La comédie d’action politique ‘Une bataille après l’autre’ de PTA débarque le 24 septembre 2025

DiCaprio mène 'Une bataille après l’autre' de PTA. Satire de l’Amérique post-Trump, vitesse et humour noir. Au centre : un père qui protège sa fille Willa. En écho au brûlot 'Oui' de Nadav Lapid.

Demain, 24 septembre 2025, Une bataille après l’autre (One Battle After Another) de Paul Thomas Anderson débarque en salles en France (2 jours avant les USA), porté par Leonardo DiCaprio et Sean Penn. Satire d’une Amérique post-Trump, mélo d’action et humour noir, le film promet la secousse de la rentrée. En contrechamp, Oui de Nadav Lapid, sorti en septembre, scrute l’Israël d’après le 7 octobre. Deux visions, un même désir : faire du spectacle un révélateur politique.

Demain, ‘Une bataille après l’autre’ prend la main

Ils n’occupent pas le même relief. Demain 24 septembre 2025, Une bataille après l’autre s’impose comme le rendez-vous : récit de cavale, formats mouvants jusqu’à la VistaVision, casting royal, et cette relation père-fille qui tient tout. En miroir, Oui de Nadav Lapid découvert à la Quinzaine et sorti en septembre prolonge la vibration politique, mais depuis Israël, avec un geste plus fiévreux et pamphlétaire.

En contrechamp : ‘Oui’, la fièvre d’un pays

Dans Oui, Nadav Lapid raconte un couple d’artistes précaires, Y., musicien, et Jasmine, danseuse, sommés de composer un nouvel hymne national israélien. Le film commence par le vacillement d’une société sidérée suite aux attaques du 07 octobre 2023. Ensuite, il déroule une trajectoire mêlant farce, transe et malaise. Lapid filme les corps comme on filme un territoire blessé : mouvements brusques, ruptures de ton, saillies burlesques qui tournent à l’accusation froide. La mission confiée à Y., celle de mettre en musique la nation, devient une métaphore à vif : que peut l’art lorsque le langage politique s’est fossilisé en slogans, et que la douleur sature tout ?

La presse française a accueilli Oui avec une curiosité fervente, notant un geste électrisant, radical et engagé sur l’Israël contemporain. De plus, les critiques ont donné une moyenne d’environ 4,1/5. La projection à la Quinzaine des cinéastes au printemps 2025 a confirmé l’ampleur d’un cinéma vertigineux. En effet, ce court cinéma toujours un peu en crête, quitte à faire dérailler le récit pour toucher les nerfs. Lapid, qu’on a découvert internationalement avec Synonymes (Ours d’or 2019) puis Le Genou d’Ahed (Prix du Jury 2021), poursuit sa ligne d’incandescence. Le couple Y./Jasmine vend son art et son corps à des puissants rassurés par le divertissement. L’absurdité devient ainsi une stratégie de survie, et la comédie, une manière de faire grincer la réalité.

Le dispositif tient à la fois du pamphlet et du poème. Les plans s’allongent pour laisser bourdonner la dissonance, puis ils se brisent en éclats. C’est comme si la mise en scène cherchait son propre rythme cardiaque. On perçoit, de scène en scène, la jubilation de Lapid à attraper des gestes de danse, des bribes de musique et à décomposer la ferveur nationale en morceaux contradictoires. Oui n’assène pas : il trébuche, il trébuche encore, et c’est dans ce vertige que se loge sa beauté noire. Pour le cinéaste, désormais installé à Paris, l’exil n’est pas un éloignement mais un angle, une ligne de fuite pour regarder frontalement sa maison brûler.

Paul Thomas Anderson, l’Amérique en cavale et la comédie d’action noire

Avec Une bataille après l’autre, Paul Thomas Anderson retrouve ses obsessions : la famille, la croyance, la tentation de l’utopie, et les projette dans une Amérique paranoïaque. Bob, interprété par Leonardo DiCaprio, ex-révolutionnaire, vit sous une fausse identité avec sa fille Willa. Le retour du colonel Lockjaw (Sean Penn) fait remonter le passé à la surface, les vieux complices réapparaissent, les milices d’extrême droite croisent les groupuscules gauchisants, et la route devient un piège mental. Teyana Taylor incarne Perfidia Beverly Hills, étoile filante dont la lucidité coupe comme une lame, et Benicio Del Toro joue Sensei Sergio St. Carlos, maître dévoyé et mentor malgré lui. Au milieu des embardées, une question, simple et terrible, irrigue chaque scène : comment être père quand on a fait profession d’enflammer le monde ?

