Palmarès des BAFTA 2026 : Paul Thomas Anderson couronné à Londres, ‘Sinners’ s’impose, ‘Marty Supreme’ s’évanouit

Le Royal Festival Hall, ce 22 février 2026, a repris son air de grand navire amarré à la Tamise, avec ses lumières de salle et son grondement feutré d’avant-spectacle. La 79e cérémonie des BAFTA y a raconté, en quelques heures, une histoire de puissance et de fragilité, où l’industrie s’évalue à la vitesse des applaudissements. Au centre du cadre, ‘Une bataille après l’autre’ a avancé comme un évident vainqueur, emportant à lui seul la plupart des regards. Et l’on a senti, dès la première enveloppe ouverte, l’ombre des Oscars du 15 mars 2026 se glisser dans les couloirs, à la manière d’un murmure déjà comptabilisé.

Le 22 février 2026, à Londres, la saison des prix a franchi son seuil le plus parlant. Les British Academy Film Awards 2026 (BAFTA), vitrés d’un glamour très britannique, ont distribué les gagnants des BAFTA 2026 au Royal Festival Hall de Londres sous la conduite d’Alan Cumming, dont l’ironie délicate a servi de fil à une soirée où l’on mesure toujours, à parts égales, la cinéphilie et la stratégie. Bilan net : palmarès des BAFTA 2026 avec 6 BAFTA pour ‘Une bataille après l’autre’ de Paul Thomas Anderson, 3 pour ‘Sinners’ de Ryan Coogler, un coup d’éclat pour ‘Hamnet’ et, en creux, une déroute rare pour ‘Marty Supreme’, 11 nominations, zéro trophée.

Un film, six trophées : Anderson rafle la mise et resserre la course

On se trompe lorsqu’on résume les BAFTA à un simple miroir des Oscars. Les BAFTA, souvent vus comme l’équivalent britannique des Oscars, gardent leurs caprices. Le vote des membres de l’Académie britannique a ses fidélités, son patriotisme à bas bruit. Pourtant, certaines années, un titre s’impose avec une autorité qui dépasse la frontière. ‘Une bataille après l’autre’, grand vainqueur aux BAFTA 2026, a joué ce rôle, emportant meilleur film, meilleure réalisation, meilleur scénario adapté, meilleur montage, meilleure photographie et meilleur acteur dans un second rôle pour Sean Penn.

La somme compte, mais la nature des prix pèse davantage. Récompenser le montage et la photographie, c’est consacrer une mise en scène à l’os, un film où le rythme n’est pas un ornement, mais une charpente. Saluer un scénario adapté, c’est rappeler que l’écriture n’est pas une simple étape. En effet, c’est l’endroit où une œuvre décide de son point de vue et de ses angles morts. Anderson, cinéaste des électricités morales, gagne ici sur le terrain du collectif : les corps de métier, la salle, la conversation.

Il y a, dans ces triomphes-là, une part d’évidence et une part de circonstance. L’évidence tient à la signature : Paul Thomas Anderson sait créer des récits où l’intime devient politique sans devenir un tract. De plus, la tension se lit dans les silences autant que dans les déclarations. La circonstance, elle, appartient à la saison : à l’approche des Oscars, chaque victoire alimente une dynamique, chaque discours devient une note de bas de page à la campagne. Cette soirée-là, en tout cas, a resserré la course autour de son film.

Quant à Sean Penn, distingué en second rôle, il offre à la cérémonie son moment de relief humain. L’acteur n’a pas besoin d’être au centre pour déplacer un film. En effet, il suffit d’une scène qui tranche et d’une présence révélant la fatigue des idées. De plus, cela montre la violence des loyautés et la part de comédie noire qui survit dans les drames sérieux. Les BAFTA l’ont choisi comme on choisit une accentuation.

‘Sinners’ : trois prix pour une écriture qui refuse le prêt-à-penser

Derrière la locomotive Anderson, ‘Sinners’, grand gagnant aux BAFTA 2026 derrière Anderson, a pris la place du film qui marque sans écraser. Ryan Coogler y remporte le meilleur scénario original et Wunmi Mosaku celui de la meilleure actrice dans un second rôle. La récompense d’écriture est d’autant plus significative qu’elle distingue une invention à nu. En effet, elle n’est pas adossée à un roman, à un fait historique sanctuarisé ou à un prestige préexistant. Le scénario original, c’est l’endroit où le cinéma déclare sa liberté, mais aussi sa responsabilité.

