Laurent Lafitte en Zaza : la Cage aux folles embrase le Châtelet

La Cage aux Folles au Châtelet : Laurent Lafitte en Zaza sous le bordeaux du Châtelet, cabaret ardent et geste politique.

Au Théâtre du Châtelet, Paris, La Cage aux Folles au Châtelet revient : Laurent Lafitte endosse Albin/Zaza Napoli dans la nouvelle production de La Cage aux folles mise en scène et traduite par Olivier Py. Du 5 décembre 2025 au 10 janvier 2026, la comédie musicale culte revient, cabaret flamboyant et émotion tenue, pour raconter une famille et une liberté. Dans une époque crispée, ce retour assume un geste tendre et politique qui déborde la scène.

Une scène rouge bordeaux, un masque qui sourit

À Paris, au Théâtre du Châtelet, référence du théâtre à Paris, les escaliers brillent comme une promesse. D’abord, on perçoit un bruissement de plumes. Ensuite, s’ajoute le claquement des talons. Enfin, l’orchestre soulève l’allée centrale. Au sommet des marches, Laurent Lafitte, 52 ans, apparaît en Albin, star du cabaret, diva consciencieuse, alias Zaza Napoli. Son sourire dit l’entrain, son regard garde la mélancolie d’un artiste qui connaît le prix de chaque éclat. L’immense salle s’embrase. À peine la première chanson lancée, on devine la couleur de la soirée : l’étincelle d’un grand spectacle et, sous le strass, l’émotion nue d’une histoire de famille.

Cette nouvelle production française de La Cage aux Folles, inspirée de la comédie musicale créée à Broadway en 1983 par Jerry Herman (musique et paroles) et Harvey Fierstein (livret), célèbre le cabaret français en restant fidèle au matériau américain et à la traduction d’Olivier Py. Le directeur du Châtelet revendique un regard « plus doux », où la comédie ne masque jamais la dignité des personnages. Le public, conquis, répond dès la première par une ovation droite, ensemble debout, comme on salue une proposition claire : célébrer l’identité, la tendresse et le foyer qui se choisit.

Un acteur que la comédie musicale à Paris révélera autrement en Zaza, entre chant, jeu et liberté.
Un acteur que la comédie musicale à Paris révélera autrement en Zaza, entre chant, jeu et liberté.

Comédie musicale à Paris : une émotion réenchantée

Un couple tient un cabaret à Saint-Tropez : Georges gère, Albin triomphe en Zaza. Le fils de Georges s’apprête à se marier avec la fille d’un responsable politique conservateur ; il réclame un dîner où la vérité se replie et les paillettes se retirent. Tout l’édifice vacille. On connaît la mécanique, nourrie par Jean Poiret dans la pièce originelle, popularisée par le film d’Édouard Molinaro. Cette fois, la scénographie crée un cabaret vivant. De plus, elle installe un salon de famille au cœur de la scène. Les numéros s’insèrent comme des élans et non des ruptures. Les Cagelles déboulent, exquises et féroces, corps synchrones, humour franc, gestes qui défient le regard. Les airs célèbres, portés par l’orchestre, se déploient sans clinquant vain : ici, la virtuosité vise l’âme.

La performance de Laurent Lafitte surprend par sa précision dramatique. Il ne cherche pas la contorsion caricaturale, mais l’enveloppe vraie d’un homme qui a appris à tenir sa place contre les bourrasques. Sa Zaza ne minaude pas. Elle règne par le verbe, la tenue, l’abandon exactement mesuré. Dans les silences, l’acteur laisse affleurer l’ombre d’une solitude. Dans les crescendos, il embrase le plateau. On sent l’ancien pensionnaire de la Comédie-Française dompter l’ampleur du Châtelet sans rien sacrifier de la nuance. Il chante juste, il danse juste, il joue juste : un triptyque qui ne se décrète pas. Et l’on comprend soudain ce qu’il confiait récemment. En effet, il choisit ce rôle pour sa charge politique. De plus, c’est pour la défense obstinée de la liberté individuelle et du droit à l’intime.

Olivier Py, un geste de mise en scène au service du sens

À la manœuvre, Olivier Py déploie une esthétique de cabaret qui évite le clin d’œil muséal. Les plumes et les strass ne sont pas des accessoires, mais la matière du récit. Les escaliers monumentaux ouvrent la perspective, les entrées en talons rythment une dramaturgie en séquences presque cinématographiques. Fidèle au livret de Harvey Fierstein, la traduction conserve la netteté des punchlines et la précision des élans lyriques de Jerry Herman. La manière Py ajoute une tendresse, une façon d’arrondir les angles sans édulcorer le propos. On pense aux cabarets parisiens, à une mémoire locale que la scène réactive avec tact : la gouaille y rencontre la noblesse, et le spectaculaire demeure au service du cœur.

