
Dans un entretien publié par Franceinfo, Yaël Braun-Pivet revient sur la dissolution de l’Assemblée nationale. Emmanuel Macron l’a décidée le 9 juin 2024. La présidente de l’Assemblée dit avoir été informée plus que consultée, malgré son rôle institutionnel. Elle décrit aussi une blessure politique durable au sein de la majorité présidentielle.
Une consultation racontée comme une mise devant le fait accompli
Le témoignage porte sur une séquence courte, mais lourde de conséquences. Le podcast Dans les yeux d’Agathe est au cœur de son récit. Franceinfo en a publié des extraits le 26 mai 2026, puis une mise à jour le 27 mai. Yaël Braun-Pivet y affirme que la décision présidentielle reste pour elle « un mystère ». Elle ne conteste pas l’existence formelle d’un échange avec Emmanuel Macron. Elle met en cause sa portée réelle.
Selon son récit, le chef de l’État annonce devant plusieurs responsables de la majorité qu’il va recourir à la dissolution. La présidente de l’Assemblée nationale demande alors un échange séparé, au nom de la consultation prévue par la Constitution. Emmanuel Macron lui répond, toujours selon elle, qu’il est déjà en train de la consulter. Yaël Braun-Pivet estime au contraire qu’elle a été « informée » davantage que « consultée ».
Cette nuance déplace le débat. Le décret acte la procédure. Mais son récit interroge la place réelle laissée à la parole parlementaire, face à une décision déjà prise.
L’article 12 fixe le cadre, pas la qualité de l’échange
Le texte constitutionnel donne au président de la République un pouvoir propre. L’article 12 de la Constitution prévoit qu’il peut prononcer la dissolution après consultation du Premier ministre et des présidents des deux assemblées. Il impose donc une étape préalable, sans détailler la durée, la forme ou l’intensité de cette consultation.
Le décret du 9 juin 2024 mentionne bien cette consultation. Il cite le Premier ministre, le président du Sénat et la présidente de l’Assemblée nationale. Juridiquement, le document officiel acte la procédure. Politiquement, le témoignage de Yaël Braun-Pivet interroge autre chose. Il oppose l’entrée dans la boucle et l’association réelle à la décision.

Le 9 juin 2024, Emmanuel Macron présente publiquement son choix comme un retour aux électeurs après les européennes. Dans son adresse aux Français, il affirme avoir procédé aux consultations prévues par l’article 12. Il décrit ensuite la dissolution comme un « temps de clarification indispensable ». Le contraste avec le récit livré par Yaël Braun-Pivet tient moins à la procédure écrite qu’au vécu politique de cette procédure.
L’autre chemin défendu dès le lendemain
Yaël Braun-Pivet explique avoir proposé une alternative. Elle voulait ouvrir, pendant l’été, une discussion avec Les Républicains. L’objectif était de bâtir une coalition, puis de nommer un nouveau gouvernement à la rentrée. La dissolution ne serait venue qu’en cas d’échec. Selon Franceinfo, elle dit avoir plaidé cette option directement auprès d’Emmanuel Macron. Lui aurait préféré l’effet de surprise et l’organisation rapide d’élections législatives.
Ce désaccord n’est pas seulement reconstitué deux ans plus tard. Dès le 10 juin 2024, LCP rapportait une ligne déjà publique. La présidente sortante de l’Assemblée défendait l’idée d’un « autre chemin », celui d’une coalition. Cette continuité donne du poids à son témoignage actuel. Son opposition n’apparaît pas comme une relecture tardive. Elle forme une ligne exprimée dès le lendemain de l’annonce.
Ses réserves ne sont donc pas isolées dans le temps. Elles accompagnent une majorité présidentielle affaiblie par les européennes du 9 juin 2024. La séquence bascule ensuite dans des législatives anticipées, puis dans une Assemblée plus fragmentée. Yaël Braun-Pivet retrouve le perchoir le 18 juillet.
Une blessure personnelle devenue question institutionnelle
Dans l’entretien, la présidente de l’Assemblée décrit une mise à distance qui dépasse la procédure. Elle dit s’être sentie « quantité négligeable ». Elle rappelle son expérience de députée, son passage à la commission des lois et deux années déjà passées au perchoir. Elle relie ce sentiment au malaise plus large des élus de la majorité. Ceux-ci auraient vécu la dissolution comme une forme de « trahison » et de « mépris ».
Ces mots restent ceux de Yaël Braun-Pivet. Aucun élément public ne permet, à ce stade, d’établir le contenu exact du tête-à-tête. Elle décrit cet échange avec Emmanuel Macron dans le jardin de l’Élysée. Aucune réponse récente de l’Élysée ne vient non plus, publiquement, préciser ou contredire cette version.

L’intérêt de ce témoignage tient donc à sa double lecture. Il raconte une blessure personnelle, mais il éclaire surtout la place réelle du Parlement dans une décision qui renvoie les députés devant les électeurs. La Constitution prévoit une consultation ; la vie politique, elle, se joue dans la manière dont cette consultation est conduite, entendue et prise en compte.
Deux ans après la dissolution, Yaël Braun-Pivet remet ainsi au premier plan une question que le décret ne tranche pas. Dans un régime où le président peut dissoudre, que vaut la parole de la présidente de l’Assemblée ? La question touche directement l’institution qu’elle dirige.