
La 06/11/2025, l’Autorité de la concurrence française (antitrust) inflige à Doctolib une amende de 4,665 M€ pour abus de position dominante en France. Au cœur du dossier : des clauses d’exclusivité, des ventes liées entre agenda et téléconsultation, et le rachat de MonDocteur. La plateforme d’e-santé conteste et annonce un appel. La décision antitrust concernant Doctolib met en lumière les enjeux d’accès aux soins. De plus, elle souligne la concurrence sur un marché avec de forts effets de réseau.
Ce que l’Autorité de la concurrence reproche à Doctolib : abus de position dominante
La décision n° 25-D-06 du 06/11/2025 de l’Autorité de la concurrence sanctionne Doctolib pour abus de position dominante. En effet, cela concerne deux marchés : la prise de rendez-vous médicaux en ligne (Doctolib Patient) et les solutions de téléconsultation (Doctolib Téléconsultation). L’Autorité retient trois griefs : des clauses d’exclusivité imposées aux soignants, des ventes liées entre l’agenda et la téléconsultation, et le rachat de MonDocteur (10/07/2018), opération jugée prédatrice.
Selon l’Autorité, ces pratiques ont contribué à évincer des concurrents et à verrouiller le marché au bénéfice de la plateforme. La plainte initiale date de 2019 et émanait notamment de Cegedim Santé/Maiia.

Exclusivités et ventes liées : comment le marché a été « verrouillé »
Pendant des années, les contrats proposés aux professionnels de santé comportaient des clauses d’exclusivité. En effet, ces clauses interdisaient ou dissuadaient l’usage simultané d’un service concurrent. L’Autorité souligne aussi une vente liée : pour utiliser Doctolib Téléconsultation, il fallait souscrire à Doctolib Patient. Ce couplage commercial réduisait la liberté de choix des soignants et affaiblissait mécaniquement les concurrents.

Montant de la sanction : 4,665 M€. D’après la décision, 4,615 M€ sanctionnent les exclusivités et ventes liées. 50 000 € sanctionnent l’opération de concentration analysée au titre de l’abus de position dominante (voir plus bas).
Une concentration « prédatrice » : retour sur le rachat de MonDocteur (2018)
Le 10/07/2018, Doctolib a racheté son rival MonDocteur. L’Autorité considère que cette acquisition a fait disparaître le principal concurrent sur un marché encore émergent. Ainsi, elle entraîne un effet de verrouillage durable. L’opération n’avait pas été examinée ex ante car elle ne franchissait pas les seuils de notification. Elle est donc appréciée a posteriori au titre de l’abus de position dominante.
Pour tenir compte de l’incertitude juridique qui prévalait avant l’arrêt *Towercast*** de la **CJUE (16/03/2023, C-449/21), l’Autorité inflige ici une sanction forfaitaire de 50 000 €. Le principe : même sous les seuils, une concentration peut être réprimée si elle participe à un abus d’exclusion.

La position de Doctolib : « pas de position dominante », un appel annoncé
La société conteste la « lecture erronée » de son activité. Elle affirme ne pas être en position dominante, soulignant la concurrence européenne sur les logiciels pour soignants. En outre, elle indique n’équiper qu’environ 30 % des soignants en France (contre 10 % au moment de la plainte en 2019). Doctolib annonce faire appel de la décision devant la cour d’appel de Paris.
Au-delà du montant, l’entreprise insiste sur les bénéfices d’usage pour les patients. De plus, elle met l’accent sur la consolidation de ses offres. De plus, elle vise à innover. Elle rappelle avoir retiré ses clauses d’exclusivité dans ses contrats récents et plaide l’alignement de ses pratiques. Enfin, elle s’aligne sur les standards du secteur.
Ce que dit le droit : exclusivités, ventes liées et **jurisprudence *Towercast***
Définition : en droit de la concurrence, l’abus de position dominante (abus d’exclusion) inclut certaines pratiques. Par exemple, il recouvre des exclusivités contractuelles ou de fait. De plus, il inclut également les ventes liées. Leur appréciation dépend du marché pertinent, de la position de l’entreprise et de leurs effets. La jurisprudence *Towercast*** a ouvert la porte à un **contrôle ex post des concentrations sous seuils par le prisme de l’article 102 TFUE et article L. 420-2 du code de commerce. C’est le cœur de l’analyse de l’Autorité pour l’opération MonDocteur.
Enjeu : ne pas laisser des rachats non notifiables produire des effets d’éviction irréversibles sur des marchés à effets de réseau.
Un marché à forts effets de réseau
La prise de rendez-vous en ligne et la téléconsultation sont des marchés bifaces : plus il y a de patients, plus la plateforme attire les soignants, et inversement. Les effets de réseau créent des barrières à l’entrée et incitent les acteurs dominants à lier des services. Ainsi, ils cherchent à accroître les coûts de changement pour leurs concurrents.
Dans ce contexte, les exclusivités et la vente liée renforcent le cercle d’adhésion autour de l’acteur leader. Selon l’Autorité, ces mécanismes ont resserré l’accès au marché. Cela s’est fait au détriment du choix et potentiellement des prix pour les professionnels.
Calendrier, suites et publications imposées
La décision a été rendue et publiée le 06/11/2025. Outre la sanction pécuniaire, l’Autorité enjoint Doctolib à publier un résumé de la décision, notamment dans Le Quotidien du Médecin et sur ses propres canaux. L’appel annoncé n’est pas suspensif. La cour d’appel de Paris doit se prononcer sur le bien-fondé des griefs. De plus, elle évaluera le montant des sanctions.
Ce que cela change pour soignants et patients
Pour les soignants. La fin des exclusivités et des ventes liées doit faciliter l’interopérabilité entre outils. De plus, elle doit permettre la cohabitation entre agenda, téléconsultation et logiciels métier. Les praticiens regagnent une liberté de choix et un levier de négociation sur les prix et fonctionnalités.
Pour les patients. Le cœur de l’enjeu est l’accès et la qualité de service des plateformes. Par conséquent, des plateformes plus ouvertes et concurrentielles peuvent offrir des délais plus courts. De plus, elles proposent des parcours plus simples et des garanties renforcées de portabilité des données.

Pour le marché. Dans un secteur biface soumis à de puissants effets de réseau, l’Autorité envoie un signal : les pratiques d’éviction et les consolidations « sous les radars » seront scrutées. Les jeunes pousses peuvent y voir un espace de concurrence plus équitable.
Méthodologie et réserves
La procédure est en cours et l’issue de l’appel demeure incertaine. Les parts de marché varient selon les délimitations retenues (produits, géographie, période). Les chiffres avancés sont attribués aux documents de l’Autorité ou aux déclarations publiques de Doctolib. Toute qualification d’« abus » renvoie à l’appréciation juridique de l’Autorité et pourra être réexaminée par la cour d’appel.