
Sourires de gala, façades impeccables. Ce vernis peut cacher des blessures. Le prestige n’immunise pas contre l’emprise. Amour, gloire, beauté, et la peur.
À partir de la prise de parole d’Alexandra Rosenfeld, ex-Miss France, qui a décrit le 3 septembre 2025 dans Quotidien une relation marquée par des violences et une emprise attribuées au chef Jean Imbert), cet article éclaire ce que vivent majoritairement les femmes dans le couple. Il met en perspective les récits d’autres ex-compagnes et explicite les mécanismes. De plus, il rappelle les ressources d’aide. Ensuite, il aborde les garanties procédurales en fin de texte.
« Ce qui ne se voit pas » : ce que raconte Alexandra Rosenfeld
Sur le plateau de Quotidien, Alexandra Rosenfeld a décrit une relation située au début des années 2010 où, dit-elle, les humiliations répétées ont progressivement structuré le quotidien : dénigrement de ses origines sociales, critiques sur ses proches, commentaires sur son apparence ou ses activités. Elle situe le cœur de la violence dans l’atteinte psychologique : moins des coups, davantage des rabaissements constants qui sapent l’estime de soi.
L’ex-Miss France raconte aussi l’intrusion dans sa vie privée. En outre, elle décrit la présence insistante devant chez elle. De plus, cela se passe dans les parties communes de l’immeuble et près de l’école de sa fille. Enfin, il y a des appels à sa mère. Elle affirme par ailleurs avoir subi un coup au visage, entraînant une fracture du nez, épisode que l’intéressé conteste. Au-delà du fait allégué, c’est la difficulté de rompre qu’elle met en avant : « on part et on revient », explique-t-elle en substance, l’emprise rendant la séparation précaire et toujours menacée de retournement.
Ce témoignage d’une survivante de violences conjugales, rare chez une personnalité médiatique, vaut moins pour le sensationnel que pour l’éclairage qu’il apporte sur un phénomène encore mal compris : comment la violence peut s’installer sans fracas, puis contraindre.

Témoignages de violences conjugales : des schémas similaires décrits par d’ex-compagnes
Le récit d’Alexandra Rosenfeld s’inscrit dans un chorus de témoignages. Lila Salet, ex-compagne, a déposé plainte pour violences conjugales et séquestration pour des faits qu’elle situe en 2012-2013. Dans les médias, elle a parlé de remarques insidieuses, d’une jalousie intense et d’un durcissement des comportements. D’autres femmes évoquent aussi des violences psychologiques et, pour certaines, des atteintes physiques. L’intéressé conteste ces récits et a annoncé se mettre en retrait de ses activités pendant l’enquête.
Au-delà de leurs nuances, ces témoignages pointent un même mécanisme : installer la dévalorisation (critiques, sarcasmes), resserrer l’étau (surveillance, intrusions, isolement), faire alterner gestes d’affection et menaces latentes. Cette alternance produit la sidération et l’incertitude qui rendent la rupture difficile.
Comprendre l’emprise : du contrôle coercitif à l’isolement
Dans la définition des violences conjugales, l’emprise renvoie au contrôle coercitif : plus qu’un épisode, un système. Il s’exprime par des comportements répétés : critiques, humiliations, contrôle des déplacements, accès restreint aux ressources, intrusions physiques ou numériques, chantage émotionnel. L’objectif est d’obtenir la conformité en affaiblissant l’autonomie de la personne.
Ce cadre explique plusieurs paradoxes apparents :
- « Pourquoi ne part-elle pas ? » Le cycle tension – explosion – justification – lune de miel entretient l’espoir et la peur. Parfois, des réactions sous emprise, dites « abus réactif », surviennent. Ainsi, partir expose souvent à une escalade.
- « Pourquoi n’y a-t-il pas de preuves visibles ? » Les violences psychologiques laissent peu de traces matérielles mais altèrent durablement la santé mentale (anxiété, insomnies, état de stress post-traumatique).
- « Pourquoi parler des années après ? » La sidération et la honte retardent la parole. Par ailleurs, certaines procédures se prescrivent avec le temps. De plus, la parole d’une personne connue peut libérer d’autres récits.
Un phénomène massif et genré
En France, les services de sécurité ont enregistré environ 271 000 victimes en 2023 pour des faits de violences intrafamiliales. De plus, ces violences concernent aussi celles au sein du couple, dont environ 85 % de femmes. La même année, 119 personnes sont mortes sous les coups au sein du couple. Parmi elles, 96 femmes ont perdu la vie. Ainsi, cela représente un décès tous les trois jours. Les associations soulignent que seule une fraction des victimes signale les faits : le « chiffre noir » reste élevé.
