Procès de Vincent Cerutti : jeu potache ou atteinte sexuelle au travail ?

Hapsatou Sy et Vincent Cerutti avant leur rupture, révélée à la barre. Le 9 décembre 2025, l’ex-animateur comparaît à Paris pour des faits qualifiés d’atteinte sexuelle. Le parquet requiert six mois avec sursis et 10 000 € d’amende. Entre ’ jeu potache ’ revendiqué et geste imposé, le tribunal interroge la frontière du consentement au travail. Cerutti est présumé innocent.

Au tribunal correctionnel de Paris (juridiction pénale), le 9 décembre 2025, l’ex-animateur Vincent Cerutti a comparu pour des faits qualifiés d’atteinte sexuelle (qualification retenue), consécutifs à des morsures de fesses dénoncées par Caroline Barel, aujourd’hui vice-présidente de MeTooMedia (association). Parquet : six mois avec sursis et 10 000 € d’amende requis. Entre blague dite potache et atteinte à l’intimité, l’audience a déplacé la frontière du consentement au travail.

Une salle d’audience sous tension

La salle correctionnelle était comble en ce 9 décembre 2025, quand Vincent Cerutti, ex-voix matinale de Chérie FM et ancien visage de TF1, a pris place face aux juges du tribunal correctionnel de Paris (Paris), juridiction qui juge les délits en France. Les bancs bruissaient d’un murmure retenu, les regards glissaient sur l’homme au costume sombre, quadragénaire, qui s’avance pour répondre de faits qualifiés « d’atteinte sexuelle avec violence, contrainte, menace ou surprise ». À ses côtés, Antoine Vey défend une version dans laquelle tout relèverait d’un jeu « bon enfant ». Au premier rang, Hapsatou Sy, présente à l’audience, entrepreneure et personnalité télé, ex-compagne du prévenu, est venue témoigner d’un soutien discret, malgré une séparation qu’il a révélée à la barre. En face, Caroline Barel, ex-standardiste, aujourd’hui vice-présidente de l’association MeTooMedia, a redit la sidération, puis la longue descente qui a suivi.

Un froissement de toges, un raclement de gorge. Dans cette enceinte, chacun pèse ses mots. Réquisitions du parquet : peine avec sursis et amende (six mois d’emprisonnement avec sursis et 10 000 € d’amende), rappelle la présidente. Les crayons se taisent un instant, puis reprennent leur course. Le jugement sera rendu le 4 février 2026 à 13 h 30. Jusque-là, l’animateur demeure présumé innocent.

Les faits dénoncés et le débat sur la qualification

Au cœur du dossier, deux morsures de fesses dénoncées. La première, en novembre 2015, dans les locaux parisiens de Chérie FM (matinale) : selon Caroline Barel, Vincent Cerutti l’aurait saisie, plaquée au sol, mains dans le dos, avant de mordre sa fesse, provoquant un hématome documenté par une photographie jointe à la procédure. Ses cris auraient attiré un collègue. La seconde fois a eu lieu en février 2016, lors d’une photo de groupe. À ce moment-là, placé derrière elle, l’animateur l’aurait mordue de nouveau, plus discrètement. Le prévenu reconnaît les morsures, mais conteste leur dimension sexuelle. Il situe ces gestes dans un répertoire de blagues de bureau, un « jeu » qu’il dit partagé.

Tout l’enjeu de l’audience tient à cette bascule : là où la partie civile décrit des agressions non consenties dans un cadre hiérarchisé, la défense parle de potacherie. Le parquet, lui, insiste : les fesses constituent une zone intime, et le geste, lorsqu’il est imposé, emporte une connotation sexuelle. D’où la qualification retenue : atteinte sexuelle (qualification retenue), distincte en droit de l’agression sexuelle (mise en examen en 2023). D’autres médias s’y réfèrent parfois de manière imprécise. Le tribunal tranchera, et cette précision n’est pas seulement sémantique : elle dit le périmètre de la loi et la gradation des peines.

