
À Créteil, un juge d’instruction du tribunal judiciaire de Créteil a mis en examen, le 24 novembre 2025, le comédien et metteur en scène Philippe Caubère, 75 ans, pour proxénétisme, fait contester par l’intéressé. La plaignante, l’actrice Agathe Pujol, l’accuse de l’avoir contrainte à des relations sexuelles tarifées organisées via des annonces. L’enquête, confirmée publiquement le 11 décembre par le parquet de Créteil, se poursuit sous contrôle judiciaire. L’instruction devra trancher à l’épreuve des pièces et de la contradiction.
Les faits rapportés par la justice et par les médias
Le parquet de Créteil a confirmé, le 11 décembre 2025, la mise en examen de Philippe Caubère pour proxénétisme, notifiée le 24 novembre par un juge d’instruction. L’acteur, âgé de 75 ans, est libéré sous contrôle judiciaire (avec obligations et interdictions précisées). De plus, il lui est interdit d’entrer en contact avec les plaignantes. La défense conteste l’ensemble des accusations et rappelle le caractère provisoire des qualifications retenues à ce stade.

Cette nouvelle mise en examen survient en plus d’un premier volet ouvert en février 2024. Celui-ci concerne des accusations de viols, agressions sexuelles et corruption de mineurs. Ces accusations visent trois plaignantes. La procédure est en cours d’instruction et aucune condamnation n’a été prononcée : la présomption d’innocence s’applique pleinement.
Ce que dit la plaignante
D’après la comédienne Agathe Pujol, plaignante citée par les médias, Philippe Caubère l’aurait contrainte à avoir des relations sexuelles tarifées avec des « centaines d’hommes », au fil de plusieurs années. Le mécanisme décrit reposerait sur la publication d’annonces en ligne et l’organisation répétée de rencontres. La jeune femme situe certains faits allégués au domicile de clients. De plus, elle mentionne le bois de Vincennes comme lieu d’autres incidents. Elle cite également le domicile du comédien comme un des endroits concernés. Enfin, une résidence des Bouches-du-Rhône est aussi mentionnée. Ces éléments sont rapportés au conditionnel, attribués à la plaignante et contestés par la défense.
Selon les informations de presse, l’instruction viserait le chef de proxénétisme. De plus, ce chef serait entendu dans son acception la plus large. Cela inclut avoir « prostitué » une personne « par aide, assistance, protection, embauche, entraînement ou détournement ». Là encore, il s’agit d’une qualification provisoire, qui devra être confrontée aux éléments recueillis et aux droits de la défense.
La position de la défense
Philippe Caubère conteste les accusations. D’après les médias qui ont pu s’entretenir avec son entourage, il soutient que les relations étaient consenties. Lors de la révélation publique, Me Fanny Colin est l’avocate impliquée dans ce dossier. Cependant, elle n’a pas souhaité commenter. Par ailleurs, un volet distinct de la procédure concerne la « soustraction ou altération » d’élément de preuve. Me Marie Dosé a été mise en examen à l’automne 2025. Elle est l’ex-avocate de l’acteur. L’intéressée conteste pour sa part toute intention de faire obstacle à la manifestation de la vérité.
Mise en examen : définition et droits de la défense
En droit pénal français, la mise en examen intervient lorsqu’il existe des indices graves ou concordants. Ceux-ci rendent vraisemblable la participation d’une personne à la commission d’une infraction. Elle n’emporte pas culpabilité. Elle ouvre des droits : accès au dossier, possibilité de demander des actes, de contester les expertises, de solliciter des confrontations. L’information judiciaire est conduite par un juge d’instruction assisté de la police judiciaire. Elle est contrôlée par la chambre de l’instruction. À l’issue, plusieurs issues sont possibles : non-lieu, renvoi devant un tribunal correctionnel ou une cour d’assises, ou ordonnance de requalification. Selon les cas, une personne peut être témoin assisté avant une éventuelle mise en examen.
