
Figure solaire du rock populaire des années 1980, Albert Kassabi, dit Bébert, Bébert Kassabi est mort le 25 novembre 2025 en région parisienne, des suites d’une longue maladie. Leader des Forbans, il laissait des refrains fédérateurs, de Chante ! aux scènes des fêtes de ville. L’annonce, faite par Michel Papain, suscite une vague d’hommages et ravive la mémoire d’une France qui danse encore.
Des copains de lycée à la scène nationale
Au tournant de 1978, une bande de camarades monte un groupe pour le plaisir, portée par la fièvre du rock’n’roll. Le groupe Les Forbans naît dans cet élan : riffs simples, contrebasse bondissante, chœurs façon doo-wop et entrain communicatif. Bientôt, Bébert s’impose au micro : voix claire, sourire facile, présence qui rassure et entraîne. Autour de lui, la rythmique menée par Michel Papain donne le tempo. D’autres musiciens participent à l’aventure Patrick Papain, Jean-Louis Bergerin, Dominique Lupo, Christophe Camilotte, Philippe Masse, Michel Pin preuve que la formation a toujours été une histoire de copains et de scène.
À ses débuts, le groupe tourne où l’on l’invite : salles polyvalentes, bals, fêtes communales. La réputation s’installe par le bouche-à-oreille. La promesse tient en un mot : danser. Ce contrat tacite, les Forbans le rempliront pendant plus de quatre décennies.
1982, Chante ! et la traversée du miroir
Le basculement arrive en 1982. Avec Chante ! adaptation française de Shout! Shout! (Knock Yourself Out) d’Ernie Maresca, le groupe touche juste. Le single file droit au cœur du pays et s’écoule à près de 2 millions d’exemplaires. Dans les boums, dans les kermesses, sur les plateaux télé, le refrain devient réflexe : deux claquements de mains, et la salle répond.
Ce succès ne doit rien à la mode passagère. Il dit quelque chose d’une France où la musique populaire fédère au-delà des clivages. Les Forbans représentent alors une forme de joie simple, familière, déliée des poses. Bébert y campe un meneur bon vivant, jamais cynique, qui incarne l’idée qu’un concert peut être une fête partagée.

Un groupe taillé pour la route
Après le tube, la carrière ne s’essouffle pas. Les Forbans enregistrent une dizaine d’albums et conservent ce qui fait leur force : le live. Ces dernières années encore, le groupe alignait une cinquantaine de concerts par an. Fêtes de ville, festivals thématiques, scènes de plein air : partout, le même rituel. L’orchestre attaque, Bébert lance une interpellation, et la piste se remplit.
La nostalgie, loin de les figer, les relance. À partir des années 2000, ils prennent part à Âge Tendre, la tournée des idoles, jusqu’en 2014. Le public y retrouve des voix connues, des refrains appris jadis, les Forbans s’y mêlent naturellement. En 2018, cap symbolique : 40 ans de route célébrés sur la scène de l’Olympia, haut lieu parisien où tant d’histoires de la chanson française se sont écrites.
Bébert sur scène : la chaleur et le tempo
Bébert n’était pas un styliste du contre-chant, il était un frontman. Son art reposait sur la clarté de l’attaque et la mise en place précise. En outre, il possédait un sens aigu de l’adresse directe. Cela permettait de briser efficacement la distance. Il savait faire lever une salle. Les Forbans se distinguaient par ce son d’ensemble : contrebasse claquante, guitare relançant et batterie tricotant. Cependant, le point focal demeurait ce visage ouvert et ces yeux en quête du public. De plus, ils savaient tenir la cadence tout en apportant, sans emphase, un supplément d’âme suscitant les chœurs.
Le groupe ne s’est jamais rêvé avant-garde. Il a préféré réunir. Cette fidélité au goût du public explique la longévité d’un répertoire traversant les décennies. En effet, il est porté par des générations se refilant les mêmes refrains au fil des fêtes et des étés.

L’atelier du bois, l’autre scène de sa vie
Loin des projecteurs, Bébert cultivait une passion patiente : le bois. Il expliquait le plaisir d’un travail où la matière répond à la main et où l’objet demeure « un meuble survit après toi », disait-il. Au fil des années, il a assumé une véritable reconversion artisanale, menée de front avec la musique. Cette double vie raconte une même exigence : faire simple et solide.