Paroles à la barre : sidération, honte et « jeu bon enfant »

À la barre, Caroline Barel parle d’une humiliation qui s’est enkystée. Elle mentionne un arrêt de travail, un suivi psychologique et des traitements par antidépresseurs et anxiolytiques. De plus, elle parle d’un état dépressif ainsi que des idées sombres qu’elle dit avoir traversés après les faits. Sa voix s’élève sans pathos, mais les mots demeurent lourds. Elle replace l’épisode dans une ambiance de travail « potache », où l’alcool circulait parfois, où l’animateur aimait « faire rire », souvent aux dépens des corps.

Vincent Cerutti, ancien visage de TF1 et de Chérie FM, dit assumer une blague de bureau sans intention sexuelle. La plaignante, Caroline Barel, décrit deux morsures et leurs suites psychiques. Témoignages, pouvoir symbolique et culture d’équipe s’entrechoquent. La justice tranchera en début d'année prochaine le sens d’un geste et la place du consentement en entreprise.
Vincent Cerutti, ancien visage de TF1 et de Chérie FM, dit assumer une blague de bureau sans intention sexuelle. La plaignante, Caroline Barel, décrit deux morsures et leurs suites psychiques. Témoignages, pouvoir symbolique et culture d’équipe s’entrechoquent. La justice tranchera en début d’année prochaine le sens d’un geste et la place du consentement en entreprise.

Vincent Cerutti répond en reliant ces gestes à un folklore de rédaction, aux « chahuts » d’une équipe rapprochée par les aurores d’une matinale. Il cite le slogan, « Tout cul tendu mérite son dû », et assume un sens de la blague. Cependant, il nie toute intention sexuelle et explique n’avoir jamais reproduit ces gestes dans l’intimité. Il assure qu’ils n’appartiennent pas à sa vie privée. Il avance enfin une carrière à l’arrêt, dit-il, depuis la médiatisation de l’affaire : plus de studios, plus d’antenne, une image écornée.

Une culture de rédaction mise en cause

Au fil des témoignages, une culture d’entreprise apparaît, décrite comme « potache » par plusieurs salariés. En effet, l’esprit d’équipe se confondait souvent avec les familiarités physiques. Un témoin, qui fut collègue, affirme que « 90 % de l’équipe » aurait connu ces morsures. D’autres disent le malaise éprouvé, le caractère inapproprié de ces gestes dans un cadre professionnel. La défense souligne pour sa part que la plaignante aurait elle-même participé à des jeux de morsures avec des collègues. La partie civile rétorque que l’argument du « tout le monde y jouait » n’efface pas la question essentielle : qui consent, quand, et à quoi ?

Dans la société française de l’après #MeToo, ces scènes, hier tolérées, se heurtent à une vigilance accrue. Le consentement est devenu un repère cardinal au travail, dans les rédactions comme ailleurs. L’audience a involontairement rappelé la hiérarchie des infractions, soulignant l’importance du pouvoir de la figure médiatique. En effet, son influence sur les plus juniors est significative. La présidente rappelle que la plaisanterie, pour demeurer, suppose une liberté égale des protagonistes. La blague cesse lorsqu’elle blesse.

Une longue procédure, aux bifurcations successives

Le parcours judiciaire illustre la lenteur et les seuils d’un dossier sensible. Décembre 2017 : première plainte de Caroline Barel. Juin 2019 : classement sans suite. Mai 2020 : nouvelle plainte avec constitution de partie civile, qui ouvre une information judiciaire. En 2023, Vincent Cerutti est mis en examen pour agression sexuelle (mise en examen en 2023). Viendra ensuite le renvoi devant le tribunal correctionnel pour atteinte sexuelle (qualification retenue). 9 décembre 2025 : audience au cœur de l’hiver parisien, salle pleine, témoins et avocats se succèdent. Cette chronologie n’est pas qu’un ruban de dates : elle dit la résistance des versions, le poids des mots, l’exigence de preuve.

Les lignes de défense et la stratégie du doute

Pour Antoine Vey, l’enjeu est de désamorcer la sexualisation du geste. Il plaide la maladresse, la désinvolture, la culture d’équipe, l’absence d’intention de blesser. Il dénonce un « lynchage médiatique » et la polarisation du débat public autour des violences sexuelles dans l’audiovisuel. Par ailleurs, il souligne une confusion croissante entre la liberté de ton et la transgression pénalement répréhensible. L’argumentaire se déploie en deux volets : minimiser la portée des morsures, relativiser la charge symbolique de la partie du corps visée.

