
L’écrivain Bernard Werber, auteur de ‘Les Fourmis’, était invité de « Un dimanche à la campagne » le 30/11/2025 sur France 2. Il a partagé des confidences rares sur son enfance et sa maladie. Ainsi, il a expliqué comment ces expériences ont nourri son imaginaire. À l’heure où paraît La Voix de l’arbre et où il présente V.I.E à Reims puis Avignon, il relie, calmement, destin personnel, œuvre prolifique et lien direct au public.
Dans le grenier, une parole rare
L’instant ressemble à une scène de roman : lumière douce, charpente apparente, un fauteuil où s’assoit Bernard Werber. Face à Frédéric Lopez, il accepte d’ouvrir des portes restées closes. Ce numéro de Un dimanche à la campagne diffusé le 30/11/2025 pose un cadre simple : trois invités, du temps, et la promesse d’une conversation qui ne se presse pas. L’écrivain s’y prête, sans détours inutiles, et raconte ce qui a façonné son œuvre autant que sa vie.
La maladie racontée, l’élan d’écriture
Il a environ neuf ans lorsque son dos se fige au saut du lit. Il rampe hors de sa chambre, puis commence la ronde des cabinets. À l’époque, le diagnostic tombe : spondylarthrite ankylosante. D’après l’auteur, le médecin lui assène une phrase qui reste gravée : « chaque année qui passe me rapproche d’une infirmité totale ». Loin d’écraser l’enfant, ce verdict agit comme un déclencheur. La lecture devient refuge, puis laboratoire. Inventer des mondes apparaît comme un moyen de desserrer l’étau du réel, et bientôt l’écriture s’impose.
Cette pathologie inflammatoire chronique, qui touche notamment la colonne vertébrale, est aujourd’hui mieux connue et prise en charge ; elle ne se résume pas à une trajectoire inéluctable. Ici, l’écrivain restitue un souvenir d’enfance, un choc, et la manière dont il l’a converti en élan créatif. Le fait est central : chez Werber, l’imaginaire n’est pas une fuite, c’est une réponse.

Un lien direct avec le public
Depuis ses débuts, Werber revendique une relation très charnelle avec son lectorat. Dédicaces, spectacles, rencontres : autant de prolongements d’une même conversation. Il s’en amuse : les romans, les scènes et les ondes – radios – forment un seul fil conducteur. Ainsi, ce fil est tendu vers celles et ceux qui le lisent depuis des décennies. L’auteur évoque une « communauté d’imaginaires » : on y entre par le livre Les Fourmis. Ensuite, on y revient par les cycles des anges, des dieux ou des chats. En outre, on y demeure pour les questions soulevées, telles que l’après-vie. De plus, il y a le sens de la vie et la place des humains parmi les autres vivants.
La rumeur d’adaptations de Les Fourmis a ponctué les années, signe d’un imaginaire visuel puissant.
L’actualité d’un auteur prolifique
Plus de trente ans après Les Fourmis (1991), roman culte de science-fiction, sa bibliothèque s’est élargie. En effet, elle inclut maintenant des cycles et des romans indépendants. L’automne 2025 marque une nouvelle étape avec La Voix de l’arbre, paru le 01/10/2025 chez Albin Michel. Le récit épouse une idée qui lui est chère : et si les arbres étaient des témoins, des partenaires, des interlocuteurs ? Le livre confirme une cadence quasi annuelle et un goût pour l’hybridation des registres – science, polar, philosophie-fiction.
Pour la notice éditoriale et les informations pratiques, consulter la page de l’éditeur : Albin Michel – La Voix de l’arbre.
Sur scène : du conte à l’expérience guidée
Écrire ne lui suffit pas. Depuis plusieurs années, Werber monte sur scène avec un dispositif qui a évolué du conte vers une méditation guidée collective. D’abord intitulé Voyage intérieur, le spectacle devient V.I.E – Voyage Intérieur Expérimental. Principe : la salle ferme les yeux, suit la voix, écoute la harpe, visualise des scènes du passé, du présent et du futur. Pas d’illusionnisme : une proposition simple, participative, qui fait de l’auditoire un acteur.
Fin novembre 2025, deux rendez-vous ont balisé l’agenda. Le 26/11/2025, au Théâtre du Manège de Reims, une session de V.I.E s’inscrit dans le cadre du Charabia Festival ; une rencontre précède la soirée à la médiathèque Jean-Falala. Trois jours plus tard, le 29/11/2025, Avignon accueille une conversation scénique au Théâtre du Chêne noir : une manière de raconter son parcours, d’éclairer ses choix, de partager les coulisses d’un artisan de la fiction.
Informations officielles : Charabia Festival – V.I.E ; Théâtre du Chêne noir – Rendez-vous du Chêne.
