
Jordan Bardella au Parlement européen, à Strasbourg, en septembre 2022. Le président du RN est aujourd’hui au centre d’une controverse sur des écrits dont il conteste l’attribution. Crédits : Raphael ATTAL (@BootEXE) / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
Le président du Rassemblement national a annoncé une plainte en diffamation le 28 septembre 2026. Elle fait suite à une enquête de Mediapart sur des échanges privés datés de 2013 à 2015. Il nie en être l’auteur. Marine Le Pen lui a renouvelé son soutien le lendemain à l’Assemblée nationale. L’affaire confronte la stratégie de normalisation du parti à des écrits dont l’attribution reste contestée.
Des conversations remontant aux débuts au Front national
L’enquête de Mediapart, publiée le lundi 28 septembre, est signée Alexandre Berteau et Antton Rouget. Les deux journalistes attribuent à Jordan Bardella des messages antisémites et complotistes. Ils auraient été échangés avec différents interlocuteurs au début de son engagement au Front national, devenu le Rassemblement national. Plusieurs des conversations qu’ils décrivent remonteraient à l’été 2013.
Dans les écrits qu’il lui impute, le journal relève des stéréotypes antisémites sur les banques. Il mentionne aussi des récits prêtant aux juifs un projet de domination mondiale. Il rapporte également des appréciations favorables à Alain Soral et à Dieudonné, ainsi que des attaques visant des membres du gouvernement de François Hollande. Jordan Bardella rejette l’ensemble de cette attribution.
Cette période précède son accession à des responsabilités nationales. Il avait adhéré au FN en 2012 et a pris la tête de sa fédération de Seine-Saint-Denis en 2014. Le degré de son implication militante à l’été 2013 fait lui-même partie des points qu’il oppose à l’enquête.
Ce que Mediapart affirme avoir vérifié
Le site décrit une investigation menée pendant plusieurs mois. Il dit avoir travaillé sur des dizaines de conversations, intégrées à un ensemble documentaire plus large et complétées par des témoignages. Il affirme les avoir authentifiées de manière indépendante.
Interrogé le 28 septembre sur franceinfo, Alexandre Berteau a maintenu l’attribution des écrits : « Ces écrits sont bien signés de la main de Bardella. » Le journaliste assure que les vérifications nécessaires ont précédé la publication. Il annonce que sa rédaction répondra aux contestations aussi bien dans le débat public que devant la justice.
Le lendemain, sur RMC, Antton Rouget a apporté des précisions sur la nature du corpus. Il évoque des échanges de courriels entre plusieurs personnes et des conversations privées sur Messenger. Il affirme que des contrôles techniques ont été effectués, en tenant notamment compte des possibilités de fabrication offertes par l’intelligence artificielle. Selon lui, le travail avait commencé avant les vacances d’été.
Ces précisions décrivent les vérifications revendiquées par Mediapart. Elles ne constituent pas, à elles seules, une expertise extérieure des documents. Leur provenance, leur datation et les conditions de leur conservation restent essentielles pour examiner la contestation. Antton Rouget se dit prêt à publier des pièces si les mises en cause du travail de son journal se poursuivent.

Un démenti formel et une plainte annoncée
Dans sa réaction publiée sur X le 28 septembre, Jordan Bardella qualifie les documents de « faux grossiers ». Il accuse une partie de la presse de chercher à nuire à son honneur et à la campagne présidentielle du RN. Il indique avoir chargé son avocat d’engager des procédures contre Mediapart.
Son démenti avait commencé avant la publication. Dans sa réponse écrite adressée au journal, il contestait avoir tenu de tels propos, en public ou en privé. Il avançait aussi qu’il était encore mineur durant l’été 2013. Selon lui, il n’était pas alors un militant actif du Front national.
Le 28 septembre au soir, sur CNews, il a déclaré que son avocat avait déposé une plainte en diffamation. L’annonce a également été rapportée par l’AFP. Il a évoqué des poursuites pour faux et promis des éléments matériels dans les jours suivants. À ce stade, les références du dépôt et le contenu précis de la plainte ne sont pas confirmés par une source judiciaire publique.
Une plainte ne vaut ni décision de justice ni démonstration que les pièces sont fabriquées. Il faut aussi distinguer la procédure en diffamation annoncée comme engagée des autres démarches envisagées. Devant les parlementaires RN, le 29 septembre, Jordan Bardella a évoqué l’existence possible d’éléments écrits. Il a déclaré que, s’ils existaient, il déposerait des plaintes pour faux et usage de faux.
Marine Le Pen réaffirme son soutien
Lors de cette intervention à l’Assemblée nationale, le président du RN a parlé de « guerre totale ». Selon lui, elle viserait à déstabiliser son parti. Marine Le Pen lui a exprimé sa confiance et annoncé vouloir riposter aux accusations de Mediapart. Tous deux ont mis en cause les intentions du média d’investigation.
Cette défense intervient à quelques mois de la présidentielle de 2027. Marine Le Pen envisage de nommer Jordan Bardella premier ministre en cas de victoire. Les accusations concernent donc le responsable qu’elle présente pour diriger un éventuel gouvernement, au-delà de ses fonctions à la tête du parti.
Une formule de Marine Le Pen a suscité une réaction distincte. Elle avait demandé à Mediapart d’enfiler son « costard en kevlar ». La députée écologiste Léa Balage El Mariky a alors annoncé un signalement au procureur. Elle estime que ces propos ressemblent à des menaces de mort.

La dédiabolisation au cœur des réactions
Depuis l’arrivée de Marine Le Pen à sa direction en 2011, le parti cherche à se présenter comme une formation apte à gouverner. Il entend rompre avec son héritage raciste et antisémite. Cette stratégie, couramment appelée dédiabolisation, est directement visée par les réactions à l’enquête. Elle implique notamment de convaincre de la sincérité de ses positions actuelles contre l’antisémitisme.
Jordan Bardella avait été invité par le gouvernement israélien, en mars 2025, à une conférence consacrée à la lutte contre l’antisémitisme. Il était le premier dirigeant de ce parti à recevoir une telle invitation officielle en Israël. Il a rappelé cet épisode lors de sa défense télévisée.
Le 28 septembre, Yonathan Arfi a réagi auprès de l’AFP. Le président du Conseil représentatif des institutions juives de France y voit les « limites de la dédiabolisation du Rassemblement national ». Il a condamné la violence des propos attribués à Jordan Bardella et rejeté l’idée que sa jeunesse pourrait les expliquer.