Un calendrier procédural déjà dense
L’affaire s’inscrit dans un temps long qui commence en février 2024, lorsque Philippe Caubère est mis en examen pour viols, agressions sexuelles et corruption de mineurs visant trois plaignantes. Le dossier chemine ensuite jusqu’au 19 mars 2025, date à laquelle la chambre de l’instruction intervient. La cour d’appel de Paris annule les procès-verbaux de garde à vue pour vice de procédure. Cette décision ne met pas fin à l’enquête : l’instruction se poursuit sur la base d’autres éléments, et l’acteur conserve son statut de mis en examen. Le 24 novembre 2025, un juge d’instruction de Créteil lui notifie une nouvelle mise en examen pour proxénétisme. Le 11 décembre 2025, le parquet de Créteil confirme publiquement cette évolution, précisant le cadre du contrôle judiciaire. Cette chronologie aide à distinguer l’état de la procédure, encore inachevée, des allégations âprement contestées et des décisions de justice déjà rendues.
La parole de la plaignante, une pièce du dossier parmi d’autres
La plaignante Agathe Pujol, comédienne, a témoigné publiquement. Elle dit avoir subi une emprise ancienne, mêlant menaces, violences et contrôle. Selon elle, le proxénétisme n’aurait pas été un épisode isolé mais un système destiné à la « libérer ». Ce système aurait prétendument servi son ambition d’actrice, bien que ce motif allégué soit récusé par la défense. La justice, dans ces dossiers sensibles, s’attache à recouper les déclarations. Elle cherche aussi à objectiver les dires en examinant messages, traces numériques, témoignages et documents. De plus, elle veille à garantir la contradiction.
Il est essentiel de se souvenir que, dans les cas de violences sexuelles, la preuve repose souvent sur un faisceau d’indices. Cela inclut la régularité des récits et les corroborations matérielles. De plus, la cohérence temporelle et la concordance entre différents témoignages sont également pris en compte. La durée de l’instruction peut être longue, au rythme des actes d’enquête et expertises : il s’agit d’établir, patiemment, des faits.
Un artiste de théâtre au long cours
Figure singulière de la scène française, Philippe Caubère s’est fait connaître au cinéma dans le rôle de Molière chez Ariane Mnouchkine (Molière, 1978), puis par ses seuls-en-scène autobiographiques, dont Le Roman d’un acteur. Il a sillonné théâtres et festivals, porté par une écriture scénique très personnelle. Cette biographie d’artiste n’exonère en rien des exigences du droit. Elle contextualise la notoriété du mis en examen et explique l’ampleur des réactions suscitées par ces révélations.
Proxénétisme : définitions légales et éléments constitutifs
Le Code pénal définit et réprime le proxénétisme de multiples manières. La loi vise non seulement l’exploitation organisée d’autrui, mais également le fait de faciliter la prostitution d’autrui. De plus, elle vise aussi à aider ou protéger cette activité. La qualification retenue par l’instruction qui pourra évoluer semble se rattacher à cette notion élargie. Les débats judiciaires porteront sur la contrainte alléguée et l’éventuel profit tiré des actes. De plus, l’organisation de la mise en relation sera examinée, autant d’éléments constitutifs qui devront être documentés.
Le volet des preuves contesté
Un volet séparé concerne une possible altération ou soustraction d’élément de preuve « pour faire obstacle à la manifestation de la vérité ». La mise en examen de Me Marie Dosé, ex-conseil de l’acteur, illustre la sensibilité de ce terrain : la déontologie des avocats, leurs prérogatives et la protection du secret professionnel s’y confrontent aux nécessités de l’enquête. Les juges devront déterminer, sur pièces, si des documents ont réellement été soustraits ou détruits, par qui et dans quelle intention. Là encore, rien n’est jugé.
Contrôle judiciaire et garanties procédurales
Le fait d’être laissé libre sous contrôle judiciaire signifie que des obligations ont été imposées : ne pas entrer en contact avec les plaignantes, répondre aux convocations, parfois ne pas se rendre dans certains lieux. Certaines mesures de contrôle judiciaire peuvent inclure un pointage périodique auprès des autorités. Ce cadre a une double finalité : prévenir toute pression sur les témoins ou les parties civiles. En outre, il doit assurer la disponibilité de la personne mise en examen pour les besoins de l’enquête.
