Alerte rouge chez OpenAI : ChatGPT vs Gemini 3.0, vitesse et fiabilité d’abord

Sam Altman déclenche l’‘ alerte rouge ’ : OpenAI parie sur ChatGPT, face à Gemini, en misant sur vitesse, fiabilité et personnalisation.

Début décembre 2025, Sam Altman a décrété une « alerte rouge » chez OpenAI à San Francisco : concentrer toutes les forces sur ChatGPT, alors que Google pousse Gemini 3.0 (version Pro comprise) et que la facture énergétique et financière explose. Projets mis en pause, stratégie bousculée, ambitions spatiales en embuscade. Que signifie ce recentrage pour les utilisateurs, l’emploi numérique, l’empreinte écologique et la gouvernance de l’IA ?

Ce que révèle la note « alerte rouge »

Début décembre 2025, une note interne attribuée à Sam Altman, directeur général d’OpenAI, a circulé à San Francisco. Elle évoque une situation d’alerte rouge centrée sur ChatGPT, avec un mot d’ordre : reconcentrer les forces sur le produit grand public le plus visible de l’entreprise. Les équipes sont invitées à prioriser la vitesse, la fiabilité, la personnalisation et la couverture de sujets, au détriment de chantiers périphériques.

Ce document, rapporté par plusieurs médias, s’inscrit dans un contexte jugé « chahuté ». En toile de fond : la montée en gamme de Gemini 3.0 chez Google/Alphabet, perçue en interne comme un risque immédiat pour l’attractivité de ChatGPT. La direction fait valoir que chaque retard, chaque feature non polie, peut déplacer des cohortes d’utilisateurs vers la concurrence.

Pourquoi Google inquiète OpenAI

À en croire cette littérature interne et les recoupements de presse, Gemini 3.0 notamment en version Pro aurait dépassé certaines attentes et benchmarks. L’écosystème s’étoffe y compris du côté vidéo avec l’outil Nano Banana. Résultat : une partie des utilisateurs avancés testerait de plus en plus l’offre de Google au détriment de ChatGPT.

Côté volumes, Google revendique environ 650 millions d’utilisateurs mensuels pour Gemini, quand OpenAI évoque plus de 800 millions d’utilisateurs hebdomadaires pour ChatGPT. Deux métriques différentes, mais une dynamique de rattrapage se dessine. Dans une bataille d’adoption et d’habitudes, le moindre différentiel de performance peut peser lourd.

OpenAI : projets suspendus – Pulse, publicité et agents

Cap sur le cœur de produit : Pulse et la pub en pause, ChatGPT priorisé pendant que Gemini 3.0 capte les utilisateurs avancés.
Cap sur le cœur de produit : Pulse et la pub en pause, ChatGPT priorisé pendant que Gemini 3.0 capte les utilisateurs avancés.

L’« alerte rouge » s’accompagne de reports. L’assistant de recherche Pulse (OpenAI) est mis en pause. Les formats publicitaires envisagés pour ChatGPT et pour les GPT sont ajournés. D’autres agents verticaux (shopping, éducation, santé, niches professionnelles) voient leur calendrier glisser. La consigne est claire : concentrer l’ingénierie sur le cœur du chatbot.

Ce choix retarde la thèse financière qui attribuait environ 20 % des revenus futurs à la publicité et aux agents secondaires. L’entreprise met en avant la qualité d’usage immédiate. Par conséquent, elle vise à endiguer l’attrition et maximiser la rétention. Toutefois, elle n’hésite pas à différer les leviers de monétisation plus expérimentaux.

OpenAI : finances 2025, trajectoire sous tension

Hyper-croissance assumée : pertes élevées, besoins massifs en data centers et puces, rentabilité repoussée au-delà de 2029.
Hyper-croissance assumée : pertes élevées, besoins massifs en data centers et puces, rentabilité repoussée au-delà de 2029.

Selon des estimations relayées par la presse spécialisée, OpenAI aurait affiché des pertes record sur les six premiers mois de 2025. Par ailleurs, ces pertes seraient de l’ordre de 13,5 milliards de dollars pour 4,3 milliards de revenus. Et ce, malgré une valorisation frôlant les 500 milliards de dollars. D’autres analyses estiment une rentabilité OpenAI repoussée à 2029.

Plus ambitieux encore, des plans de data centers chiffrés à plus de 1 400 milliards de dollars d’ici à 2030 sont évoqués, impliquant des levées cumulées supérieures à 200 milliards. Ces montants tiennent aux coûts d’infrastructure : cloud, puces (Nvidia, AMD), énergie et refroidissement. La stratégie assumée est celle d’une hypercroissance financée par des partenaires stratégiques. Parmi ces partenaires figurent Microsoft et SoftBank ainsi que les marchés.

Sam Altman et Stoke Space : la piste spatiale

Ambitions spatiales : de Stoke Space aux data centers en orbite, promesses de calcul, mais coûts, énergie et souveraineté interrogent.
Ambitions spatiales : de Stoke Space aux data centers en orbite, promesses de calcul, mais coûts, énergie et souveraineté interrogent.

L’autre fil de l’histoire tient de la science-fiction appliquée. À l’été 2025, Sam Altman se serait rapproché de Stoke Space, start-up de Seattle qui conçoit des fusées réutilisables. L’hypothèse étudiée : une prise de participation majoritaire, de plusieurs milliards de dollars, pour bâtir un concurrent de SpaceX. Les discussions se sont enlisées, sans accord à ce stade.