Ce que l’émission dévoile
Un dimanche à la campagne n’est pas une confession spectacle. Le dispositif télévisuel – conversations, atelier cuisine, promenade – cherche une vérité d’ambiance. Dans ce cadre, Werber accepte de nommer une fragilité qui a façonné sa force. Il relie clairement cet épisode d’enfance à la construction de ses univers : des mondes parallèles, des passerelles entre espèces, des systèmes où l’humain n’est pas l’unique centre. L’entretien télévisé de l’automne 2025 agit comme une mise au point, rappelant l’empreinte durable du livre Les Fourmis.
Le témoin Werber rappelle aussi à quel point le récit personnel peut éclairer l’œuvre sans l’épuiser. La phrase du médecin de l’époque, quelle que soit sa pertinence médicale aujourd’hui, devient un moteur narratif. Elle nourrit des personnages aux prises avec l’invisible. De plus, elle propose des énigmes qui questionnent la connaissance et la croyance. Par ailleurs, elle crée des architectures d’histoires où la curiosité demeure la première ressource.

Un succès international, des fidélités anciennes
On prête à Werber une popularité durable à l’étranger, notamment en Corée du Sud, où ses livres circulent depuis longtemps. La traduction de ses cycles a consolidé un lectorat fidèle. En effet, ils suivent les parutions d’octobre comme un nouveau chapitre. En France, l’auteur de Les Fourmis, Bernard Werber, occupe une place singulière : ni gourou, ni professeur, mais raconteur. Sa voix, on la lit, on l’entend, on la voit en scène.
La distinction d’officier de l’ordre des Arts et des Lettres (2022) scelle une reconnaissance institutionnelle. Cependant, cela ne modifie pas son rapport au public. Il continue de signer, de parcourir les théâtres et les festivals, de se risquer à des expériences scéniques. La constance est là : interroger l’humain, faire dialoguer science et imaginaire, proposer des chemins d’empathie avec le vivant.
L’amour comme scène secondaire
Revenons à Nice. Cette histoire ne vaut pas par son romanesque, mais par ce qu’elle révèle : chez Werber, la vie privée n’est jamais une forteresse inexpugnable, elle se contamine parfois avec la scène. Une phrase lancée dans une file de dédicaces suffit à enrayer l’ordre du jour, à inventer un ailleurs. Trois ans, puis le silence. Il n’en dit pas davantage, et c’est suffisant.
Leçons d’un parcours
De l’enfant heurté par la douleur au romancier populaire, une ligne se dessine : dire le réel autrement. La précocité de la douleur a sans doute aiguisé l’attention aux mécanismes, aux systèmes. De plus, elle a affiné l’attention aux règles qui gouvernent le vivant. La littérature devient un laboratoire : on y teste des hypothèses, on déplie des idées, on écoute des voix venues d’autres règnes – insectes, chats, arbres. Le spectacle V.I.E prolonge cette démarche : tout se passe dans la salle, dans chacun, sans décor spectaculaire.
L’entretien télévisé de l’automne 2025 agit comme une mise au point. Pas d’apitoiement, mais un récit de résilience. Pas de posture héroïque, mais la description d’un chemin passant par la curiosité et la persévérance. En outre, il passe aussi par le plaisir de raconter.
Repères utiles
- 30/11/2025 : diffusion d’un numéro de Un dimanche à la campagne avec Bernard Werber, Sidonie Bonnec et Pierre Lapointe.
- 01/10/2025 : parution de La Voix de l’arbre (Albin Michel).
- 26/11/2025 : V.I.E au Théâtre du Manège (Reims), dans le cadre du Charabia Festival.
- 29/11/2025 : soirée-rencontre au Théâtre du Chêne noir (Avignon).
- 1991 : publication de Les Fourmis, premier grand succès international.
Pour situer l’auteur dans la durée
Né à Toulouse, Werber s’inscrit dans une lignée d’écrivains français qui croisent anticipation et questionnements philosophiques. Sa bibliographie mêle cycles – de Les Fourmis aux dieux, anges, chats, Pandore – et romans indépendants, pièces de théâtre, nouvelles, encyclopédies imaginaires. Son site officiel restitue l’activité foisonnante de ces dernières années. Par ailleurs, la notice encyclopédique permet d’embrasser d’un coup d’œil une carrière longue de plus de trois décennies.
Ce qui demeure
Dans le grenier de l’émission, on entend moins une plainte qu’une méthode : transformer l’obstacle en matière à penser, puis en matière à raconter. Quelques minutes suffisent à comprendre que l’œuvre de Bernard Werber se recompose sans cesse autour d’un même geste : ouvrir. Ouvrir les livres, les portes de la mémoire, le théâtre des possibles. Et continuer la conversation, d’une page à l’autre, d’une salle à l’autre, d’une époque à l’autre.