Le metteur en scène assume l’actualité de l’entreprise. Il répète que La Cage demeure prophétique, tant la pièce suppose ce que notre époque voit ressurgir : des discours qui s’acharnent à réduire les vies à des normes. Ici, le plateau dit autre chose : la famille se raconte aussi au prisme d’un couple queer, solide, inquiet, aimant, qui refuse l’assignation. Dans la salle, on mesure l’effet d’une telle représentation, notamment sur les plus jeunes : on rit, on pleure, on respire plus large au salut.

Des marches, des talons et un moment de télévision

Le spectacle déborde la scène. Le 7 décembre 2025, Laurent Delahousse suit Laurent Lafitte dans les coulisses pour « 20h30 le dimanche ». Séquence légère, presque burlesque : le journaliste essaie des talons sous l’œil amusé de l’acteur, puis s’élance sur l’escalier du Châtelet. La vidéo tourne partout. On en retient la connivence et l’idée simple que défend le spectacle : les codes vestimentaires ne valent que par la liberté qu’on prend à les réinventer. Au-delà de la virale anecdote, on devine le bénéfice pour la production : une exposition nationale, une curiosité attisée, un public à la porte dès le 5 décembre 2025, date de la première.

Cannes 2025 : allure et précision. Des marches au cabaret, Lafitte relie actualité et engagement, même art du tempo, même désir de collectif.
Cannes 2025 : allure et précision. Des marches au cabaret, Lafitte relie actualité et engagement, même art du tempo, même désir de collectif.

Le temps long d’un classique et ses réinventions

On croit connaître La Cage aux Folles et l’on redécouvre une partition infiniment moderne. À Broadway, en 1983, la comédie musicale s’affirmait déjà comme un manifeste bienveillant pour la tolérance. Jerry Herman, qui avait déjà conquis New York avec Hello, Dolly!, écrivait des mélodies au galop et des hymnes de résistance intime. Harvey Fierstein, dramaturge engagé, donnait aux personnages une densité romanesque qui a permis au titre de traverser les décennies. Le récit a essaimé au cinéma avec The Birdcage en 1996, transposant l’intrigue à Miami et offrant, dans la grande mécanique hollywoodienne, un numéro réjouissant à Robin Williams et Nathan Lane.

La version du Châtelet ne cherche pas la surenchère. Elle resserre le propos et désenfle les tics. Ainsi, elle déplace le centre de gravité du gag vers l’équilibre fragile d’un foyer qui se débat. On rit beaucoup, certes, mais jamais contre. On rit avec. L’écrivain Jean Poiret affleure sous chaque réplique. L’adaptation française porte la musicalité de la langue et la saveur d’une ironie sans cruauté. On sort avec des refrains en tête, des images qui collent à la rétine, une voix surtout : celle de Zaza qui clame qu’être soi demeure le premier des arts.

Laurent Lafitte, figure française à l’angle du théâtre et du cinéma

On ne l’avait pas vu chanter ainsi depuis longtemps ; Pourtant, Laurent Lafitte n’aborde pas la comédie musicale en néophyte. Sa formation l’a fait voyager, sa curiosité l’a mené tôt vers la scène chantée. On se souvient de son élégance dans Rendez-Vous au Théâtre de Paris. Entre-temps, le cinéma l’a consacré aux côtés d’Isabelle Huppert et d’autres grands noms, tandis que la télévision lui a offert des rôles de composition. À Cannes en 2025, il a une nouvelle fois assumé le rôle de maître de cérémonie du Festival. Sa voix claire et son sens du tempo rappellent combien sa carrière épouse la variété des arts. Le retrouver en Albin révèle une cohérence : l’acteur aime les objets qui demandent tout, jeu, chant, danse, et une disponibilité d’âme.

Le portrait qui se dessine en coulisses n’a rien du caprice. Lafitte ne fétichise pas l’excentricité. Il travaille l’équilibre. En loge, l’œil posé sur la perruque, il parle peu, écoute beaucoup, ajuste un geste, une intonation, une respiration. Sur scène, la troupe des Cagelles devient sa famille d’un soir. L’orchestre live l’enveloppe sans jamais l’écraser. Entre deux tableaux, il glisse un regard au public, une gratitude qui ne s’affiche pas, qui se devine. Dans ce rôle, il a trouvé un axe : la douceur comme stratégie, l’affirmation sans violence, la fierté sans défi, l’engagement sans posture.