Au-delà de la rivalité médiatisée avec Elon Musk (cofondateur puis opposant d’OpenAI, patron de SpaceX et de xAI), le calcul stratégique viserait un objectif terre-à-terre : sécuriser, à terme, de nouvelles capacités de calcul. Les data centers pourraient suivre les fusées.

Data centers en orbite : solution ou mirage ?

L’idée des data centers spatiaux revient depuis des années dans la littérature techno. En orbite, le refroidissement bénéficierait d’un environnement plus stable. De plus, la production solaire serait abondante. Par ailleurs, certaines latences pourraient être optimisées pour des cas d’usage spécifiques. À l’inverse, il y a des coûts de lancement à considérer. De même, des contraintes de maintenance et des débris spatiaux poseraient un problème. Enfin, des questions de souveraineté et de droit spatial s’ajoutent.

Sur le plan écologique, l’argument d’un bilan hydrique et énergétique potentiellement meilleur mérite preuves indépendantes. Transporter du matériel lourd en orbite à un coût carbone initial non négligeable. Le débat reste ouvert : solution d’avenir pour un calcul sobre ou récit destiné à rassurer les investisseurs ?

Risques, responsabilités et procédures

Le 6 novembre 2025, sept plaignants ont saisi la justice californienne pour homicide involontaire. En outre, l’accusation de suicide assisté a été portée après le décès de quatre utilisateurs. Ce décès est attribué à l’usage de GPT-4o. Il s’agit d’allégations portées dans le cadre d’une procédure en cours. À ce stade, aucune décision de justice n’entérine ces affirmations.

Dans la note interne telle que rapportée, aucune mesure nouvelle explicite n’est mentionnée pour les publics vulnérables. Ce point suscitera probablement des interpellations politiques et un débat sur la sécurité des systèmes. De plus, la prévention du risque suicidaire sera discutée ainsi que l’obligation de diligence des plateformes.

Ce que cela change pour le public

Pour les utilisateurs, l’effet immédiat pourrait être positif : un ChatGPT plus rapide, plus fiable, plus personnalisable et accessible au plus grand nombre. Mais l’écosystème se concentre autour de quelques acteurs disposant d’un avantage d’échelle sans équivalent. L’accès à des assistants IA performants devient un bien de consommation. Par ailleurs, c’est aussi un enjeu de service public de fait.

Sur l’emploi numérique, la bataille des assistants accélère la demande en compétences d’orchestration (prompting avancé, intégration, contrôle qualité) et en surveillance des dérives (hallucinations, biais, sécurité). Côté énergie, la trajectoire des data centers et des puces promet des consommations croissantes, d’où la pression pour des efficiences réelles ici, l’orbite n’est peut-être pas la solution miracle.

Acte 1 : l’alerte dans les couloirs

Dans les couloirs d’OpenAI, on imagine les tableaux de bord qui virent à l’orange : tickets en attente, latences qui s’étirent, feedbacks qui s’empilent. L’« alerte rouge » donne un tempo. On coupe ce qui distraie, on polish le cœur de l’expérience. Dans cette course d’endurance, le premier mètre compte autant que le dernier.

Acte 2 : le milliardaire qui rêvait de fusées

À Seattle, Stoke Space rêve de moteurs circulaires et de deuxièmes étages qui reviennent se poser. Sam Altman voit plus loin : calcul en orbite, réseau au-dessus des nuages, refroidissement sans eau douce. Le plan a la folie des pionniers et l’arithmétique des feuilles Excel. Entre vision et dilution du focus, la frontière est mince.

Acte 3 : que reste-t-il ?

Reste la question qui obsède investisseurs et régulateurs : OpenAI peut-elle tenir jusqu’en 2029 sans rentabilité ? Le pari des levées massives, l’idée de data centers chiffrés en billions de dollars et les pauses de produits font-ils un chemin crédible ? Ou bien assiste-t-on au récit d’une bulle qui cherche son équilibre ?

Dans une démocratie, la réponse ne peut pas être laissée aux seuls marchés. Elle appelle des garde-fous : transparence sur les coûts énergétiques, évaluation indépendante des risques, interopérabilité et portabilité pour éviter le verrouillage aux plateformes, protection active des utilisateurs vulnérables.

Questions ouvertes

  • OpenAI peut-elle financer sa trajectoire d’ici à 2030 sans casser son produit principal ?
  • Les data centers spatiaux relèvent-ils d’une ingénierie sérieuse ou d’un storytelling pour fonds souverains et grands investisseurs ?
  • Cette guerre des assistants profite-t-elle au public (qualité, prix, droits) ou renforce-t-elle notre dépendance à quelques plateformes ?
  • Où sont les protections supplémentaires pour les publics fragiles dans cette urgence permanente ?

Note méthodologique : cet article s’appuie sur des documents internes rapportés par la presse et sur des estimations d’analystes. Les plaintes mentionnées concernent des procédures en cours. Ainsi, les faits allégués ne peuvent être considérés comme établis. De plus, cela reste vrai tant qu’aucune décision de justice définitive n’est rendue.

Cet article a été rédigé par Émilie Schwartz.