En correctionnelle, le ministère public souligne la zone intime visée et la réitération des faits. Cependant, la défense plaide le malentendu et dénonce un lynchage médiatique. Le délibéré est attendu le 4 février 2026 à 13 h 30. Au-delà du cas Cerutti l’audience éclaire l’après #MeToo et la responsabilité des figures médiatiques.
En correctionnelle, le ministère public souligne la zone intime visée et la réitération des faits. Cependant, la défense plaide le malentendu et dénonce un lynchage médiatique. Le délibéré est attendu le 4 février 2026 à 13 h 30. Au-delà du cas Cerutti l’audience éclaire l’après #MeToo et la responsabilité des figures médiatiques.

Le ministère public, lui, insiste sur la réitération des gestes, leur cible et leur cadre : une collègue, dans un lieu de travail, hors de tout jeu consenti. La partie civile, portée par Samya Bouiche, met en récit l’impact psychique, la sidération, la honte et la mise en danger d’une salariée qui se savait sans levier. Au-delà du cas d’espèce, l’avocate rappelle l’asymétrie entre animateur vedette et membres de l’équipe. De plus, elle souligne la difficulté pour les témoins de nommer ce qu’ils ressentent quand l’ambiance « dérape ».

Une séparation rendue publique à la barre

Au détour des questions de personnalité, Vincent Cerutti a confirmé s’être séparé d’Hapsatou Sy depuis environ un an et demi. Il a pris soin d’insister sur le maintien de bons termes pour l’éducation de leurs enfants, Abbie et Isaac. En outre, il a souligné que ces gestes n’ont aucune place dans sa vie intime. L’information, livrée dans le seul cadre de l’audience, fonctionne ici comme un élément contextuel : elle éclaire un moment de vie, mais ne dit rien du fond. La présidente recentre. Les questions reprennent, et l’on revient au droit.

Consentement, culture et responsabilité

L’audience aura rappelé que le consentement n’est pas un ambianceur tacite, mais une expression claire. De plus, il peut se retirer à tout moment. Un jeu cesse d’en être un si l’un refuse. Par ailleurs, le silence n’a jamais signifié l’adhésion. En outre, la peur ou la hiérarchie contraignent. Qu’un cadre professionnel implique une vigilance particulière, surtout lorsque l’on occupe une position d’exposition ou d’autorité.

Dans l’audiovisuel comme ailleurs, la notoriété n’exonère pas de la règle commune. MeTooMedia (association), dont Caroline Barel est devenue vice-présidente, milite pour que ce rappel cesse d’être vécu comme une gêne pudibonde et soit compris comme une norme de sécurité. L’association cite des formats de prévention et de formation qui émergent dans les rédactions. Les directions, de leur côté, apprennent à documenter les écarts, à écouter sans disqualifier, à agir sans outrance.

Le poids des mots et le temps de la justice

À l’heure où les réseaux compressent tout en hashtags, le tribunal, lui, déplie. Il réinscrit les mots dans le droit : « atteinte » n’est pas « agression », « plaisanterie » n’est pas « consentement ». Il recalibre l’espace du travail en espace protégé. À l’issue des réquisitions, les regards se croisent, les journalistes notent, les avocats recomposent. L’animateur réaffirme qu’il ne s’agit, pour lui, que d’un jeu de bureau malheureusement mal compris. La plaignante, elle, demande que la souffrance vécue cesse d’être un non-événement.

Le 4 février 2026, le verdict dira ce qui, en droit, sépare la gauloiserie de l’atteinte, la familiarité de la contrainte. D’ici là, le principe de présomption d’innocence s’impose, et la prudence s’impose aussi dans les mots. C’est la responsabilité de quiconque écrit sur ces vies en suspens.

Cet article relate une audience publique et des positions contradictoires. Vincent Cerutti est présumé innocent jusqu’au prononcé du jugement en Février 2026.

Cet article a été rédigé par Émilie Schwartz.