César 2018 : trajectoire confirmée de l'acteur qui n'a pas peur de donner la réplique à des sommités comme Isabelle Huppert. En Zaza, cette rigueur devient douceur active, humour tenu, dignité calme.
César 2018 : trajectoire confirmée de l’acteur qui n’a pas peur de donner la réplique à des sommités comme Isabelle Huppert. En Zaza, cette rigueur devient douceur active, humour tenu, dignité calme.

Une esthétique soignée, des choix assumés

La direction musicale fait gronder la fosse avec des cuivres qui swinguent et des cordes qui appellent la confidence. La chorégraphie préfère l’énergie nette aux tours de force. Les costumes créent des silhouettes flamboyantes. Chaque détail raconte une histoire. Une plume est placée comme un accent. Une pierre capte la lumière. De plus, une coupe accompagne la danse au lieu de l’entraver. La lumière façonne le cabaret en cocon. Ensuite, elle élargit la scène jusqu’au vertige. L’ensemble s’empare des marches dans un numéro collectif. La salle reçoit cette performance comme une vague.

Le jeu se tient sur une ligne haute. Georges n’est pas un contrepoint terne : il est l’autre moitié du monde d’Albin, son socle et sa contradiction. Les jeunes amants possèdent l’ingénuité du mythe, faussement naïve et profondément touchante. Cela met à nu le réflexe de se conformer lorsque la société l’exige. Le beau-père veille à l’ordre, mais l’ordre vacille à l’épreuve du réel. Au final, on célèbre ce que la musique a posé d’emblée : l’amour comme unique boussole.

Cinemania 2014 : l’homme en retrait, le regard en avant. En coulisses aujourd’hui, la même écoute fabrique Zaza Napoli, entre exigence et douceur.
Cinemania 2014 : l’homme en retrait, le regard en avant. En coulisses aujourd’hui, la même écoute fabrique Zaza Napoli, entre exigence et douceur.

Un geste culturel dans la cité

Dans une capitale riche en affiches, cette Cage aux Folles se distingue. Son propos s’impose avec évidence. Elle parle à notre présent, sans le sermonner. Elle rappelle que l’art peut désamorcer les crispations en donnant des formes désirables à la différence. Le dispositif promotionnel, très contemporain, a su mêler podcasts, reportages, présence soutenue dans la presse culturelle. Les réseaux bruissent, non d’un scandale, mais d’un plaisir partagé. Les représentations courent du 5 décembre 2025 au 10 janvier 2026, temps suffisant pour que le bouche-à-oreille installe la rumeur d’un succès. Olivier Py le répète : le mot « prophétique » n’est pas un slogan, mais une mise en garde face aux discours qui restreignent les vies.

Dans le hall, après le salut, on croise des adolescents qui rient. De plus, des couples se tiennent la main. Par ailleurs, des spectateurs évoquent des souvenirs de famille. On entend aussi des notations sur les droits LGBTQI+, sur ce qu’ils charrient de débats et de contre-discours. Olivier Py l’assume : le spectacle répond à l’air du temps. Non pour polémiquer, mais pour montrer. Et montrer suffit souvent à convaincre. Sur les marches, au dehors, la ville poursuit sa course. Le Châtelet reste derrière, rouge bordeaux, sa pulsation demeure.

Le cabaret comme maison commune

On sort du Châtelet avec la sensation d’avoir retrouvé un genre que l’on croit léger. En effet, ce soir, il a porté haut un message simple. Ainsi, chacun a le droit d’apparaître au monde tel qu’il est. Le cabaret, sous la direction d’Olivier Py, devient une maison où l’on dépose le manteau des préjugés. En Albin/Zaza, Laurent Lafitte dessine un personnage qui ne réclame ni faveur ni excuse ; il avance avec grâce et revendique son visage pluriel. La salle lui répond comme on répond aux évidences tardives : par un applaudissement prolongé, et une sortie où chacun, sans bruit, marche un peu plus droit.

Informations pratiques : dates, billets et spectacle à Paris

La Cage aux folles au Théâtre du Châtelet, Paris. Du 5 décembre 2025 au 10 janvier 2026. Réservations sur le site du Châtelet. Laurent Lafitte · Olivier Py · Jerry Herman · Harvey Fierstein.

Cet article a été rédigé par Émilie Schwartz.