L’on a beaucoup parlé, autour du palmarès, d’œuvres à forte dimension politique et historique. Il faut manier ces mots avec précision : dire politique, ce n’est pas coller une étiquette. En effet, c’est constater une façon d’éclairer des rapports de force, des héritages et des récits officiels. Coogler est primé parce qu’il construit une dramaturgie où le sens se fabrique à l’épreuve des personnages, et non dans un slogan. Mosaku, elle, gagne comme gagnent les actrices qui savent densifier un film : un rôle tenu, une intensité qui ne surjoue pas, une manière d’ouvrir l’écran sans s’y imposer.

Le troisième trophée attribué à ‘Sinners’ a rappelé l’importance des métiers qui sculptent la matière sensible d’un film, ceux qui fabriquent une atmosphère, un souffle, une mémoire qui persiste après la projection.

‘Hamnet’ : la maison britannique se choisit une reine, Jessie Buckley

Dans une cérémonie très internationale, le prix de meilleur film britannique résonne comme un geste de souveraineté culturelle. ‘Hamnet’ sacré meilleur film britannique, et Jessie Buckley, meilleure actrice aux BAFTA 2026. Ici, l’élégance compte autant que la victoire : celle d’un film capable de tenir ensemble la littérature, la perte et l’émotion sans effets. De plus, c’est aussi celle d’une actrice qui sait faire sentir un monde intérieur sans le commenter.

Buckley n’écrase pas l’écran, elle l’habite. Elle appartient à cette famille d’interprètes qui semblent penser avant de parler. En outre, son corps a toujours une phrase d’avance. Son prix, ce soir-là, a servi de contrepoint au triomphe industriel d’Anderson. En effet, cela rappelle que la grandeur d’une saison ne se mesure pas uniquement au nombre de statuettes. Mais elle se mesure aussi à l’endroit où une voix singulière s’impose.

Dans le groupe des lauréats, Jessie Buckley a offert ce que la soirée avait de plus rare : un instant de calme qui tranche avec le grand ballet des pronostics. Couronné 'meilleur film britannique', 'Hamnet' a rappelé que la tradition nationale peut encore produire des œuvres contemporaines, tendues, délicates. Son prix d’interprétation, lui, a fait entendre le pouvoir d’un jeu sans effets, où l’émotion n’est jamais forcée mais patiemment construite. Au milieu des grandes machines de la saison, cette victoire a eu le parfum d’une confidence. De plus, elle possède l’autorité tranquille d’un récit qui dure.
Dans le groupe des lauréats, Jessie Buckley a offert ce que la soirée avait de plus rare : un instant de calme qui tranche avec le grand ballet des pronostics. Couronné ‘meilleur film britannique’, ‘Hamnet’ a rappelé que la tradition nationale peut encore produire des œuvres contemporaines, tendues, délicates. Son prix d’interprétation, lui, a fait entendre le pouvoir d’un jeu sans effets, où l’émotion n’est jamais forcée mais patiemment construite. Au milieu des grandes machines de la saison, cette victoire a eu le parfum d’une confidence. De plus, elle possède l’autorité tranquille d’un récit qui dure.

Robert Aramayo, double reconnaissance : meilleur acteur et étoile montante

La soirée a aussi besoin de sa secousse. Robert Aramayo, meilleur acteur et étoile montante, l’a fournie, en remportant à la fois le prix du meilleur acteur pour ‘I Swear’ et l’EE Rising Star Award. La combinaison est rare et raconte une accélération : le métier salue une performance, le public couronne une promesse.

Le prix d’interprétation masculine est décerné dans une année où les films à thèse dominent souvent la conversation. Par ailleurs, il choisit un visage et une fragilité peut-être, mais aussi un personnage soutenu par ses contradictions. C’est aussi cela que la saison raconte : des films se disputent la première place, mais des acteurs, parfois, surgissent et imposent leur propre récit.

Joachim Trier et la respiration du hors anglophone

Le BAFTA du meilleur film en langue non anglaise est allé à ‘Sentimental Value’ de Joachim Trier. Ce trophée semble parfois une case, alors qu’il est une fenêtre. Il souligne que la cinéphilie à Londres n’est pas limitée par l’unilinguisme, car les œuvres circulent librement. En outre, elles conservent leurs nuances, leurs silences et leurs codes sans demander la permission.