Un dossier emblématique d’un débat plus large
Depuis l’essor de #MeToo dans le théâtre et le cinéma, une exigence de responsabilité traverse le milieu culturel. Le cas Caubère s’inscrit dans ce contexte : paroles libérées, dispositifs d’écoute, politiques de prévention dans les écoles d’art et les scènes nationales. Les professionnels s’interrogent sur les frontières entre pouvoir pédagogique, emprise et abus. Ils questionnent également la gestion des carrières de figures adulées. De plus, ils examinent la réparation attendue par les victimes. Ces débats, légitimes, ne préjugent pas de la culpabilité d’un individu, ils éclairent un climat et une évolution des normes.
Méthode et prudence : distinguer les registres
Parce que cette affaire mêle intimité et exposition médiatique, l’écriture exige une séparation nette des plans. D’un côté se tiennent les faits de procédure : dates, décisions, qualifications retenues par l’instruction. À côté figurent les allégations des plaignantes, systématiquement attribuées et vérifiées lorsque des pièces les corroborent. En vis-à-vis la position de la défense s’énonce clairement : elle conteste et fait valoir ses droits, demandes d’actes à l’appui. Enfin, les décisions déjà rendues telle l’annulation de certaines pièces en mars 2025 se rapportent sans extrapolation. Cette rigueur protège à la fois les droits des personnes et la qualité de l’information.
Ce qui reste à établir
Les prochains mois devront apporter des clarifications sur plusieurs points déterminants. La justice cherchera à préciser la réalité des contraintes alléguées et la possible stratégie d’emprise. Elle examinera l’organisation matérielle de rencontres tarifées : qui publiait les annonces, qui prenait contact, qui fixait les conditions, qui en tirait profit. L’existence de flux financiers, leur destinataire et leur ampleur seront analysées. Les pièces attendues annonces, correspondances, captures, témoignages de tiers devront être corroborées et replacées dans une cohérence temporelle. Les éléments de personnalité pourront être éclairés par des expertises. La défense, de son côté, dispose de la faculté de solliciter contre-expertises et auditions complémentaires, afin d’éprouver contradictoirement l’accusation.
Peines encourues et cadre légal
À titre indicatif, le proxénétisme est un délit ou un crime selon ses formes. Il est passible de peines d’emprisonnement et d’amendes. Ces peines sont aggravées en cas de mineures ou de circonstances aggravantes comme violences, bande organisée, profits tirés, etc. Les juridictions évaluent la gravité des faits, leur durée, l’ampleur de l’éventuelle exploitation et les conséquences pour la victime. Ces indications ne préjugent nullement du sort de la présente affaire, elles visent à situer les enjeux pénaux.
Les prochaines étapes possibles
L’instruction peut se prolonger par des expertises ou des auditions supplémentaires. Elle inclut aussi des confrontations ou des réquisitions techniques comme les données numériques, la téléphonie et les plateformes d’annonces. Par ailleurs, la défense peut demander des contre-expertises et produire des pièces. Elle peut aussi solliciter des nullités ou un dépaysement si elle estime que l’impartialité est menacée. Au terme de l’information, le parquet prendra ses réquisitions (non-lieu, renvoi), et le juge rendra une ordonnance.
Réactions et responsabilités dans le monde culturel

Dans le théâtre comme au cinéma, les institutions adoptent progressivement des chartes pour prévenir les violences. De plus, elles mettent en place des référents et organisent des formations spécifiques contre le harcèlement. Plusieurs lieux annoncent des dispositifs d’écoute et des protocoles de signalement. Ces mouvements, nourris par des témoignages, invitent à repenser les rapports de pouvoir dans la pédagogie et la direction d’acteurs. Ils n’ont pas vocation à se substituer à la justice, ils dessinent un cadre éthique renouvelé.
Procédure en cours : faits, droit et présomption d’innocence
À ce stade, l’affaire Caubère est une procédure pénale en cours. La clarté impose de nommer les statuts, comme plaignante ou mise en examen, pour plus de précision. Il faut distinguer les allégations des décisions prises par la justice. De plus, il est essentiel de rappeler la présomption d’innocence. Le déroulé de l’instruction, ses vérifications et ses contradictions, dira si les indices se changent en preuves ou s’évanouissent. En attendant, il convient de se tenir aux faits, au droit, et à la mesure.