Backrooms au cinéma : comment un mythe né sur Internet est devenu un pari culturel et industriel pour A24

Renate Reinsve apparaît ici lors d’une apparition publique, loin encore des couloirs oppressants associés au film. Ce portrait rappelle que Backrooms s’appuie aussi sur des interprètes capables d’ancrer humainement un imaginaire né en ligne.

Le film existe, la bande-annonce aussi. A24 annonce Backrooms pour le 29 mai 2026, tandis qu’AlloCiné et Pathé affichent le 17 juin 2026 pour la France. Ce décalage de calendrier ne relève pas d’un simple détail technique. Il évoque déjà un objet né sur les marges d’Internet. Ensuite, il est passé par YouTube, puis transformé par l’industrie du cinéma. Cependant, il n’a pas complètement perdu sa part de mystère.

Des couloirs jaunes du web à la vitrine d’un studio

Les Backrooms ne sont pas nées d’un roman, d’une franchise ni d’un film culte qu’il aurait suffi de relancer. Leur origine est plus pauvre, donc plus troublante. Une image banale, diffusée sur Internet, a servi de matrice à une fiction collective. On y voyait un espace vide, jaune, sans qualité apparente, à mi-chemin du bureau déserté, du local commercial impersonnel et du couloir administratif. À partir de là, le web a fait ce qu’il fait parfois de mieux. Il a épaissi une sensation jusqu’à en faire un monde.

Ce monde n’a jamais tenu d’abord à son intrigue. Sa force venait d’un climat. Les Backrooms donnent forme à une peur très contemporaine, celle d’un espace familier qui cesse soudain d’obéir à sa fonction. On ne tombe pas dans un château hanté, mais dans un lieu trop ordinaire pour être immédiatement menaçant. C’est précisément ce décalage qui produit l’angoisse. La moquette rassure presque. Le néon, lui, finit par devenir hostile.

AlloCiné rappelait, dans un article publié le 24 février 2026, combien cet imaginaire avait prospéré par contamination. Vidéos, récits, jeux amateurs, variantes de lore, hypothèses de monstres ou de niveaux. Tout un continent de culture en ligne s’est développé autour d’une idée minimale. Ce type de succès aurait pu rester à l’état de légende flottante, disponible pour d’infinies réécritures sans centre ni auteur véritable. Il a pourtant trouvé une forme plus nette avec Kane Parsons.

Le cinéaste, encore très jeune, s’est d’abord fait connaître sur YouTube, où ses courts métrages autour des Backrooms ont donné une consistance visuelle à ce qui n’était jusque-là qu’une fiction dispersée. Le geste compte. Parsons n’a pas inventé le mythe. Cependant, il l’a mis en scène avec une grande précision. Ainsi, il est devenu l’un des principaux organisateurs d’images. C’est là que le passage au cinéma devient intéressant. Le web n’est plus seulement une source d’inspiration. Il devient un réservoir de formes, de rythmes et de peurs déjà partiellement mises en scène.

A24 a vu ce potentiel. Le studio, qui a fait de la singularité un argument aussi fort que sa ligne éditoriale, tient ici un projet doublement séduisant. D’un côté, un imaginaire natif d’Internet, donc déjà chargé d’une puissance virale. De l’autre, un jeune réalisateur identifié à cette mythologie, capable de porter le film sans l’exposer comme une pure opération de récupération. La promesse industrielle consiste à transformer un folklore numérique en objet de cinéma sans lui retirer toute sa part d’indétermination.

Ce visuel promotionnel met en avant Finn Bennett dans l’atmosphère jaune et claustrée qui constitue déjà la signature visuelle de Backrooms. Le cadrage serré, la lumière maladive et l’absence de repères confortables suggèrent une désorientation. Le film privilégie la désorientation plutôt que l’exposition frontale de la menace.
Ce visuel promotionnel met en avant Finn Bennett dans l’atmosphère jaune et claustrée qui constitue déjà la signature visuelle de Backrooms. Le cadrage serré, la lumière maladive et l’absence de repères confortables suggèrent une désorientation. Le film privilégie la désorientation plutôt que l’exposition frontale de la menace.

