
Crédits : Pexels / Freerange Stock.
Entendu le 15 juillet 2026 à Toulouse, Cédric Jubillar a reconnu avoir étranglé Delphine Aussaguel dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020. Ses déclarations, suivies de la découverte d’une partie des ossements de la victime, ont conduit au report de son procès en appel. Elles ne dispensent pourtant ni des expertises ni de la confrontation de son récit aux éléments déjà versés au dossier.
Des aveux consignés dans un procès-verbal
Le document au cœur de ce nouveau tournant judiciaire n’est pas accessible au public. Franceinfo affirme avoir consulté le procès-verbal de l’audition menée le 15 juillet. Le Parisien dit avoir examiné le même document, établi devant une magistrate de la cour d’appel de Toulouse. Leurs extraits concordent sur l’essentiel : Cédric Jubillar y déclare reconnaître les faits. Il affirme avoir saisi son épouse au cou jusqu’à ce qu’elle tombe inerte.
Cette reconnaissance intervient après plus de cinq ans de dénégations. En octobre 2025, la cour d’assises du Tarn l’a condamné à trente ans de réclusion criminelle pour le meurtre de Delphine Aussaguel. L’accusé ayant fait appel, l’affaire doit encore être rejugée par une cour d’assises d’appel à Toulouse.
Dans sa nouvelle version, Cédric Jubillar affirme s’être réveillé vers une heure du matin. Il dit avoir perdu le contrôle au cours d’une dispute. Les paroles qu’il prête à Delphine Aussaguel relèvent de son seul récit. Il en va de même pour l’explication de son geste. Ces affirmations ne peuvent être tenues ni pour établies ni pour une justification du passage à l’acte.
Une localisation corroborée, une chronologie encore discutée
Cédric Jubillar raconte ensuite avoir placé le corps dans une voiture. Il dit avoir quitté le domicile de Cagnac-les-Mines et rejoint un chantier près de la route de Cordes-sur-Ciel. Il affirme y avoir creusé à mains nues dans un monticule de terreau. Selon lui, il est ensuite rentré chez lui et a jeté plusieurs effets personnels de Delphine Aussaguel dans la poubelle d’un voisin. Ces gestes ne sont connus que par les extraits du procès-verbal publiés le 21 juillet.
Le lendemain de l’audition, des ossements ont été découverts dans le secteur de Mailhoc indiqué aux enquêteurs. Une partie des restes a été identifiée comme appartenant à Delphine Aussaguel. Cette découverte donne un poids matériel à l’indication de lieu fournie par Cédric Jubillar. Elle ne valide pas pour autant l’ensemble de sa chronologie, le mobile avancé ni les circonstances exactes de la mort.
Un premier décalage apparaît déjà sur l’heure des faits. Selon Le Parisien, le récit situe la dispute autour d’une heure du matin. Cette version diffère de la chronologie soutenue au premier procès à partir de plusieurs témoignages. Les données téléphoniques, les déclarations recueillies pendant l’instruction et les constatations de terrain devront donc être confrontées à cette nouvelle version.
Les informations médico-légales rendues publiques restent, elles aussi, limitées. La cause précise du décès et l’exhaustivité des restes retrouvés ne sont pas encore connues. La compatibilité des constatations médico-légales avec les aveux reste également à établir. Les déclarations de l’accusé constituent désormais une pièce centrale du dossier, pas la fin du travail de preuve.
La préméditation reste une question ouverte
Me Malika Chmani, avocate des enfants, s’est exprimée auprès de La Dépêche du Midi. Elle a rappelé que la qualification de meurtre, et non d’assassinat, reste retenue contre Cédric Jubillar. L’article 221-3 du Code pénal précise qu’un meurtre commis avec préméditation ou guet-apens constitue un assassinat. Or Cédric Jubillar présente son geste comme une réaction soudaine. Il affirme n’avoir eu ni destination ni plan lorsqu’il a quitté la maison.
Cette affirmation devra être comparée aux incohérences relevées dans sa nouvelle chronologie et aux éléments matériels déjà débattus en première instance. La découverte des ossements ne tranche pas cette question. Elle confirme un lieu de dissimulation, sans établir quand celui-ci aurait été repéré ni si le meurtre avait été préparé.
La cour d’assises d’appel devra ainsi distinguer l’aveu vérifiable de la version non corroborée de l’accusé. Elle devra aussi déterminer ce que les investigations peuvent objectiver. Enfin, elle appréciera la portée de cinq années de dénégations au regard d’un récit livré après une première condamnation.

Où en est le procès de Cédric Jubillar ?
Le procès en appel ne débutera pas le 21 septembre 2026 comme prévu. La cour d’appel de Toulouse l’a renvoyé au premier semestre 2027 pour permettre les actes complémentaires. Ce délai doit aussi garantir le respect du contradictoire. Chaque partie pourra ainsi connaître et discuter les nouveaux éléments. Le communiqué de la cour, rapporté le 21 juillet par La Dépêche du Midi, évoque également la nécessité d’une enquête sereine.
Le 22 juillet, Chantal Ferreira, première présidente de la cour d’appel, s’est exprimée au micro d’ICI Occitanie. Elle a évoqué de nouvelles fouilles, une remise en situation des faits et des expertises psychologiques. Elle a aussi indiqué que l’audience, initialement prévue sur quatre semaines, devrait plutôt durer une dizaine de jours.
Les avocats des enfants situent la date butoir au 19 avril 2027. Dans son entretien, Chantal Ferreira a dit souhaiter une audience avant le 20 avril. Cette date marque le terme de la première prolongation de six mois de la détention provisoire. D’ici là, les enquêteurs devront rechercher d’autres ossements, éprouver la cohérence du récit et préciser les circonstances de la mort. Les aveux de Cédric Jubillar ont profondément modifié le dossier ; ils n’ont supprimé ni les contradictions ni la nécessité d’un nouveau procès.