Ces violences prennent plusieurs formes : physiques, sexuelles, verbales/psychologiques, économiques (contrôle de l’argent, endettement imposé), et administratives (rétention de documents, entraves). Elles affectent les enfants, même sans coups directs, par exposition à des scènes d’agression, avec des conséquences psychiques documentées.

Encadrer, protéger, documenter : que faire et à qui s’adresser
- En danger immédiat ? Composer le 17 (police/gendarmerie) ou le 112.
- Écoute, conseil, orientation : 3919 (gratuit, anonyme, 24 h/24 – 7 j/7), opéré par des professionnelles formées.
- Soutien global : 116 006 (France Victimes) pour l’aide psychologique et juridique.
- Mesures de protection : Le juge aux affaires familiales peut émettre une ordonnance de protection. Elle inclut des interdictions de contact, l’attribution du logement et des mesures pour les enfants. En cas de danger, un bracelet anti-rapprochement peut être utilisé. Selon les départements, un téléphone grave danger est également disponible.
- Constituer un dossier : faire constater médicalement (médecin, idéalement UMJ), conserver les messages et captures, photos de blessures, certificats, attestations de proches, dates et lieux.
- Accompagnement local : CIDFF, centres municipaux d’action sociale, maisons de justice et du droit, associations spécialisées.
L’objectif n’est pas uniquement pénal : il s’agit aussi de sécuriser le présent (hébergement, éloignement, enfants) et de préparer l’avenir (soins, travail, autonomie financière).
La portée d’une parole publique
Quand une personne connue témoigne, l’écho médiatique peut être ambivalent : il libère d’autres voix et met la pression sur les institutions, il peut aussi surchauffer l’espace public, avec des campagnes de dénigrement, du doxing ou des procès sur les réseaux sociaux. D’où l’importance d’un traitement sobre : rappeler ce qui est établi, ce qui est allégué, ce qui est en cours d’investigation.
Dans cette affaire, l’apport principal du témoignage d’Alexandra Rosenfeld tient à la pédagogie du réel : dire les micro-atteintes, l’alternance de menaces et d’excuses, la peur lors de la rupture, la charge mentale et administrative pour se protéger. Ces éléments, confirmés par d’autres récits, révèlent un continuum de violences. Trop souvent, il est pris au sérieux seulement lorsqu’un drame éclate.
Cadre légal : ce que dit la loi sur les violences psychologiques
Le Code pénal sanctionne les violences au sein du couple « quelle que soit leur nature », y compris psychologiques. Le harcèlement moral conjugal constitue une infraction spécifique. En effet, il s’agit d’agissements répétés visant une dégradation des conditions de vie. De plus, cela porte atteinte à la santé physique ou mentale. Les peines sont aggravées en présence d’un mineur ou en cas d’incapacité. Il y a aussi les infractions de menaces, de harcèlement et d’appels malveillants. Par ailleurs, on trouve l’intrusion dans le domicile ou les atteintes aux systèmes d’information. Cela inclut l’espionnage numérique et la géolocalisation.
Côté civil, l’ordonnance de protection permet des mesures rapides. Ainsi, elle aide à prévenir la récidive et stabiliser la situation des victimes et des enfants. En pratique, l’accès aux droits est souvent le nœud : d’où la nécessité de soutiens spécialisés dès les premiers signaux.
Et la justice dans tout cela ? Garanties et responsabilités (à lire en dernier)
Parce qu’un État de droit ne se contente pas d’indignation, il faut rappeler les garanties procédurales. En fin de parcours, cela s’avère essentiel. Dans le dossier qui met en cause Jean Imbert, les faits rapportés restent allégués, des plaintes ont été déposées, une enquête est ouverte, et l’intéressé conteste. La présomption d’innocence s’applique pleinement jusqu’à une éventuelle décision de justice. Elle ne réduit pas la gravité des récits, mais elle protège le contradictoire. De plus, elle assure la recherche de la preuve et la proportionnalité des réactions publiques.
La responsabilité des médias et des lecteurs est d’informer et de s’informer sans fabriquer un tribunal parallèle. Par ailleurs, celle des pouvoirs publics est d’offrir des parcours de protection lisibles et effectifs. La responsabilité collective, enfin, est d’écouter sans relativiser, de nommer sans outrance, et de soutenir celles et ceux qui, comme Alexandra Rosenfeld et d’autres ex-compagnes, prennent le risque de parler.
Ressources utiles : 3919 (24 h/24), 116 006 (France Victimes), justice.fr (Ordonnance de protection), CIDFF, UMJ.