
Amal Khalil, correspondante du quotidien libanais Al-Akhbar, a été tuée le mercredi 22 avril dans le sud du Liban, selon plusieurs médias concordants et des organisations de défense de la presse. Deux jours plus tard, ses obsèques ont cristallisé une colère plus large : celle d’une profession exposée, dans une zone où la trêve annoncée entre Israël et le Liban reste précaire et juridiquement lourde de questions.
Une journaliste de terrain devenue le visage d’une faille de protection
Amal Khalil travaillait depuis 2006 pour Al-Akhbar et couvrait de longue date le sud du Liban, au plus près des habitants, des destructions et des lignes de front. Son profil est essentiel pour comprendre le drame, car elle n’est pas qu’une victime civile parmi tant d’autres. En effet, elle est une professionnelle reconnue localement pour son rôle de correspondante. De plus, elle exerce dans une région où documenter les faits est devenu risqué.
La chronologie disponible reste partielle, mais plusieurs éléments convergent. Selon Le Monde, la journaliste est morte la veille de ses funérailles lors d’une frappe israélienne. L’Associated Press, qui cite le ministère libanais de la santé et le journal Al-Akhbar, rapporte qu’elle s’était abritée dans une maison à al-Tiri après une première frappe près du véhicule où elle se trouvait avec une collègue, Zeinab Faraj. Cette seconde journaliste a été blessée.
Sur les circonstances précises, la prudence s’impose. Les récits disponibles évoquent une première frappe, puis une seconde sur le bâtiment où les deux journalistes s’étaient réfugiées. Cependant, l’intention militaire et la chaîne de décision ne sont pas établies de manière indépendante à ce stade. Par ailleurs, on ignore si les forces israéliennes connaissaient la présence de journalistes.
L’armée israélienne, citée par AP, affirme que des personnes présentes dans le village auraient violé le cessez-le-feu et mis ses troupes en danger. Elle nie viser des journalistes et conteste avoir empêché l’accès des secours, tout en indiquant que l’incident fait l’objet d’un examen. Cette position ne permet pas, en l’état, de trancher juridiquement les faits, mais elle fixe déjà un point central du dossier : l’écart entre la version israélienne, les accusations libanaises et la difficulté d’une vérification indépendante immédiate.

Ce que dit le droit international humanitaire
Sur le plan du droit, le principe est clair. Le Comité international de la Croix-Rouge souligne que les journalistes, considérés comme civils, bénéficient d’une protection contre les attaques directes. Toutefois, cette protection est valable uniquement s’ils ne participent pas directement aux hostilités. Autrement dit, leur présence dans une zone de guerre ne les prive pas de cette protection. C’est aux belligérants de distinguer entre cibles militaires et personnes civiles, puis d’adapter leurs opérations en conséquence.
Dans ce cadre, deux questions doivent être séparées. La première est factuelle : Amal Khalil était-elle identifiable comme journaliste au moment de la frappe, et les forces ayant frappé disposaient-elles d’informations suffisantes sur sa présence ? La seconde est juridique : les règles de distinction, de précaution et de proportionnalité ont-elles été respectées ? Tant que ces points ne sont pas établis par des éléments vérifiables, parler de ciblage intentionnel ou de qualification pénale définitive serait aller au-delà de ce que permettent les faits connus.
Cela n’empêche pas les organisations de défense de la presse d’alerter. Le Comité pour la protection des journalistes s’est dit indigné et a estimé que des journalistes avaient apparemment été visés à al-Tiri. L’organisation évoque aussi des secours qui auraient été entravés avant la récupération du corps. Ces formulations restent attribuées à CPJ : elles renforcent la gravité du dossier, sans se substituer à une enquête indépendante.
Le cas Amal Khalil s’inscrit d’ailleurs dans une série plus large. Selon AP, sa mort porte à neuf le nombre de journalistes tués au Liban depuis le début de l’année 2026. Ce chiffre nécessite un suivi constant, car le contexte évolue rapidement, alimentant ainsi une inquiétude de fond. En effet, la couverture du conflit devient plus dangereuse alors que l’accès à une information vérifiable est crucial. Cela est essentiel pour les civils et pour évaluer les responsabilités.
Une trêve prolongée, mais un terrain qui reste hors de contrôle
Les obsèques de la journaliste se sont tenues alors qu’un autre récit occupait la scène diplomatique. Selon Le Monde, Donald Trump a annoncé le jeudi 23 avril une prolongation de trois semaines du cessez-le-feu. Cette prolongation concerne l’accord entre Israël et le Liban, décidée après un nouveau cycle de discussions. Sur le papier, cette prolongation devait offrir une accalmie et laisser une marge à la négociation.
Mais le cas d’Amal Khalil montre combien une trêve peut être politiquement proclamée sans produire de sécurité tangible sur le terrain. Le cessez-le-feu ne supprime ni les risques de frappes, ni les tensions locales, ni les contestations sur ce qui constitue une violation. Il ne résout pas seul la question de l’accès des secours, ni le travail des reporters. De plus, il ne garantit pas la possibilité de documenter les destructions en cours.
C’est en cela que l’affaire dépasse le seul récit d’un enterrement. Les proches d’Amal Khalil, cités par Le Monde, décrivent une journaliste qui portait la voix du sud du Liban. Formellement, cette formule relève de l’hommage. Mais politiquement et juridiquement, elle désigne aussi une fonction démocratique : rendre visibles des faits dans un espace saturé par les récits concurrents des belligérants.

Ce que l’on sait, et ce qui doit encore être établi
À ce stade, plusieurs points peuvent être tenus pour solides : Amal Khalil était une journaliste libanaise de Al-Akhbar ; elle a été tuée dans le sud du Liban le 22 avril 2026 ; ses obsèques ont eu lieu dans un climat de colère locale le 24 avril ; et l’affaire survient alors qu’une prolongation du cessez-le-feu était annoncée. En revanche, il faut encore des vérifications indépendantes pour les circonstances militaires exactes et l’éventuel caractère intentionnel de la frappe. De plus, le déroulé complet de l’accès aux secours doit être examiné.
C’est précisément pour cette raison que son cas devient un test. Il est essentiel de protéger les journalistes, mais aussi de garantir la crédibilité du droit de la guerre. Cela est particulièrement important lorsque les combats continuent dans l’ombre d’une trêve. Tant que les faits ne sont pas établis de manière transparente, la responsabilité des belligérants reste une question ouverte. Mais une chose, elle, apparaît déjà nettement : au Liban, la promesse de protection des journalistes n’a pas résisté au terrain.
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