
Catherine Ribeiro, chanteuse iconoclaste et militante infatigable, s’est éteinte dans la nuit du 22 au 23 août 2024 à l’âge de 82 ans, dans une maison de retraite à Martigues (Bouches‑du‑Rhône). Pendant des décennies, cette fille d’immigrés portugais, née dans la banlieue lyonnaise, a marqué le rock français.
Une présence scénique inoubliable
Ribeiro, c’était d’abord une présence scénique inoubliable. Toujours vêtue de noir, les poings serrés, elle arrivait sur scène avec une frange cachant en partie ses yeux noirs. Sa voix grave et puissante, mêlée à des musiques envoûtantes, reflétait son âme perpétuellement en lutte. Ses performances étaient plus que des concerts : des manifestations d’un esprit révolté, une explosion de colère et d’amour, de poésie et de désespoir. Catherine Ribeiro ne chantait pas, elle incarnait la révolte, l’insoumission viscérale.
Des origines marquées par la lutte
Née dans une famille modeste, Catherine grandit à Saint‑Fons, près de Lyon. Son père est ouvrier communiste et sa mère illettrée, a une belle voix de fado. Ensemble, ils lui transmettent une sensibilité à fleur de peau. Cette enfance difficile, marquée par les fumées des usines et les grèves, forge en elle une rage inextinguible. On la retrouvera plus tard dans ses chansons.
Une carrière musicale hors des sentiers battus
Dans les années 60, après un passage remarqué au cinéma – notamment dans Les Carabiniers de Jean‑Luc Godard – Catherine Ribeiro fait ses débuts dans la chanson. Très vite, elle refuse de se laisser enfermer dans le moule du yéyé. Avec Patrice Moullet, elle crée le groupe Alpes, explorant des voies musicales audacieuses mêlant rock, musique expérimentale et poésie. Ensemble, ils publieront neuf albums reflétant leurs engagements politiques, sociaux et écologiques.
Une artiste libre et radicale
Ribeiro se définissait comme « libre et libertaire », refusant tout compromis. Les médias la boudent ? Qu’importe : Ribeiro et Alpes remplissent l’Olympia, Bobino, et trouvent leur public. Leur musique, tour à tour révoltée et poétique, laisse une empreinte durable sur le rock français.
Une influence transatlantique
Au‑delà des frontières, la chanteuse a aussi marqué la scène indépendante américaine. Kim Gordon (Sonic Youth) la cite parmi ses influences majeures, louant « sa voix incroyable », tandis que Weyes Blood salue une « voix extrêmement puissante, sauvage et improvisée ». Pour répondre à cette ferveur, le label new‑yorkais Anthology Recordings a réédité en 2018 trois albums essentiels de Ribeiro + Alpes (N°2, Âme Debout, Paix), offrant au public américain la première parution officielle de ces disques outre‑Atlantique.
Un héritage de révolte
L’héritage de Catherine Ribeiro ne se résume pas à sa musique : c’est une posture intransigeante face au monde. Pasionaria rouge que la chanson française a parfois délaissée, elle n’a jamais courbé l’échine devant le show‑business. Pour celles et ceux qui l’ont connue ou simplement écoutée, elle restera la panthère indomptable.
Une perte immense, un esprit toujours vivant
À l’heure où les voix audacieuses se font plus rares, la disparition de Catherine Ribeiro résonne comme une perte immense. Mais ses chansons, ses engagements et son esprit courent toujours.
Chansons de Catherine Ribeiro – les incontournables
| Année | Titre | Support d’origine | Remarques |
|---|---|---|---|
| 1969 | Sœur de race | 45‑tours « Sœur de race / Voyage 1 » | Premier single marquant, texte antiraciste. |
| 1970 | Thème en bref | 45‑tours « Thème en bref / Silen Voy Kathy » (enregistré live) | Expérimentation vocale et percussions improvisées. |
| 1972 | Roc alpin | Album Paix + 45‑tours promo | Instrumental énergique, unique morceau avec batterie « classique ». |
| 1972 | Jusqu’à ce que la force de t’aimer me manque | Album Paix + 45‑tours (face A) | Ballade fiévreuse, souvent citée comme porte d’entrée accessible. |
| 1972 | Paix | Album Paix | Pièce‑monstre de 15 min 50 s, sommet progressif du groupe. |
| 1972 | Un jour… la mort | Album Paix | Suite de 24 min inspirée par le rapport à la mort ; culte chez les fans. |
| 1974 | La petite fille aux fraises | 45‑tours « La petite fille aux fraises / L’ère de la putréfaction » | Chanson‑manifeste sur l’innocence menacée. |
| 1975 | Une infinie tendresse | 45‑tours « Une infinie tendresse / Prélude médiéval » | Parenthèse plus douce au milieu d’une discographie souvent abrasive. |