
Jordan Bardella lors d’un déplacement à Belfort, le 23 mars 2024. Crédits : Thomas Bresson / Wikimedia Commons, CC BY 4.0.
Sur franceinfo, mercredi 30 septembre 2026, Fabrice Arfi a annoncé de nouveaux éléments sur les messages antisémites que Mediapart attribue à Jordan Bardella. Le président du Rassemblement national nie en être l’auteur et annonce des poursuites. À l’approche de la présidentielle de 2027, l’affaire porte sur l’authenticité de conversations privées que le journal affirme avoir vérifiées, et sur les preuves qu’il promet de rendre publiques.
Une démonstration annoncée après plusieurs mois d’enquête
« Il y aura une démonstration de ce que nous avons écrit », a assuré Fabrice Arfi dans son entretien sur franceinfo. Le coresponsable du pôle enquêtes de Mediapart maintient les accusations publiées deux jours auparavant. Il annonce une suite destinée à étayer l’attribution des écrits au dirigeant du RN.
Le journaliste situe le début des investigations au printemps. Il décrit un travail fondé sur des courriels et des conversations privées, notamment sur Facebook et Messenger. Il affirme que plusieurs personnes et des documents ont permis les recoupements. Cette diversité des sources constitue, selon lui, un élément central de la solidité de l’enquête.
Des échanges de 2013 attribués à Bardella, qui les récuse
L’affaire a commencé le lundi 28 septembre, avec l’enquête signée Alexandre Berteau et Antton Rouget, publiée à 15 h 27. Mediapart y présente des conversations privées remontant aux débuts de l’engagement de Jordan Bardella au Front national. Le journal affirme avoir croisé ces échanges avec des témoignages. L’intéressé, sollicité avant publication, a démenti.
Les messages cités, principalement datés de 2013, développent des représentations antisémites d’un contrôle supposé des banques et du pouvoir politique par les juifs. L’enquête attribue aussi au jeune militant une adhésion à certaines thèses complotistes d’Alain Soral. Jordan Bardella rejette ces accusations dans leur ensemble : il affirme ne pas avoir écrit les propos rapportés.
Dans sa réponse initiale à Mediapart, reprise par l’AFP, il a qualifié les éléments invoqués de « faux grossiers ». Il a également fait valoir qu’il était mineur et, selon lui, n’était pas un militant actif pendant l’été 2013. Son adhésion au FN remonte à 2012. Cette chronologie politique ne suffit toutefois pas à établir qu’il serait l’auteur des conversations litigieuses.

Des plaintes annoncées et un précédent distinct
Le président du RN a choisi de porter la contestation sur le terrain judiciaire. Il dit avoir déposé une plainte en diffamation contre Mediapart. Le 29 septembre, il a aussi annoncé une action pour faux et usage de faux si le journal publiait des éléments écrits. Il présente l’enquête comme une opération destinée à compromettre son avenir politique et la campagne présidentielle de son parti.
Ces deux démarches annoncées visent des objets différents : les accusations publiées à son encontre et la fabrication alléguée de documents. Elles restent, à ce stade, des déclarations de Jordan Bardella. Interrogé mercredi matin sur les plaintes, Fabrice Arfi a indiqué ne pas en avoir connaissance. L’annonce d’une procédure ne permet pas de préjuger de son issue, ni de tenir pour démontrée la falsification dénoncée par le responsable politique.
Un autre volet est apparu mercredi à 13 h 29. Dans un nouvel article consacré à un précédent judiciaire, Mediapart rapporte que Jordan Bardella s’est désisté d’une plainte pour injure publique contre Bernard-Henri Lévy. Selon le journal, cette procédure faisait suite à des propos tenus par l’écrivain en 2024, et le désistement serait intervenu quelques jours avant le procès.
Cette information concerne un litige antérieur. Elle ne constitue ni une décision sur les échanges privés aujourd’hui contestés, ni la démonstration de leur authenticité annoncée le matin même. Les deux dossiers doivent être distingués, même s’ils nourrissent désormais la confrontation entre le dirigeant du RN et Mediapart.
Le RN fait bloc à l’approche de la présidentielle
Mardi, lors de la réunion des parlementaires du RN et de leurs alliés à l’Assemblée nationale, Marine Le Pen a réaffirmé sa confiance en Jordan Bardella. Elle a promis de combattre ce qu’elle présente comme une manipulation. Le président du parti a, de son côté, décrit une offensive visant à déstabiliser la campagne de 2027. Ces accusations contre le journal constituent la réponse politique du RN ; elles ne documentent pas une falsification.
L’affaire touche un dirigeant que Marine Le Pen entend nommer Premier ministre si elle accède à l’Élysée. Elle intervient aussi dans le prolongement de la stratégie de « dédiabolisation » engagée depuis que celle-ci a pris la tête du Front national en 2011. Cette démarche vise à présenter le parti comme apte à gouverner et à le détacher de l’héritage de Jean-Marie Le Pen, condamné à plusieurs reprises pour ses propos négationnistes.
Interrogé par l’AFP après la publication de l’enquête, Yonathan Arfi, président du Conseil représentatif des institutions juives de France, a estimé que les révélations illustraient les limites de cette stratégie. Jordan Bardella avait, lui, participé en mars 2025 à une conférence contre l’antisémitisme en Israël, à l’invitation du gouvernement israélien.

Mediapart dénonce les attaques et maintient son enquête
La riposte du RN a également ouvert un conflit sur les propos adressés aux journalistes. Le 29 septembre, Marine Le Pen a conseillé à Mediapart d’enfiler un « costard en kevlar », en annonçant une réponse à son comportement. Le Kevlar entre notamment dans la fabrication de protections pare-balles.
Dans un texte publié le même jour, Lénaïg Bredoux, codirectrice éditoriale du journal, a dénoncé des propos menaçants. Fabrice Arfi a, mercredi sur franceinfo, dit sa préoccupation devant le signal envoyé par ce vocabulaire, tout en affirmant que ces attaques n’intimidaient pas la rédaction.

Sur le fond, la prochaine publication annoncée devra éclairer un point précis : comment les conversations ont été attribuées à Jordan Bardella. La provenance des fichiers, leurs dates, leur intégrité et les recoupements permettant d’identifier leur auteur sont au cœur de cette question. L’entretien de Fabrice Arfi expose la méthode revendiquée par Mediapart, sans livrer l’ensemble de ces éléments techniques.
La reprise des accusations dans plusieurs médias ne constitue pas, à elle seule, une authentification supplémentaire : elle renvoie à la même enquête initiale. Pour les messages litigieux, l’affirmation de Mediapart et le démenti de Jordan Bardella restent donc les deux positions en présence. Les pièces promises doivent permettre d’examiner ce qui les oppose.