
Le visuel officiel d‘Alice and Steve’ installe Nicola Walker et Jemaine Clement au seuil d’une crise familiale très britannique. Entre malaise domestique et promesse de plateforme, la série avance son humour acide. Crédits : Disney+ / Hulu.
Sacrée à Canneseries 2026 avant son lancement du 8 juin, Alice et Steve transforme un ressort de comédie sentimentale en guerre familiale. Portée par Nicola Walker et Jemaine Clement, la série britannique arrive sur Disney+ et Hulu selon les territoires. Elle compte six épisodes de trente minutes et affiche une promesse plus grinçante que romantique.
Trois prix pour une comédie du malaise
Le signal est assez rare pour être noté. La saison 9 de Canneseries s’est tenue du 23 au 28 avril 2026 au Palais des Festivals de Cannes. À sa clôture, Alice and Steve a quitté la compétition avec trois prix. La série remporte la meilleure série, le prix spécial d’interprétation pour l’ensemble du casting et le prix du jury lycéen.
Le palmarès a été confirmé par plusieurs sources indépendantes du diffuseur, dont CB News avec l’AFP et Cineuropa. Ce n’est donc pas seulement une opération de plateforme autour d’un nouveau titre britannique. Canneseries a consacré une série qui prend un sujet volontairement inconfortable et le place au centre de son dispositif comique.
Le pitch tient en une blessure intime. Alice découvre que Steve, son meilleur ami de longue date, entame une relation avec Izzy, sa fille de 26 ans. Elle ne craint pas seulement une liaison déplacée ou embarrassante : elle voit deux liens essentiels lui échapper en même temps. La série raconte ensuite la dérive de cette amitié en affrontement, entre sabotage, ressentiment et humiliation domestique.
Une wrong-com revendiquée par Disney
Dans ses communiqués, Disney UK présente Alice and Steve comme une wrong-com. Autrement dit, une anti-comédie romantique où le malaise compte autant que l’élan amoureux. La formule reste promotionnelle, mais le palmarès de Canneseries lui donne une autre portée. Le festival n’a pas seulement distingué une idée choc. Il a validé une mécanique de comédie construite sur l’embarras, la loyauté et la gêne sociale.
La série est créée et écrite par Sophie Goodhart, passée par l’univers de Sex Education, et réalisée par Tom Kingsley. Disney la décrit comme un format de six épisodes de 30 minutes, produit par Clerkenwell Films. Nicola Walker joue Alice et Jemaine Clement incarne Steve. Yali Topol Margalith prête ses traits à Izzy, tandis que Joel Fry joue Daniel, le mari d’Alice.

La triple récompense aide à comprendre ce qui a pu convaincre Canneseries. Le prix de la meilleure série signale un équilibre entre concept et tenue narrative. L’intrigue ne se contente pas de provoquer : elle organise la dégradation d’un lien ancien. Le prix spécial d’interprétation insiste sur la dépendance de l’ensemble au jeu collectif, indispensable pour que quatre personnages moralement discutables restent observables. Le prix du jury lycéen, enfin, suggère que le malaise familial dépasse les générations adultes. Il devient lisible comme conflit de places, de désir et d’autorité.
Ce cadre permet d’éviter la simple fiche streaming. Alice et Steve ne repose pas sur la question de savoir si la relation entre Steve et Izzy doit être approuvée. Son vrai moteur dramatique est plus précis : que devient une amitié adulte quand elle occupait déjà une place ambiguë dans une famille ? Et que révèle la panique d’Alice, quand son désir de protéger sa fille se confond avec son besoin de garder Steve pour elle ? C’est là que le palmarès prend son sens. Il récompense moins une romance qu’un dispositif capable de transformer une transgression intime en guerre de territoire affectif.
Une réception déjà moins confortable que le palmarès
Le prix de Canneseries donne à la série une légitimité immédiate, mais il ne suffit pas à la rendre consensuelle. La critique publiée par TechRadar le 3 juin souligne l’efficacité comique, la présence de Nicola Walker et le rythme des épisodes. Elle pointe aussi une alchimie fragile entre Steve et Izzy et des choix narratifs frustrants. The Guardian, beaucoup plus sévère le 8 juin, reproche à la série de contourner les questions de pouvoir et d’âge. Le contraste est précieux. Il déplace l’article hors du seul discours Disney et montre que la réussite festivalière repose sur une zone de risque réelle.
L’intérêt culturel d’Alice et Steve se joue précisément dans cette fracture de réception. Les comédies britanniques récentes ont souvent travaillé les zones de honte, de dépendance et d’égoïsme. Elles le font avec une liberté plus mordante que les comédies sentimentales classiques. Ici, la situation initiale paraît presque trop grosse pour être vraie. Si la série fonctionne, c’est parce qu’elle fait de cette invraisemblance un révélateur de possessivité. Si elle échoue, comme le suggèrent les réserves de la presse anglo-saxonne, l’inconfort promis devient un simple ressort de scénario. Il n’est alors plus interrogé jusqu’au bout.
La récompense d’ensemble attribuée au casting prend alors un sens particulier. Une telle mécanique ne peut fonctionner que si les personnages restent regardables malgré leurs calculs. Alice doit être à la fois blessée et excessive. Steve doit rester plus qu’un simple déclencheur de scandale. Izzy ne peut pas être réduite à la fille qui trahit sa mère. Daniel, lui, sert de point de friction supplémentaire, parce que la crise d’Alice contamine tout l’équilibre familial.
Ce que le lancement du 8 juin change
Le 8 juin 2026 marque le passage de la série du circuit festivalier à l’exposition grand public. Disney UK annonce une disponibilité sur Disney+ au Royaume-Uni et en Irlande, tandis que Hulu sert de plateforme américaine. Pour le public français, la prudence reste nécessaire. Le brief de sélection Franceinfo signale le sujet pour les lecteurs francophones. Mais la disponibilité exacte dans le catalogue Disney+ France doit être vérifiée si l’article devient une recommandation localisée.
Cette nuance n’enlève rien au fait d’actualité. Après Canneseries, Alice et Steve arrive avec une identité déjà lisible. Elle réunit six épisodes courts, un quatuor d’acteurs identifié et une créatrice associée à la comédie relationnelle contemporaine. Son ressort narratif reste assez dérangeant pour faire débat. Le festival a récompensé une comédie qui ne cherche pas à réconcilier tout le monde. C’est probablement ce qui la rend plus intéressante qu’une simple nouveauté de plateforme.