La fiche d’A24 donne les repères les plus solides. Backrooms est réalisé par Kane Parsons, écrit par Will Soodik et porté par Chiwetel Ejiofor et Renate Reinsve. Le synopsis, très bref, évoque l’apparition d’une étrange porte dans le sous-sol d’un magasin de meubles. AlloCiné ajoute une durée de 1 heure 45, une classification entre épouvante et science-fiction, un distributeur français, Metropolitan FilmExport, ainsi qu’un casting élargi où figurent aussi Mark Duplass, Finn Bennett, Lukita Maxwell, Avan Jogia et Cristin Milioti.

Une date américaine, une date française, et tout ce que ce décalage raconte

Le point le plus concret, pour le lecteur, reste aussi le plus instable. A24 affiche le 29 mai 2026. AlloCiné et Pathé indiquent le 17 juin 2026 pour les salles françaises. À ce stade, les deux informations peuvent coexister sans contradiction de fond, à condition de ne pas les confondre. La première relève manifestement de la sortie annoncée par le studio. La seconde correspond au calendrier français tel qu’il est actuellement relayé par les principaux repères de consultation du public.

En revanche, rien ne permet de reprendre sans précaution une date antérieure du 22 avril 2026, qui a pu circuler dans certains flux ou sélections éditoriales. Sans confirmation explicite du distributeur pour la France, cette mention doit être tenue pour fragile. C’est un point de méthode, mais aussi un enjeu de crédibilité. Un sujet comme celui-ci attire vite le commentaire, le partage et l’anticipation. Plus l’objet est attendu, plus la rigueur sur les métadonnées devient nécessaire.

Ce flottement dit quelque chose d’assez juste de l’époque. Les films n’existent plus seulement par des communiqués, des affiches et des dates arrêtées une fois pour toutes. Ils circulent très tôt sous forme de fiches, de teasers, de listings, de calendriers territoriaux, de captures et de reprises successives. Une sortie devient une information mobile. Le public l’apprend simultanément sur plusieurs plateformes. Cependant, ces plateformes ne communiquent pas toujours au même moment ni pour le même marché.

Dans le cas de Backrooms, cette dissémination du calendrier n’est pas seulement un bruit de fond industriel. Elle résonne avec la matière même du film. Les Backrooms, depuis l’origine, racontent une perte de repères. Elles mettent en scène un espace qui ressemble à quelque chose de connu sans jamais coïncider avec un lieu stable. Que leur adaptation cinématographique arrive au public par plusieurs horloges légèrement décalées n’a rien d’une preuve esthétique, bien sûr. Mais la coïncidence est suffisamment parlante pour nourrir la lecture du phénomène.

AlloCiné, dans son article du 1er avril 2026 consacré à la bande-annonce, insiste d’ailleurs sur l’aura d’attente qui entoure déjà le film. Le texte ne vend pas seulement un récit. Il met en avant la jeunesse de Kane Parsons, la puissance du mythe web et la curiosité suscitée par une adaptation que beaucoup pensaient impossible à stabiliser en long métrage. Le cœur de la campagne tient là. Backrooms n’est pas présenté comme un simple film d’horreur à venir, mais comme l’épreuve d’une transposition.

Mark Duplass, photographié ici au festival de Sundance, fait partie du casting confirmé de Backrooms selon les fiches publiques consultées. Sa présence indique que le film repose sur plus qu’un concept visuel né en ligne. En effet, il s’appuie aussi sur une distribution capable de soutenir un récit plus ample et incarné.
Mark Duplass, photographié ici au festival de Sundance, fait partie du casting confirmé de Backrooms selon les fiches publiques consultées. Sa présence indique que le film repose sur plus qu’un concept visuel né en ligne. En effet, il s’appuie aussi sur une distribution capable de soutenir un récit plus ample et incarné.

Le pari de Kane Parsons

Le vrai enjeu, désormais, n’est plus de savoir si le film existe. Il faut se demander ce qu’il peut devenir au long cours. Les Backrooms, à l’état natif, vivaient de leur incomplétude. Elles fascinaient parce qu’elles laissaient une place immense à l’imagination du spectateur ou de l’internaute. Le cinéma, lui, doit choisir. Il doit distribuer les corps, les durées, les points de vue, les intensités. Il doit construire.

