
Le roi Charles III, photographié au château de Windsor en juillet 2023, se retrouve au centre d’un conflit de mémoire autour de Diana. Crédits : White House.
Paru le 22 septembre 2026 au Royaume-Uni, Swan Song : Diana, My Sister présente le récit personnel du frère de la princesse. Charles Spencer y met en cause l’attitude du futur roi après la mort de Diana, ce que Buckingham Palace conteste. Vingt-neuf ans après les funérailles, l’affrontement porte sur une conversation privée. Il concerne aussi la transmission d’une histoire familiale devenue un événement mondial.
Une accusation et une réponse sur la mémoire
Charles Spencer, neuvième comte Spencer et frère cadet de Diana, situe l’échange litigieux dans les préparatifs des funérailles de septembre 1997. Selon son récit, il s’est opposé au projet de faire marcher William et Harry derrière le cercueil de leur mère. Les princes avaient alors 15 et 12 ans. Il estimait que Diana n’aurait pas voulu leur imposer cette épreuve.
L’auteur affirme que le prince Charles s’est emporté au téléphone, avant de lui assurer qu’ils oublieraient rapidement Diana. Cette phrase alléguée, rapportée notamment par l’Associated Press, reste contestée par Buckingham Palace. Elle ne peut être présentée comme une parole du roi authentifiée indépendamment.
Dans sa déclaration, également rapportée par l’agence, le Palais rappelle sa réserve habituelle à l’égard des livres sur la famille royale. Il soutient que le deuil d’une sœur peut affecter le jugement. Le chagrin transformerait aussi les souvenirs, même des années plus tard. Cette réponse met en cause la fiabilité du témoignage de Spencer, sans livrer une reconstitution détaillée de l’appel.
La controverse a commencé avec la diffusion d’extraits avant la sortie du livre. Publié par Michael Joseph, au sein de Penguin Random House, l’ouvrage compte 384 pages dans son édition britannique. Son propos embrasse l’enfance commune, la vie publique de Diana et la semaine de sa mort.

Ce que Spencer maintient, ce qu’il interprète
Interrogé par Laura Kuenssberg pour la BBC, Charles Spencer a maintenu sa version. Il affirme se souvenir précisément des mots employés et dit avoir raconté l’échange à des proches dès l’époque. Cette assurance exprime sa position de témoin ; elle ne fournit pas, à elle seule, de confirmation indépendante d’une conversation entre les deux hommes.
L’entretien de Charles Spencer avec la BBC permet aussi de distinguer souvenir et interprétation. Le comte évoque un autre appel, passé dans les heures suivant la mort de Diana. Il décrit une légèreté de ton qui l’aurait heurté. Mais lorsqu’il prête au prince des pensées sur son avenir avec Camilla, il reconnaît ne pas pouvoir en être certain.
Cette nuance concerne les intentions qu’il attribue à son ancien beau-frère. Elle ne constitue pas un retrait de son affirmation sur les mots prononcés lors du désaccord sur les funérailles. Confondre les deux reviendrait à durcir son accusation ou, à l’inverse, à lui faire abandonner une version qu’il continue de défendre.
En 1997, une parole familiale déjà publique
Diana est morte à Paris le 31 août 1997, à 36 ans. Son mariage avec le prince Charles, célébré en 1981, s’était achevé par un divorce en 1996. Le 6 septembre 1997, William et Harry ont marché derrière son cercueil. Leur père, leur oncle Charles Spencer et leur grand-père, le prince Philip, les accompagnaient. La participation des deux adolescents appartient aux faits publics de cette journée. Les discussions privées qui l’ont précédée relèvent d’un autre niveau de preuve.
À l’abbaye de Westminster, Charles Spencer avait déjà donné à la mémoire de sa sœur une portée dépassant l’hommage familial. Dans son éloge funèbre du 6 septembre 1997, il promettait que les Spencer contribueraient à l’éducation de William et Harry. Il souhaitait préserver leur ouverture au monde, tout en affirmant respecter leur avenir royal.
Le discours célébrait également l’engagement de Diana auprès des personnes malades ou marginalisées. Il dénonçait aussi le traitement que lui avaient réservé les journaux. Spencer y présentait une personnalité dont l’influence ne dépendait pas d’un titre royal. Son intervention constituait ainsi une prise de position sur ce qui devait être transmis de sa sœur.
En 2026, il explique à la BBC que la fin de cette allocution répondait directement aux paroles qu’il attribue au prince Charles. Le texte de 1997 montre bien son refus de l’oubli. Il ne suffit toutefois pas à établir l’origine privée qu’il donne aujourd’hui à cette formulation.

Retrouver Diana avant la princesse
L’extrait officiel publié par Penguin le 21 septembre déplace le regard vers les années précédant le mariage. Charles Spencer raconte une adolescente dont l’humour et l’assurance s’affirment dans le cercle familial. Il évoque notamment un séjour du prince Charles à Althorp, en 1977, alors que celui-ci fréquentait leur sœur aînée Sarah.
Un autre épisode décrit une visite de Diana à son frère, élève à Eton, en novembre 1980. Selon Spencer, des photographes la suivaient jusque devant son école. Le déjeuner partagé devient, dans son récit, une courte parenthèse à l’abri de cette attention. Le lecteur découvre la naissance d’une célébrité depuis la place du cadet qui voit sa sœur devenir un sujet de presse.
Ce point de vue donne au livre son intérêt autobiographique. La famille Spencer, les repas, les visites et les habitudes précèdent le personnage royal. Mais la proximité affective organise aussi le récit : celui qui témoigne choisit les scènes, rapporte les dialogues et interprète les réactions. L’intimité apporte une perspective particulière, sans garantir l’exactitude de chaque souvenir.
L’hommage soumis à la discussion critique
Dans sa critique de Swan Song, publiée le 22 septembre dans le Guardian, Emma Brockes relève la tendresse de certains passages consacrés à Diana. Elle reproche aussi à l’auteur la place prise par ses propres griefs. Son jugement porte sur cette tension entre le portrait de la sœur disparue et celui du frère qui raconte.
La question de l’exactitude a déjà trouvé une illustration distincte de l’affrontement avec le Palais. Dans un communiqué de son porte-parole, Spencer a reconnu une erreur concernant Piers Morgan. Il lui avait attribué à tort la direction du Daily Mirror au moment de la publication de photographies intrusives de Diana, en 1993. Morgan n’a pris la tête du quotidien qu’en 1995. Le comte lui a présenté ses excuses sur ce point.
Cette erreur reconnue ne permet pas de trancher les autres affirmations du livre. Elle rappelle la nécessité d’examiner séparément une date vérifiable, un dialogue restitué et une intention supposée. Le désaccord avec Charles III concerne précisément ces deux dernières catégories, alors que la réponse du Palais conteste la fidélité du souvenir.
Spencer présente enfin ce livre comme sa dernière contribution personnelle au récit de la vie de Diana. À la BBC, il dit vouloir fixer sa version avant de se retirer de cette prise de parole. Le titre Swan Song, le chant du cygne, désigne aussi sa démarche d’auteur. Il veut laisser un témoignage familial que lecteurs, critiques et historiens pourront confronter aux autres traces de cette vie.