Décès de Jane Goodall à Los Angeles : la voix des chimpanzés s’est tue

À Los Angeles, sous un fond bleu, Jane Goodall en conférence : dernières photos avant l’annonce du décès.

Le 1ᵉʳ octobre 2025, à Los Angeles, Jane Goodall a quitté ce monde de causes naturelles. Elle avait 91 ans. En effet, elle parcourait les États-Unis pour partager sa parole. Figure majeure de la primatologie et militante, elle aura bouleversé notre regard en révélant, à Gombe, l’usage d’outils chez les chimpanzés de Gombe et en reliant science et action. Retour sur une vie d’observations, de transmissions et d’engagement, et sur l’héritage qu’elle laisse.

En Californie, la dernière demeure

Sous les projecteurs d’un auditorium californien, le bleu de la scène renvoyait encore la lueur des conférences. En effet, la nouvelle a circulé que Jane Goodall, 91 ans, s’est éteinte à Los Angeles. Elle est décédée de causes naturelles au terme d’une vie passée à transmettre. L’annonce, publiée le 1ᵉʳ octobre 2025 par l’Institut Jane Goodall (JGI), a aussitôt été reprise par de grands médias internationaux, qui rappellent qu’elle se trouvait aux États-Unis dans le cadre d’une tournée de rencontres publiques. Le monde de la science et celui de la culture sont souvent conjoints quand il s’agit d’elle. Ainsi, ils se sont alors figés une seconde.

Ce soir-là, l’Amérique écoutait encore la messagère de la paix de l’ONU. Elle expliquait ce qui l’animait depuis plus de soixante ans. En effet, elle était animée par la curiosité patiente et la rigueur sans raideur. De plus, elle avait la conviction que chaque geste humain pèse sur le destin des autres vivants. Sa disparition a été annoncée avec sobriété par son Institut puis relayée par des organes de référence. En effet, cela clôt une trajectoire qui aura déplacé la frontière pensée entre l’humain et l’animal.

Les chimpanzés de Gombe : la déflagration d’un geste

On revient à Gombe, sur les rives du lac Tanganyika en Tanzanie. Une clairière, la lumière oblique du matin, un chimpanzé qu’elle a nommé David Greybeard. Le récit est connu, mais il demeure une déflagration : Jane Goodall voit l’animal utiliser une brindille pour pêcher des termites. Ensuite, elle observe l’animal façonner de petites tiges en arrachant leurs feuilles. L’onde de choc traverse la communauté scientifique. Ce jour-là, ce n’est plus seulement l’observatrice qui se révèle. C’est aussi notre représentation du « propre de l’homme » qui se fissure.

La primatologue documente ensuite une sociabilité complexe : embrassades, consolations, alliances, mais aussi agressivité, razzias, guerres de territoire. Elle note l’omnivorie et des chasses organisées. L’outil cesse d’être un privilège humain, le rituel n’est plus un monopole. En s’installant dans la durée à Gombe, la chercheuse met au jour une parenté comportementale qui oblige à revoir les catégories morales et scientifiques. L’éthologie, alors, change d’échelle.

Son visage résume une reconnaissance mondiale, celle d’une chercheuse qui fit vaciller nos certitudes. De David Greybeard aux structures sociales observées à Gombe, elle documenta gestes, alliances et conflits. Elle aura appris au public à regarder autrement, sans emphase, avec preuves patientes. C’est ainsi qu’une intuition devint un corpus. Un lieu de Tanzanie entra alors dans l’histoire des sciences.
Son visage résume une reconnaissance mondiale, celle d’une chercheuse qui fit vaciller nos certitudes. De David Greybeard aux structures sociales observées à Gombe, elle documenta gestes, alliances et conflits. Elle aura appris au public à regarder autrement, sans emphase, avec preuves patientes. C’est ainsi qu’une intuition devint un corpus. Un lieu de Tanzanie entra alors dans l’histoire des sciences.

De Leakey à Cambridge, la reconnaissance

Avant Gombe, il y a un départ. 1957, Nairobi. Louis Leakey repère la jeune Anglaise qui rêve d’Afrique. Il l’envoie au terrain, convaincu qu’un regard neuf verra ce que l’habitude ne sait plus voir. En 1960, Jane Goodall commence, presque sans filet, ses observations au Gombe Stream. 1962 : Cambridge l’accueille ; elle y obtient un doctorat sans avoir suivi le cursus classique, ce qui suscite débats et révisions salutaires.

La suite est une ascension faite de patience et de controverses. On lui reproche d’anthropomorphiser. Elle répond par des faits accumulés et des carnets tenus quotidiennement. Cette syntaxe de la preuve finit par convaincre. Elle embarque les regards, mais tient sa ligne : nommer Flo, Fifi, Frodo ou David n’est pas une faiblesse, c’est reconnaître l’individualité au cœur des sociétés chimpanzés.