C’est ici que Kane Parsons sera attendu. Le passage de la vidéo virale au long métrage n’a rien d’automatique. Un plan saisissant, une atmosphère immédiatement reconnaissable ou un faux document très convaincant ne suffisent pas à tenir une heure quarante-cinq. Il faut transformer une intuition plastique en dramaturgie, sans étouffer ce qui faisait la singularité du matériau d’origine. Trop expliquer serait fatal. Trop préserver le vide le serait aussi.

Chiwetel Ejiofor, ici au Festival international du film de Toronto en 2024, conduit l’affiche de Backrooms aux côtés de Renate Reinsve. Sa présence donne au projet un poids dramatique immédiat et une assise de cinéma pleinement constitué face à un imaginaire né du web.
Chiwetel Ejiofor, ici au Festival international du film de Toronto en 2024, conduit l’affiche de Backrooms aux côtés de Renate Reinsve. Sa présence donne au projet un poids dramatique immédiat et une assise de cinéma pleinement constitué face à un imaginaire né du web.

A24 semble avoir compris cette difficulté. Le studio communique peu, avance avec des éléments choisis et maintient une part de retrait autour du récit. La bande-annonce officielle confirme surtout un ton. Elle installe un trouble. Elle promet des corps happés par l’espace, des couloirs qui ne conduisent nulle part, une angoisse moins démonstrative que progressive. En cela, elle reste fidèle à la logique des Backrooms, qui ont toujours davantage relevé du malaise que du choc.

Le casting va dans le même sens. Ejiofor et Reinsve donnent au film une tenue qui le sort d’emblée du registre de la curiosité pour initiés. Mark Duplass élargit encore cette promesse. Autour d’eux, des visages plus jeunes ou moins installés accompagnent l’ouverture du projet à un public plus large. Rien n’assure encore la réussite du film. Mais tout indique qu’il ne sera pas présenté comme une simple extension de contenu viral.

Lukita Maxwell, photographiée en 2024, figure, elle aussi, dans la distribution annoncée de Backrooms par les fiches de casting consultées. Sa présence aux côtés de comédiens déjà très identifiés contribue à élargir l’horizon du film et à lui donner une véritable épaisseur d’ensemble.
Lukita Maxwell, photographiée en 2024, figure, elle aussi, dans la distribution annoncée de Backrooms par les fiches de casting consultées. Sa présence aux côtés de comédiens déjà très identifiés contribue à élargir l’horizon du film et à lui donner une véritable épaisseur d’ensemble.

Il faut donc regarder Backrooms pour ce qu’il est déjà. Non un fantasme de plateforme, ni encore une œuvre jugée sur pièces, mais un point de rencontre entre plusieurs régimes d’images. Un folklore anonyme né d’Internet. Une série de films courts qui lui a donné une signature. Un studio qui transforme cette énergie en lancement mondial. Et, au milieu, une question très simple, presque ancienne. Comment filmer l’angoisse quand elle vient d’un lieu trop banal pour être immédiatement croyable.

Dans ce second portrait, Renate Reinsve apparaît loin des visuels anxieux du film, dans une image plus calme et plus ouverte. Cet écart rappelle ce qu’exige aussi Backrooms de ses interprètes, faire tenir des présences humaines nettes dans un univers fondé sur la déréalisation et la perte des repères.
Dans ce second portrait, Renate Reinsve apparaît loin des visuels anxieux du film, dans une image plus calme et plus ouverte. Cet écart rappelle ce qu’exige aussi Backrooms de ses interprètes, faire tenir des présences humaines nettes dans un univers fondé sur la déréalisation et la perte des repères.

À ce stade, le plus juste est sans doute de s’en tenir à cette ligne claire. Oui, Backrooms est désormais un film de studio, signé A24, mis en scène par Kane Parsons. Oui, sa date américaine affichée est le 29 mai 2026, tandis que les repères français consultés pointent le 17 juin 2026. Et c’est peut-être déjà beaucoup. Un mythe né dans un couloir sans issue entre enfin dans le circuit du cinéma. Il n’y entre pas tout à fait d’un seul bloc. Il y entre avec un léger décalage, ce qui lui ressemble assez bien.

Bande annonce officielle du film Backrooms

Cet article a été rédigé par Christian Pierre.