Ce prix intègre Trier dans une conversation internationale où ses films s’insèrent naturellement. En effet, ils sont habitués à la finesse des failles et aux sentiments contrariés. Et il offre au palmarès une respiration, une pause dans l’accélération des récompenses majeures.

‘Marty Supreme’ : 11 nominations, 0 BAFTA, un record de soirée

Le revers de l’éclat, c’est l’échec public. ‘Marty Supreme’ repart bredouille malgré 11 nominations, un cas d’école pour comprendre la logique des votes. Un film peut être cité partout et choisi nulle part. Il suffit que chaque catégorie lui préfère un concurrent différent, qu’il plaise sans fédérer, qu’il intrigue sans rassembler.

La défaite, ici, n’est pas une condamnation esthétique. Elle est une photographie de soirée. Les académies votent en blocs et en fractures, avec leurs sensibilités, leurs écoles, leurs attachements à certains récits. Et le résultat, parfois, tient moins à l’absence de qualité qu’à l’absence d’unanimité.

Il n’empêche : cette déroute donne au film un autre statut, celui du perdant dont on reparlera. Les saisons adorent ces paradoxes. Un favori peut se réveiller ailleurs. Un film sans trophée peut devenir une référence dans les conversations, une œuvre qu’on défend parce qu’elle a été contrariée.

Sur le tapis rouge, William et Catherine ont donné une ouverture presque cinématographique à la cérémonie. En effet, c'était comme si le protocole précédait la fiction. Leur présence a rappelé que les BAFTA sont un palmarès, certes, mais aussi une scène nationale où le Royaume-Uni expose ses codes, son maintien, sa continuité. Dans une saison de prix mondialisée, Londres y revendique son tempo propre, entre tradition assumée et puissance industrielle. Et l’on comprend, à ce moment précis, que le cinéma est une affaire de symboles et de rituels. En effet, il s'agit aussi d'images qui gouvernent.
Sur le tapis rouge, William et Catherine ont donné une ouverture presque cinématographique à la cérémonie. En effet, c’était comme si le protocole précédait la fiction. Leur présence a rappelé que les BAFTA sont un palmarès, certes, mais aussi une scène nationale où le Royaume-Uni expose ses codes, son maintien, sa continuité. Dans une saison de prix mondialisée, Londres y revendique son tempo propre, entre tradition assumée et puissance industrielle. Et l’on comprend, à ce moment précis, que le cinéma est une affaire de symboles et de rituels. En effet, il s’agit aussi d’images qui gouvernent.

Le regard royal ou l’art britannique de faire du cinéma une institution

La présence du prince William, président des BAFTA depuis 2010, et de Catherine, princesse de Galles, a donné à la soirée son vernis protocolaire. Ce n’est pas un détail mondain. Cela rappelle qu’au Royaume-Uni, la culture est un récit national et une diplomatie de prestige. En outre, c’est une façon de dire le pays à lui-même et au monde.

La caméra cherche toujours ces symboles-là. Le tapis rouge devient un avant-film où se rencontrent industrie, tradition, spectacle et représentation. Cette année, l’apparition de la princesse a renforcé l’impression d’événement après son absence remarquée lors des éditions récentes. En effet, Londres aime ses rites et le cinéma, ce soir-là, s’est laissé couronner par eux.

Aperçue lors de la soirée, Teyana Taylor rappelle l’autre vérité des BAFTA : une cérémonie où la pop culture longe le cinéma d’auteur sans le contredire. L'événement crée, au-delà des trophées, une constellation de présences. Celles-ci circulent ensuite sur les réseaux sociaux. Elles se présentent sous forme de fragments, de silhouettes et de récits parallèles. Dans cette édition 2026, glamour, politique et émotion se sont téléscopés, comme si chaque tenue ajoutait un sous-texte à la compétition. Cela rappelle que la fête du cinéma, même très codée, demeure un art du carrefour. C'est aussi un lieu de collision heureuse.
Aperçue lors de la soirée, Teyana Taylor rappelle l’autre vérité des BAFTA : une cérémonie où la pop culture longe le cinéma d’auteur sans le contredire. L’événement crée, au-delà des trophées, une constellation de présences. Celles-ci circulent ensuite sur les réseaux sociaux. Elles se présentent sous forme de fragments, de silhouettes et de récits parallèles. Dans cette édition 2026, glamour, politique et émotion se sont téléscopés, comme si chaque tenue ajoutait un sous-texte à la compétition. Cela rappelle que la fête du cinéma, même très codée, demeure un art du carrefour. C’est aussi un lieu de collision heureuse.

