Feria de Dax 2025 (13–17 août) : la plainte de Charline Pradeau relance le débat sur les violences sexistes

Dax, 17 août. Une vidéo montre un geste intrusif. Enquête pour outrage sexiste. La prévention en milieu festif revient au premier plan.

Une vidéo tournée le 17 août 2025 à la Feria de Dax 2025 montre un homme soulevant la jupe de l’influenceuse toulousaine Charline Pradeau pendant qu’elle danse sur une table. Le parquet a ouvert une enquête pour « outrage sexiste ». Le 25 août, la jeune femme a déposé plainte à Toulouse contre un individu qu’elle identifie comme Richard Dourthe. L’identité de l’auteur n’est pas confirmée à ce stade. Cette affaire ravive la question de la prévention des violences en milieu festif.

Les faits et l’enquête

La séquence, d’une quatorzaine de secondes, a été publiée sur TikTok et Instagram. Elle a rapidement été vue des millions de fois. On y voit Charline Pradeau debout sur une table, un homme en arrière-plan soulevant la jupe de la jeune femme, qui se retourne et le frappe. Selon la plaignante, elle avait obtenu la permission d’une peña pour danser sur la table. Le parquet de Dax a annoncé, les 20–21 août, l’ouverture d’une enquête pour outrage sexiste.

À ce stade, l’identité de l’auteur n’est pas confirmée. La justice tranchera entre outrage sexiste et agression sexuelle selon les preuves.
À ce stade, l’identité de l’auteur n’est pas confirmée. La justice tranchera entre outrage sexiste et agression sexuelle selon les preuves.

Le 25 août, Charline Pradeau dépose plainte à Toulouse contre un individu qu’elle identifie comme Richard Dourthe, ancien international de rugby et consultant. Elle indique avoir reçu un message d’excuses. Les enquêteurs n’ont pas confirmé publiquement l’identité de l’auteur. La présomption d’innocence s’applique. Les Fêtes de Dax 2025 (Feria 2025 de Dax), organisées du 13 au 17 août (Ville de Dax), ont rassemblé une foule dense dans l’hypercentre, contexte qui rend plus probables les atteintes sexistes ou sexuelles.

Qui est Charline Pradeau ?

Charline Pradeau est une créatrice de contenus basée à Toulouse, active sur TikTok et Instagram. Ses comptes cumulent environ 130 000 abonnés. Elle publie des formats courts liés au quotidien et aux sorties. Après la diffusion des images tournées à Dax, elle a indiqué ne plus vouloir s’exprimer publiquement. De plus, elle dit recevoir des messages de haine sur les réseaux.

Charline Pradeau, créatrice toulousaine suivie par 130 000 abonnés. Plainte déposée le 25 août. Elle signale des messages de haine.
Charline Pradeau, créatrice toulousaine suivie par 130 000 abonnés. Plainte déposée le 25 août. Elle signale des messages de haine.

Le droit : de l’« outrage sexiste » à l’« agression sexuelle »

L’outrage sexiste réprime les propos ou comportements à connotation sexiste ou sexuelle. Ceux-ci portent atteinte à la dignité d’une personne, ou visent à la blesser, intimider ou humilier. Il s’agit d’une contravention passible d’une amende pouvant aller jusqu’à 1 500 €, portée à 3 750 € en cas d’aggravation (Service-public.fr, Légifrance).

À distinguer : l’agression sexuelle, définie par l’article 222-22 du Code pénal. Elle suppose un contact imposé caractérisé par la violence, la contrainte, la menace ou la surprise. Elle relève du délit ou du crime en cas de viol. Cela expose à des peines d’emprisonnement et à des amendes plus lourdes selon l’article 222-22. Dans les dossiers filmés puis diffusés en ligne, la qualification dépend d’éléments matériels comme la nature du geste. Elle dépend aussi du contexte dans lequel ces éléments sont observés. Elle repose aussi sur les propos tenus ainsi que des preuves réunies, incluant témoignages, vidéos et messages. Ici, le parquet évoque l’outrage sexiste, sous réserve des investigations.

Un phénomène documenté

En France, les violences sexuelles touchent majoritairement des femmes, en particulier les 18–24 ans. Les données publiques les plus récentes estiment à environ 230 000 le nombre de femmes majeures déclarant des violences sexuelles. Cependant, seules 6 % de ces femmes disent avoir déposé plainte pour ces violences au cours de l’année. Les faits enregistrés par la police et la gendarmerie ont augmenté en 2024. Ce décalage entre vécu et signalement demeure un angle mort des politiques publiques (sources : SSMSI/Interstats et Miprof – Arretons les violences).

Ce que révèle l’affaire de Dax

Les faits survenus à Dax interrogent d’abord la prévention en milieu festif. Qui, des organisateurs, des peñas, de la municipalité et des forces de l’ordre, porte la responsabilité opérationnelle ? La lisibilité des dispositifs (signalement, lieux de repli, équipes formées) et la capacité à intervenir rapidement conditionnent la confiance du public.

Ils posent ensuite la question du rôle des témoins. Le smartphone facilite la preuve mais peut retarder l’aide. Les recommandations des associations privilégient le réflexe protection : s’interposer sans violence si c’est possible. Ensuite, il est crucial d’alerter un référent. De plus, il faut préserver l’intimité de la victime avant toute captation.

La frontière entre « outrage sexiste » et « agression sexuelle » reste un point de tension : elle tient au contact, au consentement et au contexte (surprise, contrainte). D’où l’importance de former policiers, gendarmes et personnels de sécurité à la documentation des faits dès les premières minutes.

Enfin, la dimension numérique est devenue indissociable de ces affaires. Après avoir rendu publiques les images, la plaignante dit avoir reçu des messages de haine. La modération des plateformes, les mécanismes de signalement et l’accompagnement sont essentiels. Ils incluent un soutien juridique et psychologique pour éviter qu’une exposition virale redouble le préjudice.

Un cadre juridique en mouvement

En 2025, une proposition de loi visant à préciser la définition du viol et des agressions sexuelles est examinée au Parlement. Le Conseil d’État a rendu un avis et le Sénat instruit le texte (avis du Conseil d’État, dossier Sénat). L’objectif : clarifier le rôle du consentement et mieux prendre en compte les situations de sidération ou d’emprise. Des règles plus explicites pourraient sécuriser les parcours judiciaires des victimes comme des mis en cause.

À suivre

Les prochaines étapes concerneront les auditions de la victime, des témoins et des personnes identifiées sur les images. Ensuite, il y aura la vérification du message d’excuses évoqué pour s’assurer de sa validité. Enfin, la qualification pénale pourra être retenue ou ajustée selon les éléments recueillis. On observera aussi les mesures que les organisateurs des fêtes prendront éventuellement pour renforcer la prévention lors des futures éditions.

Pour en savoir plus

Besoin d’aide ? En cas d’urgence : 17 (Police secours) ; 114 par SMS. 3919 : numéro d’écoute anonyme et gratuit Violences Femmes Info. Tchat police-gendarmerie accessible via Service-public.fr.

Cet article a été rédigé par Émilie Schwartz.