Le film, adaptation de ‘Vineland’ de Thomas Pynchon, mêle action, satire, mélo, comédie, rêves éveillés et gueule de bois politique. Anderson tourne large, parfois en VistaVision, joue des formats comme d’un clavier, et retrouve la pulsation ample qu’on lui connaît. Le cœur émotionnel reste la relation père fille, fragilisée par des années de clandestinité et de paranoïa. Les scènes les plus spectaculaires n’écrasent jamais la fragilité des visages, l’humour noir se glisse entre deux poursuites, un aparté sentimental naît dans le vacarme d’un meeting, une étreinte avorte à l’ombre d’un hangar. On pense à Chaplin parce que le film boitille, trébuche, se relève et transforme l’absurde en élan.

Warner Bros orchestre une sortie mondiale mais choisit pour les États-Unis une stratégie étonnamment discrète, malgré un budget annoncé autour de 140 millions USD et un casting cinq étoiles. Selon le magazine Elle, Steven Spielberg aurait qualifié le film de « dément » après l’avoir vu trois fois. Cela traduit l’ivresse de cinéma que provoque cette mécanique généreuse. En France, la date du 24/09/2025 s’affiche comme un rendez-vous incontournable. D’autant plus que l’actualité brûlante autour de Leonardo DiCaprio promet une salle pleine et des débats à la sortie.

La maturité DiCaprio, patinée par Scorsese. PTA le pousse en VistaVision, mêlant action et mélo. Spielberg, admiratif, parle d’un film 'dément'. Affiche et budget XXL, sortie US étonnamment discrète.
La maturité DiCaprio, patinée par Scorsese. PTA le pousse en VistaVision, mêlant action et mélo. Spielberg, admiratif, parle d’un film ‘dément’. Affiche et budget XXL, sortie US étonnamment discrète.

DiCaprio et Penn, deux corps en mouvement

On les croit familiers, et pourtant ils déjouent les attentes. Leonardo DiCaprio, dont la filmographie avec Martin Scorsese a bâti un dialogue fécond, réinvente ici son énergie de fuite. Ce dialogue l’a mené des flamboyances de la jeunesse aux figures fracturées de la maturité. Bob n’est pas un héros, mais un homme qui collecte ses anciens slogans comme des miettes. Il essaie de recoller une vie avec sa fille. DiCaprio joue l’usure sans perdre l’allant, le comique de répétition sans renoncer à la tristesse. Sean Penn, quant à lui, endosse un Lockjaw fiévreux, militaire d’opérette et fauve blessé, d’une intensité qui joue avec sa réputation d’acteur engagé, parfois sulfureux, toujours présent au bord de l’excès. Leur face-à-face a le goût des duels qu’on se raconte longtemps : pas tant une confrontation idéologique qu’une bataille de rythmes, de silences et de regards.

Trajectoire d’acteur exigeant : de Scorsese à PTA. Ici, Bob, ex-révolutionnaire sous fausse identité. DiCaprio joue l’usure, la fuite, la tendresse. Le face-à-face avec Penn fait tout vibrer.
Trajectoire d’acteur exigeant : de Scorsese à PTA. Ici, Bob, ex-révolutionnaire sous fausse identité. DiCaprio joue l’usure, la fuite, la tendresse. Le face-à-face avec Penn fait tout vibrer.

La troupe autour d’eux nourrit ce funambule : Teyana Taylor, sidérante de présence, donne à Perfidia une gravité de tragédienne qui tient autant à la manière qu’à la musique de sa voix. Benicio Del Toro distille le danger avec un humour à froid, entre menace et caresse, et Regina Hall apporte une chaleur secrète, une contre mélodie. Anderson organise ces intensités comme un chef d’orchestre qui découpe les crescendos. Il relance un gag pour recadrer une émotion. De plus, il ralentit une poursuite pour laisser respirer une caresse. Les rumeurs rapportent quelques improvisations au plateau, ce léger flottement dont naît souvent le naturel d’un geste. Cependant, le film reste tenu et rigoureusement dessiné, comme s’il n’acceptait le chaos que dans des cadres impeccables.

Sean Penn, colonel Lockjaw : fauve blessé et implacable. Antagoniste qui réveille le passé de Bob. Acteur engagé, intensité sans filtre. Duel nerveux qui dynamite la satire.
Sean Penn, colonel Lockjaw : fauve blessé et implacable. Antagoniste qui réveille le passé de Bob. Acteur engagé, intensité sans filtre. Duel nerveux qui dynamite la satire.