Alan Cumming, la couture invisible d’une cérémonie

Une soirée de prix ne tient pas à ses seules enveloppes. Elle tient à sa cadence, à ses respirations, à l’art de passer d’un hommage à un rire, d’un discours à un silence. Alan Cumming a joué ce rôle de couture invisible, sans faire de l’animateur une star concurrente des lauréats. Il a évité le sarcasme trop facile, préférant la chaleur contrôlée. Celle-ci permet à un film d’exister dans la bouche des créateurs.

Les cérémonies modernes sont souvent bâties comme des montages rapides. Pourtant, les BAFTA conservent un goût de théâtre. Les regards de la salle y comptent autant que les discours. Les réactions y deviennent des contrechamps. Et le palmarès, finalement, ressemble à un film collectif, dont l’intrigue se révèle au fur et à mesure.

Londres, marchepied vers Hollywood : ce que dit ce palmarès à trois semaines des Oscars

Les BAFTA arrivent à un moment particulièrement lisible de l’année : la phase où les dynamiques se figent, où les campagnes se densifient, où un prix n’est plus seulement une distinction mais un argument. Dire qu’Anderson est favori ne suffit pas : l’intéressant, c’est de voir comment se construit ce statut. Il se construit par l’accumulation et la variété des prix remportés. De plus, un film réunit différentes sensibilités.

Emma Stone, aperçue dans la salle, a donné à la soirée ce reflet très particulier des grandes saisons : les visages passent, les films restent, et l’industrie s’observe en direct. Les BAFTA, étape décisive, offrent ce théâtre intermédiaire où l’on mesure l’élan d’une campagne avant la grande nuit hollywoodienne. Au milieu des ovations, des sourires et des poses, chacun écoute attentivement. En effet, les prix disent à demi-mot des rapports de force. Par ailleurs, en observant ces silhouettes se frôler, on comprend que le cinéma est une diplomatie de lumière. C'est aussi un art de raconter.
Emma Stone, aperçue dans la salle, a donné à la soirée ce reflet très particulier des grandes saisons : les visages passent, les films restent, et l’industrie s’observe en direct. Les BAFTA, étape décisive, offrent ce théâtre intermédiaire où l’on mesure l’élan d’une campagne avant la grande nuit hollywoodienne. Au milieu des ovations, des sourires et des poses, chacun écoute attentivement. En effet, les prix disent à demi-mot des rapports de force. Par ailleurs, en observant ces silhouettes se frôler, on comprend que le cinéma est une diplomatie de lumière. C’est aussi un art de raconter.

Dans ce tableau, Sinners s’installe comme l’œuvre qui porte l’écriture au premier plan, ‘Hamnet’ comme un triomphe de maison qui parle au dehors, ‘I Swear’ comme le tremplin d’un acteur, et ‘Sentimental Value’ comme le rappel qu’une édition réussie doit garder une fenêtre ouverte. Quant à ‘Marty Supreme’, il fait surgir la question la plus cruelle de toutes : qu’est-ce qu’un film récompensé, sinon un film tombé, ce soir-là, du bon côté du vote ?

Une soirée qui laisse des traces : le sens, la forme, et la mémoire des grands soirs

Ce qui demeure d’une cérémonie, au fond, n’est pas la liste mais la sensation : l’idée d’un goût collectif, la manière dont une institution raconte ce qu’elle veut célébrer. Les BAFTA 2026 ont mis au premier plan une œuvre qui réconcilie l’ambition et la technique, puis ont distribué des signaux plus fins : une écriture originale, une actrice en pleine puissance, un acteur en ascension, un cinéaste non anglophone, et un film à la défaite spectaculaire.

Il serait tentant d’en tirer une morale d’époque. Il vaut mieux y voir une photographie très nette : celle d’un cinéma où le sens ne dispense pas de la forme, où l’écriture est scrutée, où les interprétations deviennent des preuves, où les rituels, enfin, continuent de fabriquer du commun. À la sortie, dans le brouillard de la Tamise, les applaudissements avaient encore l’air d’un ressac. Londres venait de livrer son chapitre. Le suivant s’écrira à Hollywood, le 15 mars 2026, avec les mêmes questions, et d’autres surprises.

Vidéo de la cérémonie, côté coulisses et arrivée des invités, qui prolonge le récit de cette nuit londonienne sans le réduire à un palmarès.

Cet article a été rédigé par Pierre-Antoine Tsady.