La question matérielle, il ne l’a jamais esquivée. À la télévision, en 2021, il évoquait des revenus d’environ 50 000 à 60 000 € par an. En effet, cela représente 4 000 à 5 000 € par mois, tirés de ses chansons et des droits qui en découlent. Cela rappelle que les refrains populaires, lorsqu’ils durent, assurent encore un salaire honnête. En effet, cela est vrai même longtemps après l’âge d’or des classements.
2012 : une polémique, puis le cap retrouvé
L’itinéraire a connu ses accrocs. En 2012, un concert donné au lendemain d’un conseil national du Front national déclenche une controverse. Interrogé, Bébert répond qu’il « n’a jamais voté », que le groupe a joué « pour des municipalités communistes », et qu’il s’agit, pour des musiciens, de « vivre et même survivre de [leur] métier ». L’épisode fait du bruit quelques jours, puis la route reprend. Poser le cadre, rappeler les faits, et retourner à ce que le groupe sait faire : les concerts.
Décès du chanteur des Forbans confirmé par les proches
Le 25 novembre 2025, Michel Papain, batteur et cofondateur, annonce le décès à l’AFP, au nom de la famille. La cause est résumée sobrement : longue maladie ». Le choix des mots et la retenue disent la volonté des proches de préserver l’intime. L’information, rapidement reprise par les rédactions, déclenche une salve de réactions dans la sphère culturelle et bien au-delà.
Hommages après la mort du chanteur des Forbans
Animateurs, artistes, élus et anonymes partagent leurs souvenirs. Sur les réseaux, les hommages affluent : images d’archives, extraits de concerts, refrains scandés à plein poumons. Des personnalités médiatiques, comme Jean-Luc Reichmann, saluent l’énergie et la gentillesse du chanteur. D’anciens élus, tels Jean-Lin Lacapelle, évoquent la fidélité d’un artiste aux scènes de province comme aux plateaux nationaux. Partout revient la même idée : Bébert incarnait un lien direct avec le public, sans posture ni distance.
Dans les commentaires, les fans racontent une mémoire collective : un mariage où Chante ! a enflammé la piste, une fête d’été où le groupe a joué sous les étoiles, une salle des fêtes pleine à craquer un soir de pluie. Ces souvenirs composent un portrait : celui d’un chanteur populaire, au sens noble, pour qui la proximité comptait autant que la notoriété.
Ce que Les Forbans disent de la France
On a parfois réduit les Forbans à un « groupe à tube ». L’écoute attentive montre autre chose. Il y a, dans leur musique, un art du tempo collectif et une façon de tendre la main. La formation vient des bals et n’a jamais renié cette origine. Elle a, au contraire, cultivé ce registre festif qui fait se rencontrer les générations. En cela, Les Forbans racontent un versant de la culture populaire française : la possibilité d’un plaisir commun, simple et direct.
Cette dimension explique que leur répertoire circule encore. Les plateformes et les archives audiovisuelles entretiennent la mémoire. Cependant, c’est sur scène que ces morceaux prennent tout leur sens. Un batteur qui lance le break, la contrebasse qui pulse, Bébert qui harangue gentiment la fosse : la mécanique se met en marche. Et l’on comprend pourquoi le groupe donnait encore près de 50 concerts par an il y a peu.
Une postérité de refrains
La disparition de Bébert n’efface pas la trace laissée par ses chansons. Chante ! reste l’un de ces titres que l’on croit rangés au grenier. Pourtant, il revient d’eux-mêmes au premier claquement de mains. D’autres morceaux, moins connus hors des fans, continuent de vivre lors des rendez-vous de plein air. La musique populaire a cette force : elle revient quand on la convoque.
En filigrane, on retiendra l’exemple d’un artiste resté fidèle à ce qu’il était. Pas de discours inutile, peu de slogans, aucune volonté de donner des leçons. À la place, des tournées régulières, des heures d’atelier, le goût du concret. Cette constance raconte peut-être la meilleure part de son héritage.
Héritage musical et mémoire collective
La nouvelle du décès de Bébert rappelle que certaines voix accompagnent une époque, puis la dépassent en se transmettant. La sienne a fait danser, sans prétention, des millions de personnes. Les Forbans ont longtemps sillonné la France avec ce programme clair : partager une fête. À l’heure des hommages, certains refrains attendent un signal. Une guitare ou deux mains qui claquent rallument la convivialité des soirs d’été. La musique demeure.