Instituer pour durer : l’œuvre élargie

En 1977, elle fonde l’Institut Jane Goodall (JGI). Il s’agit d’adosser la recherche à des programmes de conservation qui placent les communautés locales au centre, du Gombe Research Center jusqu’aux sanctuaires africains. L’Institut devient une maison pour les projets et une base arrière pour la diplomatie scientifique. De plus, il sert de caisse de résonance pour l’alerte et l’éducation.

En 1991, Roots & Shoots voit le jour. Un nom simple qui dit l’essentiel : les racines et les pousses. Des jeunes s’emparent d’actions à échelle locale et tissent, de lycée en université, un réseau planétaire de citoyenneté écologique. L’empreinte de Goodall s’élargit : de la primatologie à l’éducation, du protocole de terrain à la pédagogie.

On la retrouve, des décennies plus tard, sillonnant le monde, multipliant les conférences, animant des podcasts, soutenant des campagnes contre le trafic, contre les expérimentations cruelles, pour la protection des habitats. La logique est la même : relier science, éthique et engagement.

La militante médiatique

Très tôt, Jane Goodall comprend que l’image peut être une alliée. Les reportages de National Geographic l’installent dans l’imaginaire mondial. Les plateaux de télévision, les salles combles, les rencontres avec des artistes ou des responsables politiques prolongent la leçon de Gombe auprès d’un public qui n’ouvrira jamais un traité d’éthologie, discipline dont elle a popularisé les méthodes. Les jeunes la suivent et partagent ses messages sur les réseaux. En outre, ils brandissent ses livres et prennent la pose auprès de sa peluche Mr H, symbole devenu totem.

Cette présence médiatique n’a jamais dilué son propos. Elle parle de climat, de biodiversité, de bien-être animal avec une constance étonnante. Elle rappelle que les forêts stabilisent les pluies. Cependant, la déforestation fragilise les sociétés humaines. De plus, la consommation guide le pillage des milieux. Elle ne moralise pas : elle explique, elle relie, elle invite à agir, convaincue que la connaissance reste le plus sûr appui de la responsabilité.

La singularité de son œuvre tient à une même ligne, relier rigueur et pédagogie. Nommer Flo, Fifi ou Frodo n’était pas faiblesse mais méthode, reconnaître l’individu au sein du groupe. De la salle comble aux podcasts, elle portait un récit clair du vivant, sans dramatiser. Chaque conférence faisait levier : comprendre pour agir, agir pour réparer.
La singularité de son œuvre tient à une même ligne, relier rigueur et pédagogie. Nommer Flo, Fifi ou Frodo n’était pas faiblesse mais méthode, reconnaître l’individu au sein du groupe. De la salle comble aux podcasts, elle portait un récit clair du vivant, sans dramatiser. Chaque conférence faisait levier : comprendre pour agir, agir pour réparer.

Hommages à Jane Goodall : une icône scientifique

À l’annonce de sa mort, les hommages affluent : responsables politiques, scientifiques, artistes, anonymes. On salue la pionnière, la pédagogue, la militante. La pop culture l’avait déjà reconnue : sa silhouette austère, ses cheveux tirés, sa voix posée, cette attention constante aux autres vivants. Elle était devenue une figure publique, identifiable, rassurante, exigeante aussi, qui répétait que l’espoir n’est pas un sentiment mais une discipline. Les hommages viennent aussi d’institutions culturelles comme l’UNESCO, qui soulignent l’ampleur de son héritage.

Cette notoriété a parfois fait écran. Il fallait rappeler, au-delà de la célébrité, la rigueur d’une méthode et la puissance d’un corpus scientifique. La primatologie lui doit d’avoir maintenu la durée comme condition d’intelligibilité. Les comportements ne se livrent qu’à la patience. Le temps long reste la clef, et Gombe demeure l’une des plus anciennes études de la faune sauvage menée in situ.

Ce que nous lui devons

La dette est scientifique. En observant l’usage et la fabrication d’outils chez les chimpanzés, elle a décrit leur vie sociale. En outre, leurs émotions et leurs conflits ont été étudiés par Jane Goodall. Ainsi, elle a redéfini des lignes. Les séparations confortables entre humanité et animalité se sont révélées poreuses. Les distinctions rigides se sont ré-agencées. On peut discuter la manière, les biais possibles, l’angle. Il restera que son intuition, validée par les données, a déplacé un paradigme.

