Guerre Iran–États-Unis : Cazeneuve accuse Trump d’une faute stratégique aux conséquences régionales majeures

En gros plan, Bernard Cazeneuve esquisse un sourire derrière ses lunettes. L’ancien Premier ministre porte désormais une critique sévère de la stratégie américaine en Iran. Crédits : Jérémy Barande / École polytechnique Université Paris-Saclay / CC BY-SA 2.0.

En gros plan, Bernard Cazeneuve esquisse un sourire derrière ses lunettes. L’ancien Premier ministre porte désormais une critique sévère de la stratégie américaine en Iran. Crédits : Jérémy Barande / École polytechnique Université Paris-Saclay / CC BY-SA 2.0.

Invité du « Face-à-Face » de BFMTV et RMC lundi 20 juillet, l’ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve s’est exprimé sur l’Iran. Il a qualifié de « faute considérable » la poursuite des frappes américaines contre l’Iran. Son accusation intervient après une neuvième nuit d’opérations annoncée par l’armée américaine. Les ripostes iraniennes atteignent plusieurs États du Golfe. Les deux camps disent encore laisser une porte ouverte aux négociations.

Deux extraits, une critique sans ambiguïté

Dans un premier extrait de l’entretien, Bernard Cazeneuve revient sur les frappes contre l’Iran. Pendant cette séquence d’une minute et demie, il juge que Donald Trump a « fait une faute considérable ». La vidéo a été diffusée à 8 h 54 sur BFMTV, au cours du même entretien matinal retransmis avec RMC.

Trois minutes plus tard, un second extrait précise la nature de son reproche. L’ancien chef du gouvernement affirme : « Les États-Unis ne savent plus contrôler la situation qu’ils ont contribué à créer eux-mêmes. » Sa critique vise donc moins un épisode isolé que l’enchaînement des frappes, des représailles et de leur extension régionale.

Les pages publiées ne livrent toutefois pas la transcription intégrale de ses réponses. Elles ne permettent ni de reconstituer tout son raisonnement, ni de lui attribuer une proposition diplomatique précise. Les deux formules établissent une condamnation politique nette, pas une qualification juridique des opérations.

À Arromanches, Bernard et Véronique Cazeneuve assistent aux commémorations du 70e anniversaire du Débarquement, le 6 juin 2014. Au premier rang, le couple partage la solennité de l’hommage. Crédits : UK in France / CC BY 2.0.
À Arromanches, Bernard et Véronique Cazeneuve assistent aux commémorations du 70e anniversaire du Débarquement, le 6 juin 2014. Au premier rang, le couple partage la solennité de l’hommage. Crédits : UK in France / CC BY 2.0.

Une neuvième nuit de frappes, des ripostes dans le Golfe

Dans un communiqué officiel publié dimanche 19 juillet, le Commandement central américain (CENTCOM) annonce une neuvième soirée consécutive de frappes contre l’Iran. Il dit chercher à dégrader les capacités militaires iraniennes utilisées contre les navires de commerce et leurs équipages dans le détroit d’Ormuz. Après l’opération, le CENTCOM énumère les cibles visées : centres de commandement, défenses aériennes et côtières, moyens navals. Il cite aussi des sites de lancement de missiles et de drones ainsi que des réseaux de communication.

Le conflit a continué de déborder du territoire iranien lundi. D’après le dernier état des lieux de l’Associated Press, les frappes américaines ont notamment touché les environs de Tabriz. Cette ville se trouve dans le nord-ouest de l’Iran. L’Iran a pour sa part lancé des attaques vers Bahreïn et le Koweït. Les autorités de ces deux pays ont respectivement déclenché leurs alertes et fait état d’interceptions.

Dans le détroit d’Ormuz, un navire a pris feu près des côtes d’Oman après avoir été atteint par un projectile. Le signalement vient de l’organisme britannique de sécurité maritime UKMTO. Son équipage a pu l’abandonner. L’origine du tir n’était pas établie dans ce premier signalement. Cet incident illustre l’un des enjeux centraux du conflit : la sécurité d’une voie maritime essentielle aux exportations mondiales d’hydrocarbures.

Un cessez-le-feu devenu caduc

Le regain des combats intervient un peu plus d’un mois après le protocole d’accord du 17 juin. Ce texte devait prolonger le cessez-le-feu et faciliter la circulation commerciale dans le détroit d’Ormuz. Il devait aussi ouvrir des discussions sur une fin durable de la guerre, notamment sur le programme nucléaire iranien. Donald Trump a déclaré cette trêve terminée le 8 juillet, après de nouvelles attaques contre des navires attribuées à l’Iran.

Les deux camps se renvoient depuis la responsabilité de la rupture. Les autorités américaines présentent leurs opérations comme une réponse aux attaques contre la navigation et comme un moyen de réduire les capacités militaires iraniennes. Téhéran soutient au contraire que les États-Unis ont violé leurs engagements et présente ses tirs comme des représailles. Ces versions doivent rester attribuées : elles ne constituent pas, à elles seules, un récit commun des faits.

La stratégie américaine combine ainsi pression militaire et objectif diplomatique déclaré. Elle vise à sécuriser le détroit, à contenir les moyens d’action iraniens et à ramener Téhéran à la table des négociations. Or les ripostes s’élargissent dans le Golfe et les frappes se poursuivent. Pour l’heure, cette pression n’a pas refermé le conflit.

Cazeneuve rejoint la ligne française, puis la durcit

La mise en garde de Bernard Cazeneuve rejoint l’objectif de désescalade défendu par les autorités françaises. Le Quai d’Orsay avait déclaré le 9 juillet que « toutes les frappes » étaient « inacceptables ». Le ministère appelait alors au retour au calme et aux négociations. Il rappelait aussi que la séquence avait commencé par des attaques iraniennes contre des navires, suivies de représailles américaines.

Cazeneuve va néanmoins plus loin que cette position institutionnelle. En désignant une « faute » de Donald Trump, il attribue au président américain une responsabilité stratégique dans l’escalade. Il lui reproche aussi de ne plus en maîtriser les conséquences. C’est un jugement politique sur l’efficacité et le risque de cette ligne. Il se distingue du langage diplomatique français, qui condamne les frappes sans réduire la crise à l’action d’un seul camp.

Une issue négociée n’est pas officiellement écartée. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a affirmé dimanche que les États-Unis restaient ouverts à des discussions. Il a précisé qu’elles devaient être « réelles ». Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, a confirmé lundi la réception de propositions transmises par des médiateurs. Il n’en a pas dévoilé le contenu. Cette porte entrouverte coexiste avec des opérations militaires toujours plus larges. La critique de Bernard Cazeneuve place précisément ce décalage au centre du débat français.

Cet article a été rédigé par Christian Pierre.