
Mohamed Al-Fayed pose aux côtés d’une femme lors d’un événement au Fulham Football Club, le 7 avril 2011. Derrière eux, le personnel s’affaire en bordure du stade. Crédits : Abi Skipp / CC BY 2.0.
Le ministère de l’Intérieur britannique a reconnu comme victimes de traite quatre femmes qui accusent Mohamed Al-Fayed de violences sexuelles. Annoncées le lundi 3 août 2026, les décisions finales avaient été rendues entre mai et juillet. Elles portent à au moins cinq le nombre de survivantes publiquement reconnues. Elles renforcent le volet consacré aux mécanismes d’exploitation, sans établir de responsabilité pénale.
Au moins cinq survivantes reconnues par le dispositif britannique
Les quatre femmes sont connues sous les pseudonymes d’Isabella, Justine, Elizabeth et Margo. Toutes appartiennent au collectif de survivantes No One Above. Leurs dossiers ont été transmis au dispositif britannique par Unseen, une association habilitée à accompagner les victimes d’esclavage moderne. Elles ont annoncé à l’Agence France-Presse avoir obtenu entre mai et juillet des décisions finales positives, dites « conclusive grounds ».
Rachael Louw constituait jusqu’alors le premier cas publiquement connu dans le dossier Al-Fayed. Le 29 avril 2026, elle avait révélé une décision finale la reconnaissant comme victime d’esclavage moderne. Cette décision concernait trois années d’exploitation sexuelle alléguée au Royaume-Uni et en France. Les quatre nouvelles décisions portent donc le total connu à au moins cinq, sans préjuger du nombre de dossiers encore examinés.
Les décisions individuelles des quatre membres de No One Above ne sont pas publiques. Le ministère de l’Intérieur ne commente pas les situations traitées par le mécanisme, qui sont confidentielles. Les dates précises, les éléments retenus dans chaque dossier et la qualification détaillée de chaque parcours restent ainsi inconnus.
Mohamed Al-Fayed a possédé Harrods de 1985 à 2010. De nombreuses anciennes employées l’accusent de viols, d’agressions sexuelles, d’exploitation sexuelle ou de traite. L’homme d’affaires est mort en 2023, à 94 ans, sans avoir été inculpé ni jugé pour ces faits.
Une reconnaissance administrative, pas un jugement pénal
Le National Referral Mechanism (NRM) est le cadre britannique chargé d’identifier les victimes potentielles d’esclavage moderne. Il les oriente ensuite vers un accompagnement adapté. Pour un adulte, la saisine nécessite son consentement. Elle passe par un organisme de première ligne habilité, par exemple la police, un service public ou une association agréée.
La procédure comporte deux seuils. Une première décision, dite « reasonable grounds », constate qu’il existe des motifs raisonnables de penser qu’une personne pourrait être victime. Après une enquête plus complète, la décision de « conclusive grounds » tranche selon la prépondérance des probabilités. L’autorité compétente estime alors qu’il est plus probable qu’improbable que la personne ait subi une forme d’esclavage moderne.
Cette décision finale confère un statut administratif officiel de victime. Elle peut ouvrir ou prolonger des mesures d’accompagnement et conduire les enquêteurs à réexaminer un récit sous l’angle de la traite. La documentation du Crown Prosecution Service précise aussi qu’une telle décision peut être prise en compte dans une procédure pénale. Elle ne lie toutefois ni les procureurs ni les juridictions sur la culpabilité d’un tiers. Les faits contestés doivent encore être établis selon les règles de la justice pénale.
La traite ne suppose pas nécessairement le franchissement d’une frontière. Le droit britannique vise aussi l’organisation ou la facilitation d’un déplacement à l’intérieur du pays lorsqu’il sert une exploitation. Les autorités examinent le recrutement, le transport, l’hébergement ou l’accueil d’une personne. Elles évaluent aussi les moyens allégués — tromperie, contrainte ou abus de vulnérabilité — et la finalité d’exploitation.