À Gombe, assise près d’un chimpanzé, elle révèle l’essentiel : l’outil n’est pas un monopole humain. Brindilles taillées, chasses coordonnées, consolations et deuils composent une société complexe. Cette parenté comportementale oblige à revoir nos catégories morales et scientifiques. Derrière l’image, le temps long d’une étude de terrain devenue référence.
À Gombe, assise près d’un chimpanzé, elle révèle l’essentiel : l’outil n’est pas un monopole humain. Brindilles taillées, chasses coordonnées, consolations et deuils composent une société complexe. Cette parenté comportementale oblige à revoir nos catégories morales et scientifiques. Derrière l’image, le temps long d’une étude de terrain devenue référence.

La dette est aussi éthique. En conférant une personnalité à chaque animal observé, la chercheuse a glissé de la science vers une politique du vivant. Non pas une confusion, mais une exigence : si l’autre non humain éprouve joies et deuils. De plus, si sa communauté élabore des stratégies et des compromis, alors nos lois doivent s’ajuster. Par conséquent, nos économies et nos usages doivent aussi s’adapter.

La dette, enfin, est pédagogique. Avec Roots & Shoots, des milliers de classes et d’ateliers ont réveillé des vocations, infléchi des choix de vie, rendu l’écologie concrète. C’est un héritage mesurable : des projets sont nés, des forêts ont été replantées, des habitats restaurés, des espèces protégées.

En 2010, regard net et sourire retenu : la vie privée demeure en retrait, l’œuvre au premier plan. Née en 1934 à Londres, mariée un temps à Derek Bryceson, messagère de la paix de l’ONU depuis 2002, elle a gardé le même cap. Relier éthique, politique du vivant et preuves de terrain, sans slogans et sans colère. Sa notoriété, jamais tapageuse, servait un seul dessein : transmettre.
En 2010, regard net et sourire retenu : la vie privée demeure en retrait, l’œuvre au premier plan. Née en 1934 à Londres, mariée un temps à Derek Bryceson, messagère de la paix de l’ONU depuis 2002, elle a gardé le même cap. Relier éthique, politique du vivant et preuves de terrain, sans slogans et sans colère. Sa notoriété, jamais tapageuse, servait un seul dessein : transmettre.

Los Angeles, épilogue américain

Que Los Angeles devienne la ville de l’adieu n’a rien d’un hasard. C’est une capitale d’images. Jane Goodall y venait encore pour parler, éveiller, rassembler. Sa tournée américaine devait, une fois de plus, convertir l’auditoire à l’action concrète. Le message n’était ni naïf ni tragique : il tenait tout entier dans un mot qu’elle maniait avec précision, espoir, entendu comme une méthode.

L’Institut Jane Goodall (JGI) a précisé qu’elle s’était éteinte paisiblement, fidèle jusqu’au bout à cette élégance de la discrétion qui la caractérisait. Rien d’héroïque, rien de spectaculaire. Une vie tenue, un enseignement transmis, des outils laissés à ceux qui poursuivent.

Ce qui continue

Le Jane Goodall Institute annonce la poursuite de ses programmes : recherche à Gombe, conservation par et pour les communautés, sanctuaires comme Tchimpounga ou Chimp Eden, dispositifs d’éducation avec Roots & Shoots. Les équipes sur le terrain, comme les bureaux qui organisent et financent, prennent le relais. Il y aura des hommages, des récits, des films encore. Il y aura surtout des projets à mener et des prises de conscience à transformer en gestes.

Les hommages affluent et disent l’héritage : un Institut qui poursuit ses programmes, Roots & Shoots qui forme des milliers de jeunes. De Tchimpounga à Gombe, les équipes prolongent la recherche et la conservation au plus près des communautés. Le deuil se change en gestes : replanter, protéger, éduquer. L’espoir, chez elle, n’était pas une émotion mais une méthode.
Les hommages affluent et disent l’héritage : un Institut qui poursuit ses programmes, Roots & Shoots qui forme des milliers de jeunes. De Tchimpounga à Gombe, les équipes prolongent la recherche et la conservation au plus près des communautés. Le deuil se change en gestes : replanter, protéger, éduquer. L’espoir, chez elle, n’était pas une émotion mais une méthode.

L’héritage de Jane Goodall ne se résume pas à une page d’album. C’est une méthode, une morale, une musique de la preuve et de la transmission. Une rigueur qui n’a jamais interdit la tendresse, ni l’émerveillement devant un chimpanzé. En effet, il taille une branche pour en faire un outil. À Gombe, quelque part, un descendant de David Greybeard extirpe encore des termites. Le monde continue, un peu mieux informé, un peu plus responsable.

Cet article a été rédigé par Pierre-Antoine Tsady.