Deux satiristes face au bruit du monde

Il y a, dans ces deux films, une même volonté de regarder la politique sans la mimer. Lapid ne filme pas des slogans, il filme ce que les slogans font aux corps, Anderson ne traite pas un programme, il met en scène la confusion d’un espace public saturé de signes, de milices, de figures plus grandes que nature. Oui s’écrit dans la contradiction : rire jaune, indécence assumée, dérapages comme autant d’alertes. Cependant, Une bataille après l’autre préfère le détour, la parabole et la vitesse. On ne sait jamais tout à fait si l’on rêve, joue ou meurt de rire.

Le contexte, des deux côtés, nourrit la réception. En Israël, la société continue de chercher des mots pour dire l’après 07 octobre 2023. Aux États-Unis, la sortie du film de Paul Thomas Anderson s’inscrit dans un climat de crispation. Ce climat est alourdi par l’onde de choc politique provoquée par l’assassinat de Charlie Kirk début septembre 2025. Sans surplomb, les films prennent acte d’un monde où les récits collectifs se défont et où la fiction sert autant de miroir que d’antidote.

La mise en scène, ou comment regarder autrement

On sort de Oui avec l’impression d’avoir vu plus qu’un programme. C’est une lutte de chaque plan pour trouver sa vérité. La caméra bouge comme un animal blessé, la musique, souvent, agit comme un révélateur chimique. Le film, on le sent, fera polémique et c’est tant mieux. Par ailleurs, on sort de Une bataille après l’autre avec le souvenir d’une course qui, malgré ses rugissements, s’enracine dans un geste intime : un père tente d’apprendre à sa fille qu’on peut aimer sans exploser le monde. Les formats d’image variés VistaVision compris ne sont pas des coquetteries, mais la traduction d’un récit qui change d’oxygène selon l’angle d’attaque.

Reste la question, vieille comme le cinéma : peut-on rire de tout ? Lapid répond par l’excès contrôlé, Anderson par l’ellipse et le tempo. L’un attrape au col la rhétorique nationale, l’autre met la vitesse au service de l’ironie. Tous deux créent des œuvres de spectacle au sens noble, avec des images qui bousculent. C’est des machines à questions et des cinémas qui se souviennent que l’art est un sport de contact.

Économie de sortie et politique des images

La sortie discrète orchestrée par Warner Bros aux États-Unis intrigue, tant l’objet ressemble à un film-événement. On y verra peut-être la prudence d’un studio dans une période inflammable. C’est le pari d’une montée progressive plutôt qu’un feu d’artifice. À l’international, au contraire, la curiosité joue à plein, et la France devrait répondre présente. Pour Oui, la distribution s’appuie sur l’écho cannois et le goût français pour un cinéma qui ose. Cependant, le film arrive lesté d’une réputation de brûlot, mais il offre surtout une expérience de mise en scène. C’est une expérience avec laquelle on peut et doit discuter.

Si l’on devait rapprocher les deux titres, on dirait ceci : Oui est un coup de poing. Il veut encore danser. Par ailleurs, Une bataille après l’autre est une cavalcade. Elle laisse passer des larmes. Les deux ne donnent aucune réponse, mais ils ouvrent des espaces de conversation. Cela concerne ce que nous exigeons de nos artistes. C’est aussi sur ce que la politique fait à nos vies. De plus, c’est sur la manière dont la salle obscure reste un lieu de friction et de mémoire.

Et maintenant, la salle

Demain, 24 septembre 2025, on y va pour Leonardo DiCaprio qui, à 50 ans, trouve une nouvelle façon d’habiter l’écran, et pour Sean Penn qui joue de son aura de combattant, on y va aussi pour Teyana Taylor et Benicio Del Toro, qui offrent des accents, des rythmes, des contrepoints, on y va ensuite pour Nadav Lapid et sa manière unique de faire suer les images. Et on y va surtout pour la sensation d’un cinéma audacieux. En effet, il ne se contente pas d’accompagner l’actualité. Au contraire, il la défie.

Sean Penn aux César 2015. Présence magnétique. Ici, colonel Lockjaw, ombre tenace du passé de Bob. Le film croise milices et gauches rêches, humour noir. Anderson orchestre silences, gags et regards.
Sean Penn aux César 2015. Présence magnétique. Ici, colonel Lockjaw, ombre tenace du passé de Bob. Le film croise milices et gauches rêches, humour noir. Anderson orchestre silences, gags et regards.

La rentrée a souvent ses mirages, cette fois, elle a deux solides réalités. Deux films nous disent, chacun à sa manière, que la politique n’est pas une matière réservée. De plus, elle a ses héros fatigués, ses danseurs cabossés, ses chansons impossibles et ses pères maladroits. Deux films qui rappellent qu’au bout du vacarme, il reste des regards qui cherchent des regards qui, parfois, trouvent.

Bande Annonce VF du flm Une bataille après l’autre

Cet article a été rédigé par Émilie Schwartz.