
Le 17 décembre 2025, à 21 h 10, France 2 a diffusé L’Amiral, épisode inédit de Capitaine Marleau réalisé par Josée Dayan, dans la série créée par Elsa Marpeau. Corinne Masiero y enquête sur la mort de Clara Santini, retrouvée sans vie au bord d’un lac en Savoie, alors que la commune se déchire entre projet social et ambition touristique. Selon Toutelatele, ce retour, proposé un mercredi, a réuni 4,34 millions de téléspectateurs pour 25,4 % de part d’audience.
Une programmation déplacée, un personnage qui ne bouge pas
Changer de jour, c’est toucher à un rituel. France 2 l’a fait pourtant, sans casser l’essentiel. Marleau revient avec la même étrangeté douce, ce mélange de comédie oblique et de gravité souterraine qui la distingue dans la cohorte des enquêtes bien peignées.
Ce retour dit aussi quelque chose du service public quand il réussit sa fiction. Une série parvient à fédérer sans se lisser. Elle réussit à faire cohabiter la blague et le trouble. De plus, elle parle du pays sans passer par le commentaire. Marleau n’a pas l’air d’une héroïne modèle, c’est précisément pour cela qu’elle tient. Elle débarque en décalage et occupe la scène de travers. Tout à coup, le décor, les notables et les phrases bien repassées perdent leur assurance.
Dès les premières scènes, tout est là. Elle plaisante pour désarmer et observe afin de frapper juste. Ensuite, elle parle trop vite puis se tait longtemps. Marleau ne collecte pas seulement des indices, elle fissure des versions. Elle prend le détour pour atteindre le point.
Le lac savoyard, décor qui accuse
L’épisode s’ouvre sur une image froide. Clara Santini est retrouvée morte près de l’eau, parfois dans un canoë selon les résumés publiés avant diffusion. La mise en scène refuse le tapage. Elle filme le lieu comme un témoin qui n’aurait rien demandé, mais qui sait tout.
Le tournage a eu lieu en Savoie du 24 septembre 2024 au 11 octobre 2024. De plus, cela se reflète dans la manière dont l’épisode accorde au paysage sa durée. Ici, la nature n’embellit pas, elle enferme. Plus l’eau paraît lisse, plus la commune semble tenir ses secrets à deux mains.
Cette attention au territoire, Capitaine Marleau l’a cultivée depuis le 15 septembre 2015. Le crime n’y tombe pas du ciel. Il traverse des liens, des dettes, des réputations. Il oblige chacun à se situer.
Solidarité contre rentabilité, un conflit très contemporain
Le cœur dramatique de L’Amiral tient dans une opposition lisible. Clara portait, avec Gabin Vauthier, officier de marine surnommé l’Amiral et incarné par Jacques Bonnaffé, un projet de base nautique pour des enfants défavorisés. Face à lui, une logique de vitrine, celle qui veut rentabiliser les berges et vendre le calme.

Le scénario évite la leçon. Tout passe par les conversations, les sourires qui se figent, les justifications trop polies. On comprend vite que l’affaire n’est pas seulement criminelle. Elle touche à la propriété symbolique d’un lieu. Qui décide. Qui profite. Qui sera prié de se taire.
Marleau, elle, agit comme un révélateur. Elle laisse parler, puis attend le détail de trop. Dans ce théâtre de proximité, la vérité se trahit moins par un aveu que par une émotion mal placée.
Jacques Bonnaffé, et l’art d’être respectable
Le titre de l’épisode est un leurre élégant. L’Amiral désigne un homme, mais aussi une posture. Bonnaffé joue cette autorité avec une fragilité qui affleure. Le prestige rassure le village, donc menace l’enquête. Marleau regarde l’homme sous l’emblème, et l’emblème sous l’homme.
Clara forme un trio avec Gabin et Jade, une adolescente impliquée dans des vols. Ainsi, l’intrigue déplace progressivement le soupçon. Elle avance à l’ancienne, par contradictions, par visages, par demi-vérités qui s’emmêlent.
Le partenaire régulier, Bérot, interprété par Lorànt Deutsch, accentue le rythme. Il rappelle la procédure, Marleau cherche la faille. Entre les deux, l’épisode trouve son pas.
Et puis il y a ce plaisir très Marleau, celui des invités qui ne viennent pas seulement faire un tour de piste. La série a toujours aimé offrir à des comédiens un terrain où l’on peut être respectable, trouble, ensuite soudain vulnérable. Bonnaffé, en particulier, n’est pas une caution de prestige. Il apporte une nuance de vieille France, une autorité fatiguée et cette fatigue devient un indice autant qu’une émotion.
Corinne Masiero, une rudesse qui protège
Marleau est devenue un rendez-vous parce qu’elle résiste à la standardisation. Corinne Masiero lui donne une présence râpeuse, une manière d’être au monde qui refuse les politesses inutiles. Son humour n’est pas une décoration, c’est une tactique.

Dans cet épisode de Capitaine Marleau, Masiero garde une pointe de mélancolie, comme une fatigue du monde. Elle plaisante, mais elle n’oublie pas. C’est cette nuance qui empêche la formule de tourner à vide, et qui fait que l’on écoute autant la façon dont Marleau parle que ce qu’elle découvre.
Marpeau, Dayan, Chavagnac, la fabrique d’un succès durable
La série doit beaucoup à sa fabrique. Elsa Marpeau a installé un ton sous lequel l’enquête sert à observer les gens. Josée Dayan filme la parole comme un duel, en laissant au paysage le rôle d’un témoin muet. La production, portée notamment par Gaspard de Chavagnac, maintient cette identité de rendez-vous.

Le schéma peut paraître familier, mais il fonctionne par musique. On revient pour le frottement des tempéraments et pour la langue. De plus, cette façon de faire du polar devient un miroir social sans slogan.
C’est aussi une question de format. Un inédit de Capitaine Marleau s’aborde comme un téléfilm, avec ses respirations et ses moments de comédie, ses scènes dans lesquelles l’on laisse un visage réfléchir, se contredire, se reprendre. Cette lenteur assumée devient un luxe. Elle donne de l’air aux personnages, donc du poids à leurs secrets. Elle autorise enfin une petite critique en creux. C’est celle d’un pays préférant souvent l’apparence de l’harmonie au travail de la vérité.
Après le générique, la trace
L’épisode est disponible sur france.tv, où l’on peut aussi retrouver d’autres épisodes de Capitaine Marleau en replay, et le replay invite à revenir sur ce que l’on a d’abord pris pour un simple divertissement. La série se prête à cette seconde lecture parce qu’elle ne se réduit pas à sa solution. Elle tient à un personnage, à une géographie, à une manière de regarder.

Au fond, L’Amiral raconte moins un meurtre qu’un partage impossible. Un lac que chacun voudrait posséder, une solidarité applaudie tant qu’elle ne coûte rien, une rentabilité invoquée comme évidence. Marleau vient rappeler qu’une communauté se définit aussi par ce qu’elle accepte de perdre. Derrière l’humour et la chapka, la série touche juste.