Des parcours qui interrogent les mécanismes autour de Harrods
Selon PA Media, citée dans le compte rendu de la BBC, les quatre parcours reconnus comprennent des déplacements internationaux et internes au Royaume-Uni. L’un des dossiers concernerait des faits de traite entièrement situés dans l’enceinte de Harrods. Une femme aurait été recrutée pour un poste fictif. Deux autres auraient occupé de véritables emplois avant d’être sélectionnées depuis les surfaces de vente. Une quatrième aurait travaillé comme employée domestique de la famille Fayed.
Ces informations restent rapportées, puisque les décisions expurgées n’ont pas été rendues accessibles. Elles déplacent néanmoins le centre de gravité du dossier. Au-delà des violences sexuelles imputées à Mohamed Al-Fayed, l’enjeu porte désormais sur les conditions de recrutement et de déplacement. Il concerne aussi l’hébergement et le contrôle qui auraient rendu l’exploitation possible.
Ce changement de perspective n’établit pas qu’une organisation concertée aurait existé au sein de Harrods. Il ne démontre pas non plus que des dirigeants ou des salariés déterminés auraient eu connaissance des faits allégués. Pour attribuer une responsabilité pénale, les enquêteurs doivent identifier des actes précis et leur auteur. Ils doivent aussi établir l’intention ou le degré de connaissance qui les accompagnait.
Six suspects entendus, aucune arrestation annoncée
La Metropolitan Police examine la conduite d’éventuels facilitateurs dans le cadre de l’opération Cornpoppy, distincte de la procédure administrative du NRM. Au 31 juillet 2026, six personnes avaient été entendues sous caution. Les quatre premières l’avaient été notamment pour des soupçons de traite à des fins d’exploitation sexuelle. Les motifs incluaient aussi la facilitation de viol et l’assistance à la commission d’infractions sexuelles. Deux autres personnes, un homme et une femme octogénaires, ont ensuite été interrogées sur des soupçons liés à des viols et agressions sexuelles.
Une audition sous caution est un acte d’enquête formel ; elle ne constitue ni une arrestation ni une inculpation. Aucune arrestation n’avait été annoncée à la date de la dernière mise à jour policière. Les six personnes concernées demeurent présumées innocentes.
La police faisait aussi état de 157 victimes ayant signalé des allégations de viol, d’agression sexuelle, d’exploitation sexuelle ou de traite. Ce chiffre additionne plusieurs catégories de signalements. Il ne correspond ni à 157 décisions du NRM, ni à 157 faits établis par un tribunal, ni nécessairement à 157 dossiers identiques.
Les reconnaissances administratives et l’enquête pénale peuvent se nourrir sans se confondre. Les premières donnent un cadre officiel aux récits de traite et peuvent aider à repérer des schémas communs. La seconde doit réunir des preuves admissibles contre chaque personne soupçonnée d’avoir facilité les infractions alléguées.
Ce que les quatre décisions changent encore
Pour les survivantes, une décision positive met fin à la seule qualification de victime potentielle dans le dispositif britannique. Dans l’affaire Mohamed Al-Fayed, l’accumulation de cinq reconnaissances connues oblige les autorités à considérer des parcours possibles d’exploitation organisée. Elle ne permet plus d’envisager uniquement une succession d’agressions individuelles.
La portée de ce tournant restera limitée tant que les motivations expurgées ne seront pas disponibles. Elle le restera aussi jusqu’à ce qu’une charge soit éventuellement retenue contre un facilitateur présumé. Les prochaines étapes décisives seront donc judiciaires. Elles comprennent l’exploitation des dossiers par la police et l’éventuelle transmission d’éléments aux procureurs. Ceux-ci décideront, le cas échéant, d’engager des poursuites. La reconnaissance du NRM marque une avancée institutionnelle pour les femmes concernées ; elle ne préjuge pas de cette issue.