
Crédits : TUBS / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.
En trois mois, l’épidémie d’Ebola en RDC causée par le virus Bundibugyo a dépassé le précédent record national de mortalité. Au 15 août 2026, l’Institut national de santé publique recensait 4 945 cas confirmés et 2 325 décès. La crise reste loin d’être maîtrisée. La détection tardive, l’extension à six provinces, les retards d’accès aux soins et l’absence de contre-mesure spécifique se cumulent.
Un seuil historique franchi le 15 août
Arrêté au 15 août, le rapport de situation n° 93 de l’INSP établit le bilan en RDC. Il recense 4 945 cas confirmés et 2 325 décès confirmés, soit une létalité brute de 47 %. Ce ratio rapporte les décès aux cas repérés : il peut évoluer lorsque des infections ou des morts sont notifiées tardivement.
Arrêté au 16 août, le rapport hebdomadaire de l’OMS constate une forte hausse en une semaine. Il recense 640 cas confirmés et 367 décès confirmés supplémentaires. Il signale une létalité brute de 47,4 % et l’apparition d’un cas au Bas-Uélé, sixième province touchée. Son périmètre couvre la RDC et l’Ouganda : ces chiffres ne doivent donc pas être additionnés mécaniquement au bilan national de la veille.
Le record précédent remontait à la flambée de 2018-2020, provoquée par le virus Ebola Zaïre. Son bilan officiel s’établissait à 3 481 cas, 2 299 morts et 1 162 survivants en près de deux ans. La crise de 2026 est donc désormais la plus meurtrière de l’histoire de la RDC, et non de l’histoire mondiale d’Ebola. La comparaison reste imparfaite : le bilan de 2018-2020 était définitif, tandis que la transmission actuelle se poursuit.
Une épidémie restée invisible pendant des semaines
L’Institut Pasteur situe les premières infections probables en mars 2026. L’épidémie n’a pourtant été confirmée par la RDC que le 15 mai. Deux jours plus tard, l’Organisation mondiale de la santé la qualifiait d’urgence de santé publique de portée internationale. Des cas importés venaient d’être détectés à Kampala, en Ouganda.
Ce retard tient en partie aux caractéristiques de Bundibugyo. Les premiers symptômes — fièvre, maux de tête, douleurs et faiblesse — ressemblent à ceux du paludisme ou de la fièvre typhoïde. Les saignements ne sont pas systématiques. Dans des laboratoires surtout équipés pour identifier le virus Ebola Zaïre, des analyses PCR avancées ont été nécessaires pour reconnaître cette espèce plus rare.
Cette différence biologique compte aussi pour la riposte. Les vaccins et les anticorps monoclonaux conçus contre Ebola Zaïre ne peuvent pas être transposés automatiquement à Bundibugyo. Elle n’explique cependant pas, à elle seule, l’ampleur du bilan. Rien ne permet d’affirmer que le virus serait intrinsèquement plus meurtrier que celui des épidémies précédentes.
Six provinces et une riposte sous pression
L’Ituri demeure l’épicentre, avec 4 194 cas confirmés et 1 838 décès comptabilisés au 15 août. Le Nord-Kivu, le Haut-Uélé, la Tshopo, le Sud-Kivu et, désormais, le Bas-Uélé sont également touchés. Au total, le rapport national recense des cas dans 55 zones de santé.
Pour les dernières vingt-quatre heures renseignées, les autorités congolaises ont enregistré 101 nouveaux cas confirmés et 53 décès. Trente-trois de ces morts sont survenues hors d’une structure de soins. Cette proportion illustre les retards de prise en charge. Elle ne permet pas de conclure que toutes les victimes ont refusé les soins ou n’y avaient pas accès.
Plusieurs centres de traitement ou de transit sont signalés comme saturés en Ituri. Dans le Nord-Kivu, les 142 lits réservés aux cas suspects étaient occupés. Le rapport mentionne des ruptures d’équipements, des grèves et des lacunes dans le suivi des contacts. La situation varie fortement entre les provinces.
La guerre dans l’est du pays et les déplacements de population compliquent la détection et l’isolement rapides. Les distances, le coût des trajets et la faiblesse de l’offre de soins aggravent ces obstacles. La défiance envers certaines structures sanitaires s’inscrit dans ce contexte. Elle ne saurait être réduite à une supposée irrationalité des habitants. Ces facteurs convergent, mais les données disponibles ne permettent pas encore de mesurer leur poids respectif dans la mortalité.
Aucun traitement spécifique, mais des soins essentiels
Il n’existe actuellement aucun vaccin homologué, antiviral ou anticorps monoclonal approuvé visant spécifiquement Bundibugyo. Cela ne signifie pas qu’Ebola serait sans soins. L’OMS recommande une prise en charge de soutien optimisée : réhydratation rapide, traitement des symptômes et prévention des complications. Commencée tôt, elle augmente les chances de survie.
La transmission d’Ebola passe principalement par un contact direct avec une personne symptomatique, ses fluides ou le corps d’une personne décédée. Il ne s’agit pas d’une infection à transmission aérienne ordinaire. La riposte repose sur la détection et l’isolement précoces, ainsi que sur la protection des soignants. Elle comprend aussi le suivi des contacts pendant 21 jours, des inhumations sécurisées et dignes, et le travail avec les communautés.
Des vaccins et des traitements candidats sont en cours d’évaluation, mais aucun résultat ne permet encore de les présenter comme disponibles ou efficaces. Au 18 août, deux références primaires restent accessibles. Il s’agit du SitRep congolais du 15 août et du rapport de l’OMS arrêté au 16 août. Dans une épidémie toujours active, leurs chiffres devront être actualisés avant publication.
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