailleurs, ils évaluent leurs effets dans le temps.

Quelles mesures publiques produisent des résultats ? L’accès au 3919 et le déploiement des TGD sont des chantiers importants. De plus, la formation des magistrats, personnels soignants et forces de l’ordre est cruciale. Par ailleurs, les plans 2023-2027 sur l’égalité et la protection de l’enfance sont essentiels. Dans ces domaines, l’indicateur compte autant que l’annonce. Enfin, comment articuler responsabilités individuelles et cadres sociaux ? En rappelant que les personnes répondent de leurs actes, mais que les normes se transmettent et se changent à plusieurs.

Une télévision de plein exercice : raconter, relier, réparer

Dans la tradition du service public, « Éduquons nos fils » ne se contente pas de dénoncer : il met en intrigue des savoirs et ouvre des espaces de pratique. Face au backlash post #MeToo, la soirée tient une boussole : ne pas céder à la caricature, s’en tenir aux faits, donner envie d’agir. Dans le bruit et la fureur, la caméra écoute. Elle enregistre ambiguïtés, contradictions, recommencements. C’est peu et c’est beaucoup.

Mais la précaution méthodologique qui demeure, c’est que tous les chiffres mobilisés n’ont pas la même nature : les données ONISR sont officielles et actualisées, l’approximation économique de 95–100 Md€ relève d’un essai argumenté, utile pour saisir un ordre de grandeur. Les distinguer, ce n’est pas les opposer : c’est situer les arguments, éviter les contresens.

Le générique passe, la cour d’école se rouvre. Un père cherche son fils dans la foule, un garçon pleure sans honte, on lui tend un mouchoir, on respire. C’est peut-être là que commence l’éducation : dans ces riens qui défont la peur d’être tendre. Si ce film parvenait, une heure durant, à désamorcer une mèche ? À offrir aux familles, aux classes, aux institutions, les mots et les gestes pour dire autrement la force et la vulnérabilité.

Cet article a été rédigé par Christian Pierre.